‹ Soudan françaisChapitre 23 sur 54 · LE FILS DU VOLEUR · texte numérisé non relu

LE FILS DU VOLEUR

(Conte khassonké.)

En mourant, un voleur avait laissé un poulain, pour tout héritage, à son fils, nommé Samba .

Comme l’enfant était encore tout jeune, sa mère se lamentait : « Quel malheur, lui disait- « elle, que ton père nous ait si prématurément « quittés! Tu n’as pas encore l’âge d’exercer le « métier qui, pendant de longues années et « grâce à l’audace de notre cher défunt, nous « a procuré une si large aisance et, moi, faible « femme, je ne puis rien. . . »

Mais l’enfant la tranquillisa :

« Inutile de te chagriner, mère chérie, je te « montrerai, avant peu, que je n’ai rien à envier « à l’habileté de mon père. »

Le lendemain, Samba |alla trouver le roi et lui dit :

« Mon père m’a laissé, en héritage, un pou- « laindont je suis fort embarrassé, car ce n’est « pas un poulain ordinaire ! tu t’en feras facile- « ment une idée quand tu sauras que toute « l’herbe qu’il mange se change en pépites d’or, « en passant par ses intestins. Je n’ai que faire « d’un tel animal, car l’or ne m’est rien, et je « préférerais quelques bons captifs — Com- « ment, dit le roi, qui était fort crédule, tu pos- « sèdes un si merveilleux animal? mais amène-

i . Chez les Soudanais l’or donnait la considération, mais les captifs donnaient la puissance.

« le moi bien vite, je serai tout heureux de te « donner en échange tel nombre de captifs que « tu désireras. »

Samba demanda et reçut mille captifs h

Le roi fit mettre l'animal dans une écurie parfaitement close à l’exception d’une étroite ouverture, juste suffisante pour introduire de l’herbe et de l’eau. Le poulain resta un mois à ce régime. Alors le roi fit, en sa présence, laver les crottins de l’animal ; mais, cruelle déception ! ils ne contenaient pas même une paillette d’or.

Furieux, le roi résolut de se venger. Il réunit un conseil de notables auquel il exposa l’affaire.

Samba fut mandé .

Avant de se rendre à cet appel, le petit voleur prit quelques dispositions : il fit tuer un bœuf et en recueillit le sang dans une outre, qu’il présenta à sa mère en lui disant : « Placela sous ton boubou et, quand le roi m’interrogera, tu auras soin de m’interrompre sans cesse. » Il donna encore quelques instructions à sa mère puis, en sa compagnie, se présenta à l’assemblée .

i. Il était reçu qu’un chef qui acceptait le présent d un homme de peu devait lui en rendre quatre ou cinq fois la valeur.

Samba écouta tranquillement les faits qui lui étaient reprochés; puis, à son tour, prit la parole. Mais sa mère ne le laissa pas s’expliquer, à peine ouvrait-il la bouche qu’aussitôt elle l’interrompait par des lamentations, des reproches, des imprécations. D’abord, Samba la pria de se taire, puis se fâcha et, enfin, au paroxysme de la colère, il la poignarda 1 . La malheureuse tomba à terre et parut morte.

Les assistants, indignés, auraient fait un mauvais parti à Samba, si les soufas 2 du roi ne l’eussent protégé contre toute atteinte. D’ailleurs, sans s’émouvoir, Samba affirma qu’il n’y avait pas lieu de prendre au tragique cet événement; car lui, Samba, avait le moyen de rappeler sa mère à la vie, quand il lui plairait.

Le roi, abasourdi par cette tranquille audace mais justement défiant, dit à Samba :

«Comment! tu voudrais encore nous faire « croire que tu as le pouvoir surnaturel de rap- « peler à la vie cette morte? Va! nous n’en « croyons rien, cesse de nous berner et si, tou- « tefois, tu ne te moquais pas de nous, saches

1. Il eut soin naturellement de la frapper à l’endroit où se trouvait l’outre de sang.

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