S O P II R O N I M E
Est-ce que. vous ne le seriez pas?
B A L T I D E , fs'éiïpïHt.)
Mail... c'est selon.
SOPHRONIME, V autant.
Parlez.
Parler ! moi , parler?...
Vous. Ne savez-vous point parler ?
Je sais parler, sans doute, et je parle bien quand je parle; mais je ne parle pas pour parier. SOPHRONIME.
Je le vois bien. ( en confidence*} Je voudrois savoir....
Savoir?... Ah ! vous êtes curieux? C'est tout naturel. Eh bien? Voyons, que vculez-vous savoir?
Pourriex-vous m'apprendre?...
Le chemin du temple d'Apollon?
Eh ! non.
Combien la Sybille vend ses oracles?
Mais écoutez- moi donc!
Je n'ouvre pas la bouche.
Apprenez-moi...
Avec plaisir.
S O P II R O N I ME, L'état de la famille...
BALTIDE, finement. )
(Sophroni'/ie la re^a-Je .;>. , i . a/iena , ou$\ par rfcgrc.r
ar, c 4 toi fit/ht :. )
De la famille?.. Ah! rende2 grâce au ciel de vous avoir adressé à moi. Je sais par cœur toutes les families de Déios , père, ayeul, bwayeuf , trisaytul , enfans, petits enfans, arrières petits enfans, ligne directe Cl collatérale , sans compter les petiis cousins et les bâtards.
f à part.) Quelle volubilité! (à mi-ptrte.) En vérité, si cette pauvre Baftide n'est pa3 morte...
BALTIDE, fiaient.
Morte î... Murte !... Si je le laisse faire, il va n'enferrer toute vive.
Quoi !... ce seioitl...
BALTIDE, /« considérant.
O JupiteY ! est-ce un songe?
SOPHRONIME , se piicipitant dans ses bras. Ma chère Baltidc î
BALTIDE,^ mime.
Mon cher Sophronime !
Mes vieilles amours ! pardon si j'ai eu peine à reconnoitre tes traits ; c'est que le Temps gîte un peu les chemins par où il passe.
BALTIDE, avec iépit.
Comment! est-ce que j'ai l'air d'un sentier battu ?
Non pa<\.. Mais oserois-je , après trente ans, te demander ces nouvelles Je taùdciité?
BALTIDE, avec embarras Nous en parlerons à tête reposée.
SOPHRONIME, vivement.
Et notre bon maître Alcime?
BALTIDE , le conduisant vers le cyprès. Mon ami , sens-tu battre ton cœur ?
SOPHRONIME, approcher.
Oui. fil avance et se trouve sur le tombeau- )
BALTIDE, vivement.
Dieux! retires-toi , tu marches sur ta cendre.
SÛPHRONIME , L'attirant près Je lui.
Approches. Quand la tombe de l'homme sensible est couverte des heureux qu'il a faits , quel héros peut s'ennorgueillir d'un aussi beau mausolée ! ( Ils se tiennent embrassés su la tomîe. Après un silence- ) Ses enfans sont heureux sans doute ?
BALTIDE.
Il n'a laissé qu'un fils que tu viens d'appercevoir.
SOPHRONIME , d'un air satisfait.
Ah ! il est...
BALTIDE.
Aussi malheureux qu'aimable. Alcime trompé par des associés infidèles , vient de mourir insolvable. Sa ruine a même entraîné celie d'Ariste ,son vieil ami. Et notre jeune Evandre perd en même-temps son père, l'héritage de ses ayeux , et la main de sa chère Eucharis.
SOPHRONIME,o<c;oifc
O ciel ! je te rends grâce !
BALTIDE indignée.
Tu ris?
SOPHRONIME, dissimulant.
C'est que... jç vois d'ici cette jeune Eucharis. Elle est charmant* ?
BALTIDE.
Oh! l'adoration des hommes.
Et le désespoir des femmes ?
BALTIDE.
Tu sais que j'etois jolie, Que j'avois l'ail sémillant fct le coup d'oeil attrayant D'un minois de l'antaisie.
Eh ! I ic-> , quand tu songes à moi, A mes grâces fraiches-ecloses, Frcs d'Ëucharis .gures-toi Les violetres prestes roses.
Sans être spirituelle ,
Je ne matiquois pai u'esprir.
J'avois, à ce que l'on dit ,
De la gaieté nat . celle.
Eh ! bien quand les jeux et les ris Couvraient mes lèvres demi-closes, Figures-toi , près d' i-ucharis , Les violettes près des roses.
Tu me charmes! cette chère enfant !
BALTIDE.
Hélas ! plus elle est aimable , plus Erandre est à e. Les parents d'Eue ha ris Tort promise à celui qui doit acheter aujourd'hui le bien et la maison J'Alcime.
SOPHRONIME, •vu joie.
Aujourd'hui?
BALTIDE, plturant.
Dans une heure.
SOPHRONIME , avtc transport, Ali ! ma chère Ealtide, que je t'embrasse !
BALTIDE.
Qu'as-tu donc ?
SOPHRONIME, à part.
Lui dirai-je mon secret?
BALTIDE,a»«c impatience»
Parle!
Sa figure est bien changée , mai» sa langue..,
BALT1DE, vivement.
Eh bien?
SOPHRONIME, à part.
Parlons, comme tant de gens, sans rien dire. (Il se tourne vers elle, j
B À L T I D E , s' apprêtant à l'écouter.
Ah!