‹ Soudan françaisChapitre 19 sur 54 · L’ENFANT ET LE CAÏMAN · texte numérisé non relu

L’ENFANT ET LE CAÏMAN

(Conte bamana).

Un enfant trouva un caïman à terre :

— « Qu’est-ce qui t’a amené là? » lui demanda-t-il.

— « Je me suis égaré en me promenant. »

— « Veux-tu que je te remette dans l’eau? »

— « J’en serai bien content. »

L’enfant attacha le caïman et, arrivé au bord du fleuve, lui demanda :

— « Je te laisse ici? »

— « Non », dit le caïman.

L’enfant avança jusqu’à ce que l’eau lui vint aux genoux :

— « Je te laisse ici ? »

— « Non », dit le caïman.

L’enfant avança jusqu’à ce que l’eau lui vint au milieu du corps.

— « Je te laisse ici? »

— « Non », dit le caïman.

L’enfant avança jusqu’à ce qu’il eut de l’eau jusqu’au cou.

— « Je te laisse ici? »

— « Oui », dit le caïman.

L’enfant détacha le caïman et l’abandonna.

— « Enfant! » dit le caïman.

— « Hein ! » fit l’enfant.

— « Sais-tu avec quoi l’on paie la bonté ? »

— « Avec la méchanceté. »

— « Enfant! je veux te manger, mais aupâra- « vant je veux te faire juger trois fois. »

— « C’est bon ! »

Un vieux cheval vient boire, le caïman lui demande.

— « Quelle est la récompense de la bonté. »

• — « La méchanceté », dit-il.

— ■ « Cet enfant m’a pris à terre et mis dans « l’eau, dit le caïman, et je lui ai dit que je le « mangerai. »

— « Mange-le. Les enfants d’Adam sont des « méchants : ainsi, tant que j’étais jeune, l’on « me montait pour aller à la guerre et l’on me

« donnait du mil en abondance. Aujourd’hui, « que je suis devenu vieux, on m’abandonne. »

Le caïman dit à l’enfant :

— « Petit? »

— « Hein? »

— « Ça fait une. »

— « Oui », dit l’enfant.

Survint un vieil âne, le caïman lui demanda :

— « Ami ! quelle est la récompense de la bonté? »

— « La méchanceté. »

— « Cet enfant m’a pris à terre et mis dans « l’eau; j’ai dit que je le mangerai. »

— «Mange-le. Les enfants d’Adam sont des « méchants : ainsi, tant que j’étais jeune, ils me « chargeaient pour aller faire du commerce, « alors ils avaient pour moi des égards. Aujour- « d’hui que je suis vieux, ils m’abandonnent. »

— « Petit! » dit le caïman.

— « Hein? »

— « Ça fait deux ! »

— « Oui. »

Vint un lièvre, le caïman lui dit :

— « Mon petit lièvre! quelle est la récom- « pense de la bonté ? »

— « Laisse-moi tranquille, dit le lièvre, j’ai « soif; quand j’aurai bu je te répondrai. »

Quand il eut bu :

— « Que dis-tu? »

— « Cet enfant m’a pris à terre et mis dans « l’eau et je lui ai dit que je le mangerai. »

— « Tu mens ! cet enfant n’a pu te porter. »

— « Demande-le lui. »

— « Petit! est-ce vrai? »

— « C’est vrai », dit l’enfant.

— « Alors, porte-le encore que je voie ça. » L’enfant attacha le caïman et le prit.

— « Emporte-le sur la terre que je le voie », dit le lièvre.

L’enfant reporta le caïman, là où il l’avait trouvé.

— « Pose-le, dit le lièvre. »

L’enfant le posa.

— « Petit! ton père ne mange-t-il pas le caïman », interrogea le lièvre.

— « Si », dit l’enfant.

— « Et ta mère ? »

— « Aussi. »

— « N’as-tu pas une hache. »

— « J’en ai une. »

— « Casse la tête au caïman et mange-le. »

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