‹ Soudan françaisChapitre 20 sur 54 · L’HYÈNE · texte numérisé non relu

L’HYÈNE

(Conte bamana).

Un jour l’hyène dit au devin : « Je m’en vais « chercher fortune, que m’arrivera-t-il? »

Le devin interrogea l’avenir et dit à l’Hyène :

« Tu trouveras trois choses et tu ne pourras « en garder aucune. »

L’hyène dit : « Ce n’est pas vrai! » et partit.

Elle rencontra une petite tortue et la prit; elle rencontra un singe et le saisit; elle trouva une motte de beurre au milieu de la route et la ramassa; puis elle vint s’installer au pied d’un baobab.

Là, elle dit au singe : « Monte me chercher « des fruits du baobab. »

Le singe monta. Comme il ne revenait pas, l’hyène lui demanda :

— « Eh bien! ne vas-tu pas bientôt redes- « cendre? »

— « Jamais, dit le singe. Je suis né sur une « branche de baobab et tu me dis de des- « cendre? Je ne descendrai pas ».

L’hyène dit à la tortue :

— « Va me chercher des fruits de nénuphar ».

La tortue entra dans l’eau. Au bout d’un instant l’hyène l’appela : « Eh bien! ne viens-tu « pas. »

— « Non, dit la tortue, je suis née dans « l’eau : j’y reste. »

L’hyène résolut de faire cuire le beurre qu’elle avait trouvé. Elle réunit du bois, alluma du feu et y plaça son beurre, qui fondit et disparut.

— « Mon beurre est perdu, dit l’hyène, du o moins faut-il que je retrouve ma tortue. »

Elle entra dans l’eau et y trouva une petite marmite.

— « Petite marmite! quel est ton nom? » demanda-t-elle.

— « La Marmite Généreuse. »

— a Ne me feras-tu pas quelque générosité? »

Elle lui donna du couscous, du riz et de la

viande.

— « Voilà qui est bon, dit l’hyène, et elle par- « tit chez sa vieille hôtesse et lui dit :

— « J’ai trouvé une merveilleuse petite mar- « mite, je l’ai mise dans ta case, va lui demander « son nom. »

— « Comment t’appelles-tu ? » demanda la vieille femme.

— « La Marmite Généreuse. »

— « Ne me feras-tu pas quelque générosité? »

Elle lui donna du couscous, du riz et de la

viande.

La vieille femme s’en fut trouver le roi et lui dit :

— « L’Hyène a trouvé une petite marmite « merveilleuse : c’est vraiment un talisman qui « ne peut appartenir qu’au roi. »

Celui-ci ordonna que l’on apporta chez lui toutes les petites marmites du pays et, quand l’hyène eut porté la sienne, il se tint pour satisfait.

— « Comment faut-il lui parler? » dit le roi à l’hyène.

— « Il suffit de lui demander son nom. »

— « Comment t’appelles-tu? » questionna le roi, en s’adressant à la petite marmite.

— « La Marmite Généreuse. »

« Ne feras-tu pas quelque générosité à moi « et à mes gens? »

Elle leur donna du couscous, du riz et de la viande.

Le roi fit habilement attacher à son bras la petite marmite magique.

L’hyène revint au marigot où elle l’avait trouvée et, de nouveau, fit la découverte d’un sabre.

— « Sabre! dit-elle, comment t’appelles-tu? »

— « Le Sabre-Qui-Frappe. »

— « Ne me frapperas-tu pas un peu? »

Il lui tomba sur l’œil et se mit à la frapper, puis lui dit :

— « Ne me dis-tu pas : tombe en raison- « nant? »

L’hyène dit : tombe en raisonnant et aussitôt le sabre tomba à terre en produisant un bruit sonore. L’hyène le ramassa, s’en vint trouver la vieille et lui dit :

— « J’ai trouvé quelque chose de plus mer- « veilleux encore que la Marmite Généreuse.

« Va là-bas, dans ta case, et ferme bien toutes « les issues. »

— « Et que faudra-t-il dire? »

— o Sabre ! comment te nommes-tu? »

La vieille fit ce qu’avait dit l’hyène :

— « Comment t'appelles-tu? » demanda-t-elle au sabre?

■ — « Je me nomme le Sabre-Qui-Frappe. »

— « Ne me frappes-tu pas un peu? »

Il se mit à la frapper, puis lui dit :

— « Ne me dis-tu pas : tombe en raison- « nant? »

— « Tombe en raisonnant », dit la vieille et le sabre tomba avec un bruit sonore.

La vieille se sauva et vint dire au roi :

— « L’hyène a un sabre plus merveilleux « encore que la Marmite Généreuse. »

Et le roi ordonna que tout homme possesseur d’un sabre le lui apportât.

L’hyène fut la première à apporter le sien. Le roi se déclara satisfait, puis demanda : « Comment faut-il dire ? »

— « Demande-lui son nom »,dit l’hyène qui se plaça du côté du roi où se trouvait suspendue la Marmite Généreuse. »

— « Comment t’appelles-tu ? » questionna le roi.

— « Le Sabre-Qui-Frappe. »

— « Ne me frappes-tu pas un peu? »

Il lui tomba sur l’œil et se mit à le frapper. L’hyène arracha la Marmite Généreuse et se sauva en l’emportant.

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