ESQUISSE FAITE PAU UN PARALYTIQUE
ture; c'était un homme du monde des plus distingués et des plus aimables, jouissant d'une grande fortune et ayant accompli déjà de grands progrès dans son exploitation. — Un jour, il part, sans rien dire à personne ; on est . \ns nouvelles" de lui pendant près
d'un mois, et l'inquiétude est d'autant plus grande qu'on apprend qu'en passant à Paris il a réalise une grande partie de son portefeuille.
i:SQUISSE FAITE P .\ H L' X PARALYTIQUE
Il rentrait chez lui et se remeltait à vivre assez tranquillement, quand du papier timbré, arrivant de toute part, vint atterrer sa famille. Pendant son absence, il avait été en Hongrie, y avait acheté et payé près de 500 chevaux; puis, passant en Souabe, il y^avait acheté une immense propriété, y avait laissé ses chevaux
et était revenu chez lui, laissant tout en plan, ayant oublié à peu près ce qu'il avait fait.
C'est bien la le fait d'un paralytique général au début.
Que de fortunes disparaissent, engouffrées ainsi tout d'un coup par un acte insensé de leur possesseur!
Dans bien des cas, le malade ne se contente pas d'exagérer la vérité, il invente des faits complètement faux ; mais bien qu'imaginaires, ceux-ci ne sont pas encore invraisemblables. Tout ce qu'il dit n'est pas vrai pour lui, mais pourrait l'être pour un autre. S'il est arliste, il se vante d'avoir été couvert d'applaudissements dans les plus grands théàlres, et d'avoir 100,000 francs d'appointements. Il se parera du ruban rouge, ce qui pourra lui attirer quelques désagréments; il racontera des campagnes qu'il n'aura jamais faites et des voyages qu'il n'aura jamais entrepris, et cela sans vergogne, devant sa famille, qui sait très-bien qu'il n'y a pas un mot de vrai dans tout cela. Il ne parlera que de banquets superbes, d'babils chamarrés, de plaques, de pierreries. Il écrira aux hommes politiques, aux souverains.
Un de ces malades, ayant quelque argent, commandait, dans un grand restaurant de Paris, des dîners somplueux, et il y invitait les présidents des Chambres, les ministres, les cardinaux et les maréchaux. Il était navré de se trouver toujours seul devant son couvert.
Un autre invite un jour tous ses amis à un grand dîner pour fêter sa décoration. Or, le lendemain, VOfficiel était muet, et il le resta toujours sur ce point.
M. L..,, nous raconte Sentoux , était un homme exagéré en toutes choses, il vivait dans les nuages et en dehors des réalités de la vie. Il a écrit un ouvrage intitulé : Philosophie — Photologie — Photographie.
Bien qu'il en attendit un grand résullat, c'a clé une déception littéraire.
C'est à la suite de ce déboire et par une sorte d'opposition à ses détracteurs qu'il s'est mis à vivre dans un optimisme parfait. 11 se croit l'inventeur de chemins de fer aériens, il a acheté l'hôtel Pontalba. Il chante à merveille, il a 5,687 octaves dans la voix. Il a la manie des perroquets, et il en achète pour des sommes importanles.
Chose rare chez les paralytiques , il est poë'te. Jugez , Messieurs, de son talent par la description qu'il nous en donne lui-même :
J'étais en poésie un timide embryon,
Je connais aujourd'hui sa sul)lime action;
J'étais comme un homme sans tête, Aujourd'hui de mon front je brave la tempête,
Et la lumière de mes yeux
Est égale à celle des cieux!
J'ignorais la musique, et ma voix était fauss?; Maintenant j'improvise et chante un opéra, Ma voix de baryton vibre comme une fosse, Et ma voix de ténor en femme vibrera.
Aux deux extrêmes ma voix touche,
Depuis le bruit du vent
Jusqu'au frémissement
De l'aile d'une mouche.
Il n'est pas tous les jours aussi élhéré. Une nuit, par exemple, il est pris de cholérine, et le lendemain il marche au-devant de la visite, portant fièrement un récipient que l'on devine et criant: « Flairez, messieurs, et admirez, tout ce qui vient de moi a la couleur et le parfum des roses ! 55
Il a inventé une machine infernale dont il attend les plus puissants effets:
C'est cette invention qui sera ma dernière, Cur elle fait la paix en supprimant Ir. guerre.
