‹ Sophonisbe, tragėdie en quatre acts, en versChapitre 6 sur 20 · Scène III · texte numérisé non relu

Scène III

SOPHONISBE, LA NOURRICE

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Sur ma bouche mon cœur, hélas! n'a plus d'empire. Il part combattre, et moi je n'ai rien su lui dire Que ces mots trop amers qui l'ont désespéré.

LA NOURRICE

Maîtresse, votre esprit peut être rassuré.

Tumultueux dans ses paroles, le Numide

Ne perd jamais l'instinct de ruse qui le guide.

Sans frein, passionné comme un fils du désert,

S'il cède: à sa fureur, c'est qu'au fond il s'en sert.

Vous avez, à propos, fouetté sa colère.

Ce vaincu deviendra conquérant pour vous plaire.

Que tu me èonnais mal, nourrice, si tu crois Que tous ces mouvements des peuples et des rois Agitent de frissons ambitieux mon âme!

Nourrice, je tie suis rien qu'une pauvre femme Par le sort égarée au milieu d'une cour Et pour qui là couronne est un fardeau bien lourd! Aimante, toujours triste, impuissante à la haine. Tu vois si je suis peu .faite pour être reine.

LA NOURRICE

Vous régnez par la grâce exquise et la douceur. Les pauvres gens d'ici voient en vous une sœur.

Tous les malheureux sont de la même famille.

En vain, autour de moi, l'éclat d'un trône brille, Ma tristesse me fait la plus pau^ . d'entre eux.

LA NOURRICE

Aux jours mauvais succéderont des jours heureux.

Et quel bonheur encor pourrais-je me promettre t De sa pensée, au moins, l'esdave reste maître. Moi, rien ne m'appartient dans mon cœur. J'ai cessé, Depuis longtemps déjà, d'évoquer le passé, ^^^9 jfiji)^ scïis, de la terrasse, ma jeunesse Me fait des signes, pour que je la reconnaisse, Je sais qu'elle est vivante et guette mon retour. Si le luth, qu'elle tient, chantait, tout mon amour Se dresserait au son de ses cordes magiques, Le jeune cavalier franchirait les portiques Et, près de moi, viendrait s'asseoir comme autrefois; Jeune, mélancolique et fier, ce fils de rois M'adresse maintenant les plus amers rc^proches. Mais ces choses, tantôt lointaines, tantôt proches, Qui m'emplissent pourtant de trouble et de douceur. Me semblent s'adresser à quelque jeune sœur Dont l'âme, étrangement, dans sa forme ancienne, En des temps plus heureux, hélas! était la mienne. Mais, que dis-jeî Ciel! où s'égare ma raison t . J'ai besoin d'oublier ma ville et ma maison.

Du mal du souvenir je ne suis pas guérie.

Tu vois jusqu'oii m'emporte enfin la rêverie. Puisque infidèle au joug, où le sort la plaça. L'épouse de Syphax pleure Massinissa!

LA NOURRICE

Quoi! Madame. Ce traître à la cause africaine?

Il ne mérite ni ton mépris ni ta haine.

Cartilage n'avait pas d'ami plus dévoué.

Hélas! il s'est senti négligé, bafoué.

Traité comme un parent pauvre, dont on a honte,

(^omme un proscrit, auquel on ne doit pas de compte,

Pour qui l'on peut manquer à la foi du serment

Et dont on peut briser le cœur impunément.

Lui, dès l'adolescence, entré dans notre armée,

Ah! s'il nous a trahis, c'est qu'il m'a trop aimée!

Te souvient-il de lui? Malgré moi, bien souvent.

Je crois l'entendre encor chevaucher dans le vent.

Qui féconde, dit-on, ses rapides cavales.

1^ bruit de leurs sabots me vient par intervalles.

Puis, sur l'écran du ciel, c'est d'abord, au midi.

Une mobile petite ombre qui grandit.

Si légère, qu'on la croirait aérienne,

Et qui tromperait une autre âme que la mienne;

Mais, tout de suite, moi, je l'ai bien reconnu.

Vite, ouvrez! car celui que j'aime est revenu.

De sel marin son vêtement est tout humide.

Entrez chez votre dame, ô beau prince Numide.

Votre royaume, maintenant, c'est notre amour.

Vous ne le perdrez point!... Il le perdit un jour.

Mon humble cœur était sa dernière richesse,

Hélas! on le priva même de ma tendresse.

Oubliant, près de moi, ses biens et son pays,

C'était le pauvre, heureux de sa seule brebis;

Et le riche envieux est venu la lui prendre.

Mon père et le Sénat n'ont pas craint de me vendre.

Tu sais le reste. Enfin, que te dire de plus Y

Syphax vint à Carthage, il me vit, je lui plus.

Mon amant n'était rien, en face de cet homme,

Qu'il s'agissait alors de détacher de Rome;

Sous un prétexte adroit on le fit s'éloigner,

Et moi, pendant ce temps, on m'envoya régner,

Esclave couronnée et reine dérisoire.

Quant à Massinissa, tu connais son histoire,

Tu sais ce qu'il a fait et comme il s'est vengé.

C'est lui qui, dans Cirta, tient Syphax assiégé,

Montrant le peu que pèse, en face du génie.

Le formidable roi de la Mauritanie.

Il est là. Dans le mur, chaque coup de bélier

Sonne, en mon cœur, comme un reproche familier.

Je cherche, dans les bruits que la brise m!apporte,

A trouver quelque écho de sa tendresse morte.

Et, parfois, dans mon trouble, oubliant mon devoir.

Sentant qu'il est si près, je voudrais le revoir.

Arrive un messager.

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