L’HYÈNE
(Conte bamana).
Un jour l’hyène dit au devin : « Je m’en vais « chercher fortune, que m’arrivera-t-il? »
Le devin interrogea l’avenir et dit à l’Hyène :
« Tu trouveras trois choses et tu ne pourras « en garder aucune. »
L’hyène dit : « Ce n’est pas vrai! » et partit.
Elle rencontra une petite tortue et la prit; elle rencontra un singe et le saisit; elle trouva une motte de beurre au milieu de la route et la ramassa; puis elle vint s’installer au pied d’un baobab.
Là, elle dit au singe : « Monte me chercher « des fruits du baobab. »
Le singe monta. Comme il ne revenait pas, l’hyène lui demanda :
— « Eh bien! ne vas-tu pas bientôt redes- « cendre? »
— « Jamais, dit le singe. Je suis né sur une « branche de baobab et tu me dis de des- « cendre? Je ne descendrai pas ».
L’hyène dit à la tortue :
— « Va me chercher des fruits de nénuphar ».
La tortue entra dans l’eau. Au bout d’un instant l’hyène l’appela : « Eh bien! ne viens-tu « pas. »
— « Non, dit la tortue, je suis née dans « l’eau : j’y reste. »
L’hyène résolut de faire cuire le beurre qu’elle avait trouvé. Elle réunit du bois, alluma du feu et y plaça son beurre, qui fondit et disparut.
— « Mon beurre est perdu, dit l’hyène, du o moins faut-il que je retrouve ma tortue. »
Elle entra dans l’eau et y trouva une petite marmite.
— « Petite marmite! quel est ton nom? » demanda-t-elle.
— « La Marmite Généreuse. »
— a Ne me feras-tu pas quelque générosité? »
Elle lui donna du couscous, du riz et de la
viande.
— « Voilà qui est bon, dit l’hyène, et elle par- « tit chez sa vieille hôtesse et lui dit :
— « J’ai trouvé une merveilleuse petite mar- « mite, je l’ai mise dans ta case, va lui demander « son nom. »
— « Comment t’appelles-tu ? » demanda la vieille femme.
— « La Marmite Généreuse. »
— « Ne me feras-tu pas quelque générosité? »
Elle lui donna du couscous, du riz et de la
viande.
La vieille femme s’en fut trouver le roi et lui dit :
— « L’Hyène a trouvé une petite marmite « merveilleuse : c’est vraiment un talisman qui « ne peut appartenir qu’au roi. »
Celui-ci ordonna que l’on apporta chez lui toutes les petites marmites du pays et, quand l’hyène eut porté la sienne, il se tint pour satisfait.
— « Comment faut-il lui parler? » dit le roi à l’hyène.
— « Il suffit de lui demander son nom. »
— « Comment t’appelles-tu? » questionna le roi, en s’adressant à la petite marmite.
— « La Marmite Généreuse. »
« Ne feras-tu pas quelque générosité à moi « et à mes gens? »
Elle leur donna du couscous, du riz et de la viande.
Le roi fit habilement attacher à son bras la petite marmite magique.
L’hyène revint au marigot où elle l’avait trouvée et, de nouveau, fit la découverte d’un sabre.
— « Sabre! dit-elle, comment t’appelles-tu? »
— « Le Sabre-Qui-Frappe. »
— « Ne me frapperas-tu pas un peu? »
Il lui tomba sur l’œil et se mit à la frapper, puis lui dit :
— « Ne me dis-tu pas : tombe en raison- « nant? »
L’hyène dit : tombe en raisonnant et aussitôt le sabre tomba à terre en produisant un bruit sonore. L’hyène le ramassa, s’en vint trouver la vieille et lui dit :
— « J’ai trouvé quelque chose de plus mer- « veilleux encore que la Marmite Généreuse.
« Va là-bas, dans ta case, et ferme bien toutes « les issues. »
— « Et que faudra-t-il dire? »
— o Sabre ! comment te nommes-tu? »
La vieille fit ce qu’avait dit l’hyène :
— « Comment t'appelles-tu? » demanda-t-elle au sabre?
■ — « Je me nomme le Sabre-Qui-Frappe. »
— « Ne me frappes-tu pas un peu? »
Il se mit à la frapper, puis lui dit :
— « Ne me dis-tu pas : tombe en raison- « nant? »
— « Tombe en raisonnant », dit la vieille et le sabre tomba avec un bruit sonore.
La vieille se sauva et vint dire au roi :
— « L’hyène a un sabre plus merveilleux « encore que la Marmite Généreuse. »
Et le roi ordonna que tout homme possesseur d’un sabre le lui apportât.
L’hyène fut la première à apporter le sien. Le roi se déclara satisfait, puis demanda : « Comment faut-il dire ? »
— « Demande-lui son nom »,dit l’hyène qui se plaça du côté du roi où se trouvait suspendue la Marmite Généreuse. »
— « Comment t’appelles-tu ? » questionna le roi.
— « Le Sabre-Qui-Frappe. »
— « Ne me frappes-tu pas un peu? »
Il lui tomba sur l’œil et se mit à le frapper. L’hyène arracha la Marmite Généreuse et se sauva en l’emportant.