Scène première
SOPHONISBE, LA NOURRICE
divan
Parle-moi de mon fils. Nourrice, a-t-il dormîT Ties clameurs qu'on poussait dans le camp ennemi N'ont-elles point troublé sa pauvre petite àmeî
LA NOURRICE
L'enfant paisiblement repose. Mais, madame, Vous avez à pleurer pa^ toute la nuit.
La torclière mourante & peine encore luit.
Quel farouche plaisir trouvez-vous à ces larmesf
i^OPBONISBE
Ne sait-on rien ici sur le sort de r.os armes T
LA NOURRICE
Je cioia que des soldats sont déjà revenus.
Us sont rentrés par la poterne.
Ils sont voincust
LA NOURRECE
Non. Je ne pense pas la campagne finie.
Et, pour venir à bout de la Mauritanie, ■ De votre époux, habile autant qu'il est puissant,
Il faudra quelques jours aux Romains et du sang. De longues marches dans le désert et le sable, Avant d'abattre te Numide insaisissable.
On l'attaque, il est loin ; on le chasse, il vous suit.
Oui, mais Massinissa lui-même les iionduit; Numide, il connaît bien des ruses qu'il pratique.
LA NODBBICE
Cartlmge, que de maux cause ta politique!
Je sens bien que Syphas ne se bat qu'à regret.
Que s'entendre avec Rome est son rêve secret.
S'il ne redoutait pas vos reproches, je' ga^ *
Que Sypbax aurait vite abandonné Carthage.
De sa parole il est prodigue et négligent,
Le respect des traités pèse il son cœur cliange»|iti,
Et, pour être plus sûr d'en agir à sa tète,
II est capable d'arranger une défaite.
Assez, nourrice. Il est mon époux, il est roi.
Quoiqu'on m'ait mariée à Syphax, malgré moi,
Je ne souffrirai pas que la bouche l'accuse.
A quoi lui servirait cette stupide niseT
A se faire enfermer, sans espoir, dans CirlaT
Mais, pour représenter Cartilage, je suis là !
Je veille sur la place. Avarit que de la rendre,
II faudra me prouver encor qu'on peut la prendre.
Or, sur ses rocs, au pied desquels grondent les eaux,
La solide Cirta brave tous les assauts.
SC'?HONISBE
Nourrice, ce n'est point là ce qui me tourmente; Crois-en la prescience intime d'une amante:
Si j'ai peur de quelqu'un, ce n'est pas des Romains. Leur tactique échouerait ici; ce que je crains. C'est que Massinissa, pour servir ses vengeances, Jusque dans notre camp n'ait des intelligences.
LA NOURRICE
Syphax vous tirera bientôt de ce souci.
Je l'aperçois venir.. ♦'»
Arrive Syphax, sombre et dissimulé.
V Scène II