CATALEPSIE PRODL'ITE PAR LE SON COMTIRIU D'UN DIAPASON
D'après l'Iconographie de la Salpélriére, par Bourneville et P. Regnard.
gênantes : il y demeure jusqu'à ce qu'on change l'attitude. Dans cet état, les positions les plus bizarres et les plus incompatibles en apparence avec l'équilibre normal peuvent être longtemps gardées. Je vous dirai même que rien n'est plus facile que de faire alors des photographies. Les sujets ne font pas le plus petit mouvement. On prétend que les sculpteurs de l'antiquité se servaient de ces cataleptiques comme de modèles : si la chose n'est pas bien vérifiée, elle n'a absolument rien d'invraisemblable.
Je vous ai dit comment on peut aisément produire la catalepsie : il y a encore d'autres moyens. Souvenez-vous des procédés qui normalement amènent le sommeil : c'est, vous ai-je dit, la vue d'une lumière oscillante ou l'audition d'un son prolongé et monotone. Ces mêmes procédés physiques amènent la catalepsie chez les hystériques.
Supposons, par exemple, qu'on fasse entendre à une hystérique les vibrations longtemps prolongées d'un fort diapason ; rien n'est aussi irritant que ce bruit monotone. Rapidement le sujet tombe en catalepsie, et, chose singulière, il y reste tant que vibre le diapason. 'Mais à peine celui-ci a-t-il cessé de se faire entendre, que la malade tombe : elle est revenue au sommeil.
Ce que fait le son, une lumière intense le produit facilement. Voici quelques sujets que nous mettons en face d'une lampe électrique : vous les voyez immédiatement entrer en catalepsie. Si la lumière s'éteint, le sujet tombe en arrière comme lorsque le diapason s'arrête, et le sommeil non cataleptique recommence.
Ce qu'un bruit prolongé ou une lumière intense et soutenue peuvent réaliser, un bruit soudain ou une lumière instantanée peuvent l'amener également.
Je me souviens d'avoir assisté à la Salpê trière à une scène assez curieuse. Un jour de cérémonie publique, une musique militaire était venue jouer dans les cours de l'établissement. Une des malades du service de M. Charcot l'écoutait avec délices,
quand survint une subite reprise des instruments de cuivre, Toule l'assistance, je dois le dire, tressaillit, mais l'hystérique, elle, demeura cataleptisée, et il fallut la porter dans les salles. Quelque temps après, une de ses compagnes S3 fit conduire, pendant un jour de congé, au concert du Châtelet; on jouait sans doute, ce jour-là, de la musique de l'avenir. Toujours est-il qu'à un moment donné elle demeura subitement cataleptisée, immobile, inerte, et qu'il fallut l'emporter.
Il est très-facile de reproduire ces phénomènes. Il suffit de surprendre le sujet par un bruit subit, celui d'un gong chinois, par exemple, et vous savez combien cela est désagréable j la malade fait un geste d'effroi et reste clouée sur place.
Il m'a été possible de provoquer les mêmes effets sous une forme assez intéressante pour que je vous en rende compte avec quelques détails. Six hystériques se trouvaient placées devant un appareil de photographie, et je leur avais dit qu'on allait faire leur portrait en un seul groupe, quand subitement un bruit violent fut produit dans la pièce voisine. Les six malades firent un geste d'effroi et demeurèrent cataleptisées dans l'attitude même où le choc les avait mises. L'appareil photographique fut aussitôt ouvert, et nous recueillîmes un cliché dont je vous présente aujourd'hui la reproduction.
A quelque temps de là, deux malades réussirent à s'évader de la maison : aussitôt sur le boulevard, persuadées qu'on les poursuivait, elles se mirent à courir à toutes jambes : elles étaient déjà loin et fort contentes sans doule, quand elles se trouvèrent face à face avec un des élèves du service qui gagnait tranquillement la Salpêtrière. Elles furent tellement atterrées, qu'elles demeurèrent inertes, inhibées, cataleptisées au milieu de la rue. Il s'ensuivit un attroupement, comme bien vous pensez, et les agents purent facilement s'emparer des deux fugitives et les ramener sans résistance à l'asile.
