‹ Soudan françaisChapitre 16 sur 54 · LE LIEVRE ET L'HYENE · texte numérisé non relu

LE LIEVRE ET L'HYENE

(Conte malinké.)

Un jour le lièvre dit à l’hyène : « nous allons « voir qui, de toi ou de moi, est le plus malin, « pour trouver de quoi se bien nourrir. Nous « allons partir chacun de notre côté et, dans « quinze jours, nous nous retrouverons ici : « celui qui sera le plus gras sera le vainqueur. »

Le lièvre s’en alla dans la brousse.

L’hyène partit pour un grand village, où elle comptait vivre dans l’abondance. Le chef de ce village possédait un éléphant. L’hyène fit connaissance avec l’éléphant, et pour passer le temps agréablement, lui apprit à jouer aux échecs. Rien ne mettaitl’éléphanten joie comme de s’entendre dire « échec » ou « mat » et, à chaque fois quel’éléphant riait, son derrière restait béant. L'hyène profitait de cette circonstance pour se glisser dans le ventre du colosse et dévorer la graisse qui le tapissait.

A ce régime, l’hyène devint si grasse que, quinze jours après, le lièvre dut s’avouer battu : mais il ne se tint pas pour vaincu. Le lendemain, il mit dans sa bouche une graine de coton,

un peu de terre cuite et de l’eau laiteuse, puis il se coucha, simula un violent mal de dents et fit appeler l’hyène.

— « Je t’ai fait appeler pour te demander un « remède contre les maux de dents, lui dit-il ; je « souffre beaucoup, mais j’ai confiance dans ta « science pour me soulager. »

Sans défiance, l’hyène introduisit sa patte, dans la bouche de son ami, pour examiner sa dentition; quand elle la retira, elle était toute blanche et couverte de petits points rougeâtres :

— « C’est le pus et le sang caillé, affirma le « lièvre, et je suis déjà à moitié soulagé. Vois « donc si je n’ai pas quelque dent pourrie. »

Cette fois, l’hyène retira un petit pois noir : « Un morceau de dent cariée, dit le lièvre, cette « fois-ci, tâche de sortir le reste. »

Dès que la patte de l’hyène replongea dans la bouche du lièvre, celui-ci serra les mâchoires et dit à son trop confiant ami :

« Maintenant, je ne te lâcherai pas avant de « connaître comment tu as fait pour t’engrais- « ser ainsi. »

L’hyène raconta comment elle opérait et dut promettre au lièvre de le faire profiter de son heureux stratagème.

« Nous partirons au point du jour », dit le lié-

vre, qui n’aime pas à voyager de nuit. Et les deux compères dormirent côte à côte.

L’hyène, qui ne circule que la nuit, rusa pour amener son compagnon à se mettre en route dans l’obscurité. Quand le lièvre fut endormi, l’hyène alla mettre le feu à la brousse sèche du côté de l’est, puis vint réveiller son compère et lui dit, en montrant l’orient rougeoyant : « Le soleil va bientôt paraître. Partons. »

— «Tu fais erreur, ami 1 dit le lièvre, ce « n’est qu’un feu de brousse, » et il se rendormit en disant : « Le soleil sera sur le point de « paraître, quand les vieilles femmes du village « tousseront. »

L’hyène prit de la poudre de piment et la répandit dans plusieurs cases. Peu après, les femmes toussèrent et l’hyène réveilla le lièvre en disant : « Voici que les vieilles femmes « toussent, il est temps de partir. »

— « Non, dit le lièvre, car les vieilles toussent « parce que tu as répandu du piment, dans « leurs cases ; toi-même empestes le piment. » Il se rendormit.

Enfin le jour parut, les deux amis partirent et, quand ils furent arrivés, l’hyène joua avec l’éléphant. Aussitôt que les mots « échec » et « mat » eurent produit l’effet désiré, les deux

compères se glissèrent dans le ventre du monstre et se mirent à faire ripaille.

Désignant le cœur, l’hyène dit au lièvre :

— « Surtout, garde-toi de toucher à cette « boule de graisse, car l’éléphant mourrait et la « porte de sortie serait à tout jamais fermée. »

Avec sa malice habituelle, le lièvre ne suivit pas ce conseil et l’éléphant mourut.

Toute issue étant fermée, le lièvre dit à l’hyène :

— « Entre dans le fiel, moi je me cacherai « dans l’intestin et, quand on ouvrira l’éléphant. « on nous mettra de côté : nous pourrons, « ainsi, facilement nous sauver. »

— « Comment! dit l’hyène, un tout petit ani- « mal comme toi rentrer dans l’intestin, et une « grosse bête, comme moi, se loger dans le fiel ! « C’est le contraire que tu veux dire » et, selon son secret désir, le lièvre se blottit dans le fiel.

Le chef, prévenu de la mort de son éléphant, envoya ses serviteurs pour le découper. Quand le ventre eut été ouvert, on sortit de suite le fiel et on le jeta dans la brousse. Aussitôt, le lièvre surgit et cria aux travailleurs :

— « Faites donc attention! vous avez failli « me tuer avec ce que vous venez de jeter. »

Tous s’excusèrent, car, dirent-ils, ils ignoraient sa présence en cet endroit.

Quand on fut sur le point de sortir l’intestin, le lièvre, qui s’était rapproché, dit :

« Attendez ! je suis sûr que la bête, qui a tué « l’éléphant, doit s’être cachée là », et il ordonna de prendre des bâtons pour frapper sur l’intestin. Au bout d’un moment, il dit : «Vous « pouvez cesser, car elle doit être morte. »

De l’intérieur une voix dit : « Je ne suis pas « tout à fait morte, mon neveu, mais je n’en « vaux guère mieux. »

Le lièvre fit reprendre les bâtons et, quand il fut convaincu que son oncle était mort, il s’éloigna.

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