Six forts canons raves, partant en revolver, D'eiiï-inômes ss charfi[eant entre deux murs de fer. Tirant trente-deux coups au moins, à la minute, C'est d'une armés entière ainsi forcer la chute! Qui voudra donc se battre alors qu'un tel effort A tous les combattants apporterait la mort'.
Dans ce monde nouveau que mon esprit remue Sous le souffle de Dieu, par Moi la terre mue.
Il a décidé qu'il illustrerait la Bible de dessius de sa composition, puis comme on lui faisait remarquer que ce travail avait été fort bien réussi par Gustave Doré, il change subitement d'idée et il écrit :
Comme question d'art la Bible est un affront
Des gens les plus vaillants faisant rougir le front.
Ce ne sont, au plus doux, que fendemenls d'entrailles ;
Un ange vient du ciel pour livrer des balailles!
Une armée en son camp brûle du feu des cieux!!
Une autre disparaît en un trou spongieux!!!
Vengeance, ignominie, atrocité terrible, Voilà, Juifs, à quel but aboutit votre Bible: Parmi les nations entons lieux dispersés. Vous laissez la ruine où vous êtes passés. — Pour un pareil bouquin faire cinq cents images, C'est avilir l'arliste, et bafouer les sages!
Ce qu'il nous faut à nous, poêles au grand cœur,
Artistes inspirés, c'est gagner la hauteur
Du poêle fécond, l'inimitabla Homère,
Qui des dienx de l'Olympe absorba le tonnerre,
Et, privé d3 lumière, ayant perdu les yeux,
En lui-même eut l'éclat et la splendeur des cieux!
C'est donc en nobles vers que nous suivrons Homère,
Et la gravure aussi sera notre commère;
On peut assurémsnt y découvrir cinq cents
Sujets qui seront tous, pour le moins, ravissants.
lliada, je veux que la grâce païenne
Anime les doux yeux de la charmante Hélène;
Je peindrai le serpent broyant Laocoon
Et ses fils dans ses plis, embrasseraent trop long !
Le beau ber(]cr Paris, à la flèche acérée,
Le {^land | rèlre Calclias à la mln3 assurée,
Achille et son Patrocle, Uljsse, Ajax, Nestor,
Tous héros, combattant dans des armures d'or!
Madame B..., enfermée à Sainte-Anne, avait l'habitude de présenter des vœux, le jour de l'an, au Pape, au roi d'Italie, à M. Grcvy et à M. Gambella. Laissez-moi vous lire deux de ses lettres.
Voici ce qu'elle écrivait au président de la République :
« Monsieur le président, « Ce malin, je demandais à Dieu le Fils pourquoi je ne pouvais chasser le chagrin de mon esprit 5 ce père tendre m'a répondu: « Enfant du royaume, le temps vient et il est venu où nul homme « n'enseignera plus et où tout homme sera enseigné par lui-même. « Répète devant moi et devant tous les anges ce que c'est que la « religion. 55
« Voilà, cher et aimé président, ce que le chef suprême m'a recommandé de vous écrire; vous excuserez mon brouillon, car il fait chaud et je ne suis pas à mou aise à Sainte -Anne pour écrire,
" Veuillez, je vous prie, Monsieur le président, offrir mes
sentiments les plus délicats et les plus affectueux à votre famille
et, pour vous, agréez les sentiments les plus respectueux de celle
qui se dit sans crainle,
ce La République française,
« Marie B.... »
Le même jour, elle envoie la lettre suivante:
tt A Sa Majesté le roi d'Italie au château Saint-Ange, Rome.
« Cher fiancé, « Quels souhails formerai-je pour vous au commencement de
LE DELIRE DES GRAMDliURS. 399
celte année? ceux de bien comprendre les devoirs que nous avons à remplir.
