‹ Soudan françaisChapitre 17 sur 54 · LE LIÈVRE, L’ÉLÉPHANT ET L’HIPPOPOTAME · texte numérisé non relu

LE LIÈVRE, L’ÉLÉPHANT ET L’HIPPOPOTAME

(Conte malinké.)

Le lièvre avait emprunté un captif à l’éléphant et un captif à l’hippopotame.

Harcelé par ces deux créanciers, qui réclamaient leur dû, il s’en fut, un jour, trouver

l’hippopotame. Il lui remit le bout d’une corde très longue, qu’il portait à l’épaule, et lui dit : «Tu n’as qu’à tirer sur cette corde, ton captif « est au bout. » Il alla ensuite trouver l’éléphant et, en lui remettant l’autre bout de la même corde, il lui dit les mêmes paroles.

Dans l’impatience de recouvrer leur créance, l’éléphant et l’hippopotame se trouvèrent bientôt nez-à-nez.

— « Le lièvre me doit un captif », dit l’hippopotame.

— « Il m’en doit un aussi », dit l’éléphant.

— « Il m’a dit que je le trouverais au bout de « cette corde, » continua l’hippopotame.

— « Il m’a tenu le même langage », reprit l’éléphant et tous deux conclurent: « Le lièvre « est une canaille. »

— « Désormais je lui défends de séjourner dans la forêt », dit l’éléphant.

— « Et moi je lui interdis l’accès du fleuve», affirma l’hippopotame.

C’est boni pensa le lièvre, qui avait écouté leur conservation.

Peu après, dans la forêt, le lièvre trouva le cadavre d’une biche et, comme il pressentait l’approche de l’éléphant, il se glissa dedans, en lui donnant une apparence de vie.

L’éléphant survint et, voyant la biche se débattre, il lui demanda :

— « Que t’arrive-t-il, ma pauvre amie ? »

— « Hélas! dit-elle, j’ai eu le malheur de « déplaire au lièvre, longtemps sa malédiction « m’a poursuivie et c’est elle aujourd’hui qui « me tue. »

— « Diable! pensa l’éléphant, le lièvre est si « terrible que ça? » et, en s’éloignant, il dit à la biche : « Si tu revois le lièvre, dis-lui que je lui « fais cadeau du captif qu’il m’a emprunté. »

Le lièvre traîna le cadavre de la biche au bord du fleuve et, s’y étant introduit, il poussa des gémissements, comme eut fait une biche expirante; l’hippopotame accourut.

— « Qu’as-tu ma pauvre biche? » interrogea-t-il.

— « Hélas ! dit-elle, le lièvre m’a maudite et « c’est sous cette malédiction que je succombe. »

— « Oh! oh! pensa tout haut l’hippopotame, « je ne supposais pas au lièvre un tel pouvoir», puis il dit à la biche : « si tu revois le lièvre, dis- « lui que je lui fais cadeau du captif qu’il me « doit. »

Et voilà comment le lièvre paie ses dettes.

Page 1