GUERISOX DE LA DEMOISELLE BIGOT
Fac-similé d'une gravare du livre de Carré de MootgeruD.
« je ne sais pas si j'ai crié comme vous me le dites, et je ne sens « plus aucun mal. 55 Elle fit ce récit avec tant de gaieté et de confiance, qu'il n'y eut pas lieu de douter qu'elle ne fût réellement guérie... »
Ne retrouvons-nous pas ici l'attaque pure de tout mélange avec sa période tonique, son clownisme, ses grands mouvements, ses attitudes et son délire consécutif? Pour finir, la boule hystérique intervient au moment même où va disparaître la maladie.
Fort peu après la guérison de mademoiselle Giroust, on eu constata une nouvelle qui fit grand bruit. Il s'agissait d'une certaine Bigot qui depuis longtemps avait perdu l'ouïe ; Carré de Montgeron la dit sourde et muette de naissance, mais tel n'est pas l'avis de ses contradicteurs. Toujours est-il que l'on pouvait tirer un coup de pistolet à son oreille sans qu'elle s'en aperçût.
(( Dans l'instant qu'on la met sur le tombeau, le 27 août, à sept heures du matin, son visage devient pâle comme celui d'un mort ; elle tombe en défaillance, et, un moment après, il lui prend des mouvements d'une si grande violence qu'on a peine à la retenir. Elle témoigne par son air et ses gestes qu'elle souffre les plus vives douleurs dans la tête, les oreilles et la gorge; sa tête tourne et se porte de droite à gauche avec une si prodigieuse vitesse qu'on ne distingue plus ses traits, et que la couleur de sa bouche paraît traverser toute la largeur de son visage. Les femmes qui l'avaient conduite, étonnées d'un tel spectacle auquel on n'était point encore accoutumé, la retirent de dessus le tombeau; mais la sourde et muette fait connaître un moment après qu'elle veut y être remise. Elle n'y est pas plutôt que ses agitations, accompagnées des plus vives douleurs, recommencent avec encore plus de force qu'auparavant... Tous ces préludes de la main divine aboutissent enfin dès le matin du 31 août à lui former l'organe de l'ouïe avec toute la finesse et la perfection que cet organe peut avoir, >>
leo LES MIRACLES DE SAI.\T-MÉDARD.
C'est aussi vers cette époque que se place un miracle qui a pour nous l'intérêt le plus grand. Il s'agit de la gucrison de Jeanne Fourcroi. Cette jeune personne, fille d'un épicier, était, au dire de Carré deMontgeron, \m prodige de disgrâces et de maux. Mais ce qui frappait le plus dans son état, «c'était une ankylose dont l'humeur corrosive et brûlante avait depuis plus d'un an racorni, retiré et desséché le tendon d'Achille du pied gauche, avait fait remonter le talon beaucoup plus haut qu'il ne devait être, avait renversé le pied quasi sens dessus dessous, en avait gonflé et contourné les os, et en cet état les avait soudés à ceux de la jambe, ce qui rendait ce pied d'une difformité hideuse, et en avait fait perdre l'usage à la demoiselle Fourcroi. Tout à coup, dans une convulsion, ces os se décollent et se détachent de ceux de la jambe; ils se dégonflent, ils se réduisent à leur premier état, ils se retournent, ils se remettent dans leur situation naturelle. Le tendon d'Achille se ramollit, s'étend et devient souple. Le talon descend et reprend sa place. Une grosseur considérable qui était à côté de la cheville rentre en elle-même et disparaît. Tout le pied qui avait été si horriblement contrefait recouvre en un moment sa première forme, et dès le même instant la demoiselle Fourcroi retrouve, dans ce pied si nouvellement rétabli, toute la force et l'agilité qu'un pied peut avoir. »
Il est difficile de donner une description meilleure du pied-bot hystérique, et pour comble de certitude Carré de Montgeron dans les gravures de son livre nous offre une reproduction amplifiée de l'état lamentable oii se trouvait la jeune fille. Je le demande à tout médecin qui lira ces lignes, y a-t-il un doute possible sur la nature du mal et sur la cause de la guérison? L'opinion que je soutiens d'ailleurs en ce moment a été victorieusement défendue par M. Charcot dans ses leçons delà Salpêtrière, où bien souvent le cas de mademoiselle Fourcroi fut rapporté. Il convient, pour être complet, d'ajouter que la guérison se fit au milieu d'une violente
LA D"^FOURÇI^
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