« Il y a un proverbe qui dit que c'est la persévérance qui couronne l'œuvre, je m'aperçois que cela est très- vrai, car, me trouvant le 24 décembre à l'école des trois personnes divines, voici les conseils que j'ai reçus:
« Ecris, enfant, que c'est le jour que je t'ai envoyée à Lourdes « que j'ai fixé pour ton mariage avec la roi d'Italie, jour auquel « je prendrai aussi des engagements sacrés avec la France. Que « le Souverain Pontife se rassure, n'es-tu pas cet ange qui élait assis « sur la pierre du sépulcre? Ecris que tu n'as plus que quelques « semaines d'études et que tu pourras parler avec assurance; que « le vote guidé par le Saint-Esprit pourra toujours suivre tes « enseignements et qu'ainsi la paix promise aux hommes de « bonne volonté leur sera donnée. »
« Cher et aimé Roi, j'espère que vous ferez vos préparatifs pour ce jour et que je n'aurai que peu de chose à m'occuper. J'ai été très-contente de voir votre frère le duc Amédée, ce n'est pas la bonne volonté qui m'a manqué pour aller l'embrasser, car je ne sais si je l'aimerai comme un père ou connne un frère.
« Veuillez faire part de ma lettre au Saint-Père; dites-lui que je n'ai pas permission de lui écrire, étant à Sainte-Anne, mais que j'attends de lui ce qu'un enfant, une fille peut espérer de sou père. En attendant, cher et majestueux Roi, en attendant le jour que vous viendrez, croyez à l'affection d'un ange qui veut son château.
« Votre amie et fiancée,
« MARIli B 5J
C'est à dessein. Messieurs, que je vous ai lu ces lettres, bien qu'elles soient un peu longues ; vous y voyez un caractère bien net du délire des paralytiques. Il n'est pas systématisé.
Voilà une femme qui écrit aux souverains, qui veut les épouser
et qui a très-bien la conscience qu'elle habite un dortoir de Sainte-Anne, qui le leur dit; un monomane le cacherait avec soin. Demandez à un paralytique ce qu'il possède; il vous dira qu'il est banquier et qu'il a 50 millions! Demandez-lui ce qu'est sa femme, il vous répondra tranquillement qu'elle fait des ménages ou qu'elle est fruitière. Il ne ment que pour lui, que pour exalter sa personnalité.
M. C..., âgé de trente-six ans, est corroyeur de son état; il a des millions, la terre est couverte de ses châteaux, mais ce dont il est le. plus fier, c'est son appétit : il mange un bœuf à chaque repas et vide d'une gorgée un baril de cidre. Il a aussi ses prétentions artistiques, compose, fait des roulades, danse des pas et reste des heures dans des poses et des attitudes de théâtre.
Nous voici arrivés à l'absurde. Il caractérise la troisième période du délire paralytique des grandeurs.
Ici, plus rien n'arrête le malade ; il est au milieu des exagérations les plus colossales, les plus invraisemblables. 11 s'attribue sans limite les honneurs, les joyaux, les trônes; il est roi, pape, empereur, Dieu lui-même ou maître de Dieu.
Il justifie bien la description du poëte :
J'étais le riche Eucrate Et je nageais dans des flots d'or; De l'or partout sur ma robe écarlate, Dans mes cheveux tressés et dans ma barbe encor,
Mes bains, mes celliers et mes caves, Tout était d'or; dans l'or je buvais, je mangeais;
Sur un lit d'or je me couchais, Avec un sceptre d'or ja battais mes esclaves*.
Ici encore, il me faudrait vous raconter l'histoire de chaque individu pour vous donner une idée de la variété des absurdités grandioses dans lesquelles peut tomber noire malheureuse intelligence.
' NvoN et Tria.vom, le Co] de Mijcille, 18'38.
Un arlisle de quarante-huit ans, ancien acteur de province, a été tellement sifflé qu'il en a perdu la tète. — Il est ténor à l'Opéra et y touche 100,000 francs par jour: ses costumes de théâtre sont en diamant, et M. de Rothschild est uniquement occupé à gérer sa for lune.
Un simple huissier est directeur de tous les journaux du monde. Il va faire un pont par-dessus l'Atlantique, entre le Havre et New- York.
Un cordonnier est général, empereur et roi; il est le cousin du Czar et le frère de la reine Victoria. — Il avoue pourtant qu'il est bollier, mais il ne chausse que M. Coquelin et madame Sarah Bernhardt.
Un tanneur a reçu de M. Ganibetta cent mitrailleuses. Il a anéanti une armée allemande de quinze cent mille hommes; il est nommé commandeur de la Légion d'honneur, député, avec deux cent mille francs d'appointements.
Un autre donne des leçons de tambour; il a cinquante mille élèves qui le payent chacun dix mille francs l'heure.
