‹ Soudan françaisChapitre 27 sur 54 · LA SORCIÈRE · texte numérisé non relu

LA SORCIÈRE

(Chanson khassonké).

Deux femmes avaient le même mari; l’une était sorcière et sans enfant; l’autre avait eu plusieurs enfants qui tous avaient été mangés — à son insu — par sa compagne, un seul restait qui marchait à peine.

Un jour, la mère alla chercher de l’eau et laissa son enfant à sa compagne. Celle-ci saisit l’enfant par une jambe, le jeta dans un mortier et, brandissant un pilon, se préparait à broyer l’enfant, pour le manger plus facilement quand

tout à coup le petit sourit et lui tendant les bras lui dit : « Petite mère, laisse-moi vivre et je rirai pour toi ». Et la sorcière émue le laissa vivre.

HISTOIRE DE BACARI DIAN.

(Récit bamana).

Bacari Dian vivait à Ségou, auprès de Manson \

Blissi était un guerrier fameux, du Macina, fort redouté à Ségou.

Chaque fois que Manson faisait tuer un bœuf, il en prélevait une part pour Blissi.

Un jour, le griot de Manson prit la part de Blissi ; quand celui-ci en fut informé, il dit seulement : c’est bien !

Un jour, Blissi vint, avec une colonne, contre Ségou . Segou sortit. On dit au griot de Manson : « Voici, Blissi ! # Le griot s’élança à cheval et

j. Roi du pays de Ségou.

déchargea son fusil à deux coups sur Blissi. Celui-ci ne riposta pas.

Le griot revint, repartit, tira encore, Blissi ne broncha pas.

A la troisième fois, Blissi prit la sous-ventrièrede son propre cheval, poursuivit le griot et le frappa sur la tête. Le griot entra dans une case : « Je ne te tue pas, lui cria Blissi, car tu es griot! » et il s’en retourna au Macina.

Bacari Dian alla trouver les marabouts de Ségou : « Je viens vous demander votre aide pour combattre Blissi » , leur dit-il.

Ils lui donnèrent beaucoup de mil et de nombreux chevaux, prièrent Allah pour lui et enfin lui remirent deux écrits, en lui disant : « Garde « auprès de toi deux moutons; attache au cou « de chacun l’un de ces papiers et appelle l’un « Bacari et l’autre Blissi. Ne les tue pas avant « qu’ils se soient battus entre eux ».

Ainsi agit Bacari Dian.

Un jour, les deux moutons se battirent. Le mouton Blissi, en poursuivant le mouton Bacari, tomba et se cassa le cou. Le mouton Bacari se retourna alors et frappa son adversaire à la tète.

Bacari Dian s’en alla racontertous cesdétails aux marabouts. Ceux-ci lui dirent : « Le jour

« où Blissi viendra combattre Ségou, il te chas- « sera d’abord, puis tu le tueras ».

Blissi vint. Ségou sortit.

Bacari Dian dit au roi : « Aujourd’hui je veux « tuer Blissi. »

Le roi lui répondit : « Tu es fou ! »

Les griots entourèrent Bacari Dian en chantant :

Qui est-ce qui va remuer Blissi?

Bacari Dian va secouer Blissi vigoureusement!

Qui est-ce qui va se battre le premier?

Bacari Dian va s’élancer le premier au combat.

Bacari Dian s’élance vers Blissi; il lui jette sa lance; il le manque.

Blissi riposte, il jette sa lance vers Bacari et le manque.

Bacari Dian s’enfuit, poursuivi par Blissi. Tous deux s’enfoncent au loin dans la brousse. Ils arrivent à un petit ruisseau, le cheval de Bacari le franchit. Le cheval de Blissi tombe dans le ruisseau et Blissi se rompt le cou. Bacari revient sur ses pas, tranche la tête de Blissi, la met dans sa peau de bouc et reprend le chemin de Ségou en emmenant le cheval de Blissi.

Près de la ville, il laisse le cheval de Blissi

aller seul. Le cheval rentre dans la ville. La cloche qu’il porte au cou résonne; on l’entend; on sort ; on voit le cheval et l’on dit : « Tiens ! il n’y a personne sur le cheval ! »

Le roi est prévenu; il fait sortir ses cavaliers pour aller à la recherche de Bacari Dian. Les cavaliers trouvent Bacari Dian assis au pied d’une baobab, il leur dit : « J’ai tué Blissi et je « ne rentrerai à Segou que lorsque toute l’armée « et tous les griots de Ségou seront venus me « chercher ici ».

Les cavaliers rapportèrent ces paroles au roi.

L’armée et les griots sortirent et rejoignirent Bacari Dian et avec lui rentrèrent à Ségou. Ils vinrent devant la porte du roi. Alors Bacari Dian sortit de sa peau de bouc la tête de Blissi et la plaça devant le roi qui lui dit : « Bacari Dian ! merci! »

La gloire tourna la tête à Bacari Dian.

Un jour, il dit : « Mon pied cache un trou, si je le retire, Ségou tombera dans ce trou. » Le roi, ayant connu ce propos, en fut grandement irrité.

Un autre jour, Bacari Dian dit encore : « La « femme n’est que chair à plaisir », et, d’un geste obscène, il traduisit sa pensée. Son fils, qui était présent, fut intimement blessé dans l’affection qu’il avait pour sa mère.

Le roi fit appeler Bacari pour lui casser la tête. Il posta des soufas à l’entrée de son palais et leur dit: « Laissez entrer Bacari Dian, mais « quand il sortira, cassez-lui la tête ».

Bacari Dian vint, accompagné de son fils. Ils entrèrent et arrivèrent jusqu’au roi. Ils lui dirent: « Fama, bonsoir! » Il leur répondit: « Merci ! » puis s’adressant à Bacari Dian : « On dit que tu prétends que ton pied ferme « le trou dans lequel Ségou tomberait si tu « le retirais! Toi! faible peul! je te casserai la <c tête ! »

A ces mots le fils de Bacari Dian se leva. Il avait un fusil, il l’arma, plaça le bout du canon contre la poitrine du roi et dit: « Toi! Bamana! esclave, fils d’esclave! tu oses insulter mon père ! » et se tournant vers son père :

« Papa ! insulte son père ! »

Bacari insulta le père du roi.

« Papa ! insulte sa mère ! »

Bacari insulta la mère du roi.

« Maintenant, passe devant nous, dit le fils de « Bacari au roi, si tu bouges je te tue. »

Le fama se leva pour les précéder. Quand ils arrivèrent à la porte du palais, les soufas se dressèrent, prêts à frapper. « Laissez, dit le roi ». Ils se retirèrent.

Bacari et Son fils sortirent et rentrèrent chez eux.

Le fils dit alors à son père : « Les femmes ne « donnent-elles que du plaisir? »

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