CATALEPSIE PRODUITE PAR LE SON BRUSQUE d'UIV TAM-TAM.
D'après aoe photographie de l'aateur»
Ainsi un bruit, une surprise, amènent la catalepsie.
L'apparition d'une lumière subite, l'inflammation d'un tas de poudre par exemple, produit le même effet.
La mère d'une malade me racontait un jour qu'elle avait vu sa fille s'arrêter devant sa glace et demeurer immobile, les yeux démesurément ouverts, sans connaissance ni sentiment. Une autre, en cousant, s'endormait quelLjuefois en regardant son dé.
Je dois. Messieurs, vous signaler un inconvénient de ce genre d'expériences. La catalepsie produite par un choc brusque peut se terminer par une attaque d'hystérie; une fois même nous l'avons vue finir par une sorte de démence qui n'a pas duré moins de cinq jours et qui cessa spontanément ensuite.
En résumé, ce qui détermine la catalepsie, c'est l'action vive et subite ou faible et prolongée d'une excitation des organes des sens.
L'être cataleptisé est étranger au milieu extérieur; il ne voit rien, ne sent rien, ne dit rien, et en cela il diffère beaucoup de l'individu en sommation. Enfin, dans cet état, les muscles ne sont pas hyperexcitables.
Mais, chose singulière, c'est dans cet état cataleptique qu'il est le plus facile de provoquer l'automatisme par la suggestion.
Voilà une chose dont on parle beaucoup aujourd'hui, ce mot est dans toutes les bouches, il n'y a pas bien longtemps qu'il faisait même son entrée dans le langage de nos tribunaux.
Vous allez voir que si le mot est mystérieux, la chose est bien simple .
On peut distinguer deux sortes de suggestions, la suggestion physiologique et la suggestion mentale. Je vous avouerai que je ne crois guère qu'à la première, et que je réserve un peu mon opinion sur la seconde; je manque en effet d'expériences personnelles, et j'attends pour croire que celles des autres aient pris un corps et une forme définitives et bien scientifiques.
J'entends par suggestion physiologique celle qui permet d'obtenir d'un sujet donné l'accomplissement d'un certain nombre d'actes physiologiques, dans lesquels l'intervention psychique est nulle ou fort restreinte.
Ce n'est alors qu'un premier degré de l'automatisme.
Prenez un sujet cataleptisé ; donnez à ses membres une attitude reproduisant l'expression d'une passion quelconque, l'amour, la prière , l'attente. Immédiatement sa figure , par une série de réflexes associés, prendra l'expression voulue pour compléter l'effet général.
Il est vraiment fort curieux de produire ainsi sur un être inconscient une suite de phénomènes dont on est absolument maître.
En simulant le geste du baiser, on amène sur la figure du sujet une expression de sourire et de béatitude.
Si, au contraire, on prend le poing de la malade , si on le projette en avant pour simuler une menace, on voit les traits se contracter à l'instant , et l'expression du visage rend tout de suite l'aspect de la colère et du désir de la vengeance.
Au fait, y a-t-il là rien de bien étonnant? Ce qui se passe chez l'automate cataleptique a lieu chez chacun de nous, et à tout instant. N'harmonisons-nous pas l'aspect de notre visage avec le geste de notre bras ? L'orateur qui menace esquisse-t-il en même temps un sourire? La cataleptique à qui l'on suggère l'idée de la prière, par un geste qui la lui rappelle, associe immédiatement tous ses muscles de façon à reproduire l'attitude complète. Seulement elle a ceci de particulier, c'est qu'ayant le cerveau endormi (inhibé, comme disent les physiologistes) , elle demeure incapable de changer de situation, et qu'elle reste indéfiniment au point où on l'a mise.
Voici une jeune fille qui a été cataleplisée par un des moyens que je vous ai signalés plus haut. On place artificiellement ses bras dans la situation qui représente la crainte et l'horreur : vous