Un officier supérieur n'a plus qu'une idée : il passe sa journée à astiquer les boucles de ses bretelles.
Un autre propose de faire un grand chariot pour y mettre Paris et le transporter au bord de la mer.
Un pauvre garçon de la campagne se promet aussi de faire une voiture de quarante-cinq kilomètres de long pour y mettre successivement toutes les capitales de l'Europe et les ranger autour de son village.
Madame G..., âgée de trente-sept ans, a fait une immense collection de vieux journaux; elle les montre avec bonheur, et les considère comme des titres de la Compagnie de Suez et des billets de banque. Elle raconte qu'elle est comtesse de Téba; elle a épousé un prince de la famille d'Orléans, après avoir toutefois refusé Henri V.
Un ancien avoué , âgé de quarante-six ans , a bien le plus singulier délire que j'aie rencontré. 11 se considère comme un grand homme politique, et en même temps comme un sportsman distingué. Il a douze milliards de chevaux dans son écurie de course. Sa principale idée fixe consiste à vouloir niveler la France en renversant les montagnes dans les vallées et en passant la charrue sur le tout. Il est persuadé que le centre des montagnes est tout en or ; quand il aura ces masses prodigieuses de métal , il battra monnaie et régnera sur le monde. Il compte opérer son nivellement au moyen de trente raille lions qu'il a recueillis en Afrique, et qu'il a dressés à traîner sa voiture. — Un jour, son délire change subitement ; il a pénétré par un trou dans la terre , et il s'est trouvé dans un monde nouveau où les montagnes étaient en chocolat, les rivières roulaient des flots de lait, de miel, de sirop et de confiture, et il recommence avec une exagération inouïe le concept de l'île des Plaisirs.
Un ancien colonel semble être l'homme le plus heureux du monde ; il est toujours en joie , ravi de lui-même. Il mange vingt cerfs à chacun de ses repas ; il a sept pieds de haut; il est d'ailleurs tout en or. Il est très-beau; il a un nez à la Louis XiV; il a six mille enfants ; il est le vénérable des vénérables , le saint des saints , Dieu et le maître de Dieu. Il traite tout le monde d'Excellence et crie : Vive l'Empereur! à l'entrée du médecin.
Un homme du meilleur monde , financier très-riche , a inventé des voitures qui marchent sans chevaux ; son système , appliqué à Londres, lui rapporte cent millions par mois. Il passe sa journée à rendre des décrets, il a nommé son infirmier colonel de cavalerie. Dieu lui a dit qu'il vivrait neuf siècles et qu'il aurait un miUiard d'enfants, dont les cinquante mille premiers-nés seraient rois. Il habile un palais d'argent dans le ciel azuré.
Lascoue nous raconte qu'examinant un jour une vieille femme sordide arrêtée pour vol, il Tenlendit raconter qu'elle avait dans
sa poche un pistolet à cent coups avec lequel elle exterminerait le monde ; elle avait fondé une infirmerie pour trois cent mille malades, et elle recommandait avec sollicitude un vieux tartan et un horrible parapluie qu'on venait de lui enlever. Elle devait recevoir, le soir même , à dîner , les ministres et les ambassadeurs ; mais elle faisait elle-même sa cuisine, tant les domestiques sont désagréables.
C'est toujours la même inconséquence si caractéristique du délire des paralytiques.
Voici une lettre qu'une malheureuse remet un matin à M. Magnan :
« Adèle X... jure devant Dieu et devant les hommes qu'elle est la nourrice de l'Empereur, qu'elle fera sa cuisine, qu'elle sera sa fille [fidèle. Je me débarrasserai de tout ce monde qui fait perdre la tête à l'Impératrice, je raccommoderai le linge et je ferai la couronne. »
Après les quelques exemples que je viens de vous donner, on pourrait croire que s'il y a des degrés dans l'absurde, nous sommes arrivés aux derniers. Eh bien, il n'en est rien. 11 n'y a pas d'inventeurs comme les délirants , et tous les jours on entend quelque conception nouvelle qui stupéfie.
Un malade , cité par Luys , possède un prunier : les prunes en sont grosses comme des œufs d'oie, et meilleures que des reines- Claude; il va le mettre aux enchères dix mille francs; mais il montera bien à quinze mille millions. Il avoue qu'il n'a pas cinq mille livres de rente , mais il émarge sur les fonds secrets.
