‹ Soudan françaisChapitre 13 sur 54 · LA CAVERNE DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

LA CAVERNE DES ANIMAUX

(Conte malinké).

L’Hivernage étant proche, les animaux tinrent conseil et décidèrent de se construire une grande caverne pour s’abriter.

— « Moi, dit le lièvre, je ne travaillerai pas « avec vous, j’aime à vivre seul, chez moi; j’ha- « biterai dans mon terrier comme d’habitude. »

— « C’est bon! déclara l’hyène, tu es bien « prévenu que si, crevant de froid et de faim, tu

«viens nous demander l'hospitalité, tu ne seras « pas reçu. »

Quand l’hivernage commença, le lièvre se fabriqua une flûte avec des roseaux, une trompe avec une corne d’antilope; puis, dans une grande calebasse, il mit de la bouse de vache et, dans une autre, de l’eau chaude; enfin, il se vêtit de rouge. Dans cet accoutrement et avec cet attirail, un soir d’hivernage, il se présenta à la caverne des animaux.

Dès l’entrée, sans y prendre garde, il bouscula l’hyène.

— « Qu’est cela?» dit celle-ci, en cherchant à reconnaître le nouveau venu.

— « Je suis un pauvre marabout et je désirerais me mettre à l’abri, » dit le lièvre.

L’hyène alla rendre compte à l’éléphant de la venue de cet étranger. L’éléphant permit qu’on le laissât.

Dans la nuit, le lièvre s’approcha de l’hyène et lui demanda :

— « Peut-on priser ici? »

— « Pourquoi pas? »

— « C’est que, si j’éternue, je crains de réveiller les bêtes de cette caverne. »

— « Oh ! dit l’hyène, tu n’éternueras jamais

« comme l’éléphant, notre maître, et lui ne se « gêne pas. »

Le lièvre fit semblant de priser et, en manière d’éternuement, joua un grand air de flûte.

— « Diable! dit l’hyène, voilà un animal qui « fait bien plus de bruit que l’éléphant, sans « doute est-il plus gros? »

Peu après, le lièvre questionna :

— « Peut-on tousser, ici?

— « Certes, car l’éléphant tousse, parfois, au point d’ébranler la caverne.

En manière de toux, le lièvresouffla de toutes ses forces dans sa trompe. Les parois de la caverne donnèrent une telle intensité au son, que tous les animaux se réveillèrent effrayés. Seul, l’éléphant continua à dormir.

— « Oh! Oh! ce gros animal pourrait bien devenir dangereux, » pensa l’hyène, et, prudemment, elle se rapprocha de la porte, que l’autruche barrait avec son cou.

— « Je te conseille, dit l’hyène à l’autruche, « de t'ôter de là, si tu tiens encore à ton cou; « car, tout à l’heure, je crois qu’il se passera « des choses étranges. »

Le lièvre demanda s’il pouvait faire ses besoins.

— « Ne te gêne pas, dit l’hyène, car l’éléphant

« ne fait pas de façons et, chaque fois, c’est un « fumier, que deux hommes auraient de la « peine à enlever, et un ruisseau, qui ravine le « sol de la caverne. »

Le lièvre fit lentement tomber la bouse de vache, qu’il avait apportée, et, une fois de plus, l’hyène frémit, en pensant à ce que devait être le nouvel hôte de la caverne.

Puis, le lièvre s’approcha de l’éléphant endormi et lui versa l’eau chaude de sa calebasse dans l’oreille : le monstre bondit sous la douleur, écrasa tout sur son passage et s’enfuit, en ébranlant les murs de la caverne, d’où les animaux se sauvèrent épouvantés.

Quant au lièvre, bien terré dans un coin, il ne bougea pas et resta désormais seul maître de la caverne.

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