Un Espagnol, examiné par le même médecin, se croit le maître des mondes, et il passe sa journée à écrire le nombre même de ces univers ; c'est une suite de 1 qui remplit plusieurs pages ; il se plaint de n'avoir pas de corps, mais on va le transporter
au ceutre de la terre et lui en fabriquer un comme il le mérite.
Rien n'est plus singulier que les idées hypocondriaques, quand elles viennent se mêler au délire des grandeurs. Un malade de Falret mange mal, pleure, se jette à genoux : il dépérit. A la fin , il finit par avouer qu'il a peur qu'on lui coupe la tête pour s'emparer de ses vertèbres, qui sont tout en or.
Un autre est persuadé qu'on lui a volé ses intestins, ce qui le gêne dans ses digestions; mais, comme il est très-riche, il est en train de se faire faire un nouveau corps dans lequel on le transvasera la semaine prochaine; il sera jeune, beau et maréchal de France.
M. F... est bossu, mais il explique que sa bosse est en diamant; il a pour elle des soins minutieux.
Robert N... raconte que lorsqu'il fait ce que notre grand Molière appelait expulser le superflu de la boisson , ce ne sont que ruisseaux de topazes et de rubis.
M. Z... se croit ailé. Un jour qu'on le surveillait moins bien , il prend son essor de la fenêtre en agitant les bras, et, nouvel Icare , il se brise sur le pavé.
On peut quelquefois utiliser l'idée délirante du malade à son profit. Le directeur d'une de nos grandes maisons de santé suburbaines me racontait qu'il dut un jour s'emparer d'un homme politique atteint du délire le plus intense : rien n'était plus dangereux que ce malade, qui, s'il avait supposé qu'on venait l'arrêter, se serait livré certainement à de grandes violences. On lui raconta que M. de Bismarck lui demandait une audience, mais que, n'osant pénétrer dans Paris dans la crainte de quelque manifestation hostile, il l'attendait dans un château des environs; le malade sauta de lui-même dans une voiture pour aller au rendezvous.
Un médecin distingué fut, il y a quelque temps , frappé du délire des grandeurs; on lui persuada qu'il venait d'être nommé
sous-directeur d'une maison de santé; il s'y rendit tranquillement. On lui expliqua que ses fonctions étaient incompatibles avec des sorties; il accepta toutes les conditions, et, chose singulière, il se mit dans son rôle avec tant de zèle que , jusque vers sa mort , il rendit quelques services, consolant les autres malades, leur donnant des conseils assez sensés, et cela au milieu de la plus formidable folie.
Je voudrais, Messieurs, en terminant cet exposé déjà trop long du délire des paralytiques, vous dire un mot des écrits et des œuvres artistiques de ces aliénés. Il était à prévoir que des gens qui parlent tant doivent souvent écrire, et les choses les plus insensées. Beaucoup, en effet, de ces malheureux composent des ouvrages, décrivent leurs invenlions, peignent des tableaux aussi bien que les simples monomanes délirants chroniques. Seulement, ici, l'absurde est encore plus complet, et, chose intéressante, le talent diminuant avec la puissance intellectuelle, ces œuvres, soigneusement recueillies par les médecins , deviennent une mesure de la marche de la maladie et de l'état même du malade. La première chose qui frappe lorsqu'on a sous les yeux une œuvre d'aliéné, c'est le peu de netteté dans l'écriture : l'affaiblissement de tous les muscles s'étend à ceux de la main et des doigts. Je mets sous vos yeux un exemple frappant de ce que je vous dis. C'est une lettre écrite par un aliéné du service de Luys. Elle est instructive par plus d'un point. Vous y constatez cet état d'optimisme si habituel chez le paralytique. Le malade est ravi de tout ce qui l'entoure, fier de sa situation; il admire sans réserve les gens qui le soignent ou qui le servent.
Une autre particularité dont on s'aperçoit quand on examine des écrits de fous, c'est l'importance que ces malheureux donnent à des mots qui, dans le langage habituel, n'en ont aucune. Us tiennent à attirer l'attention de leur lecteur sur certaines locutions, sur certaines idées, et alors ils soulignent. Ils arrivent
ainsi à tout soulignerj parce qu'ils attribuent à tout une valeur spéciale.
C'est ce que vous montre une lettre écrite par un malade cé-
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