‹ Soudan françaisChapitre 33 sur 54 · LA MEILLEURE FEMME · texte numérisé non relu

LA MEILLEURE FEMME

(Conte soninké).

Un homme disait un jour, il ne faut pas prendre une femme trop grande, ni une femme trop petite : une femme moyenne est la meilleure.

— - Mais, lui demanda-t-on, qu’entends-tu par une grande femme.

— Quand, reprit-il, tu épouses une femme dans un pays éloigné de celui que tu habites, elle ne manque jamais, dès qu’elle a un amant, de venir te demander, bien gentiment, de lui permettre d’aller voir sa mère. Cela ne peut se refuser, mais va donc voir ce qu’elle fera, si loin! Tu seras le dindon de la farce. C’est là ce que j’appelle une grande femme.

— Et qu’appelles-tu donc une petite femme?

— Si tu épouses ta toute proche voisine, elle t'en jouera de bonnes à ta barbe !

Ainsi, ton meilleur ami viens te rendre visite, tu t’empresses de tuer un mouton pour le bien recevoir.

La ménagère prépare tout, puis elle glisse sous le lit une petite calebasse de couscous, en s’arrangeant pour que tu ne t’en aperçoives pas, et ensuite elle vient te dire : Voilà! tout est prêt, veux-tu venir partager la viande ?

— Il y a là trois calebasses : pour qui celle-ci?

— Pour toi et notre hôte.

— Bien! mets pas mal de viande pour que mon ami soit satisfait.

— Et celle-ci?

— - Pour moi.

— Sers-toi bien également, car tu as uq enfant à nourrir,

— Et celle-ci?

— Pour ma mère.

— Choisis les meilleurs morceaux et fais en une part copieuse.

Et tu vas rejoindre ton ami.

Aussitôt ta femme appelle sa mère et, par dessus la clôture, elle lui donne la calebasse qui ne contient pas de viande.

Au moment où tu manges avec ton ami, passe un captif qui porte un plat abondamment garni de morceaux de choix.

— Pour qui ça, demandes-tu?

— Pour ta belle-mère '!

— Bien.

Et c’est pour l’amant de ta femme.

Voilà ce que j’appelle une petite femme.

— Et qu’appelles-tu une femme moyenne ?

— C’est celle qui est du même village que toi, mais habite du côté opposé. Veut-elle aller chez sa mère, où chez ses amies, tout le monde la voit qui va et vient et, comme on la connaît, on commente ses moindres démarches. Si elle te trompe, tu le sauras et les témoins ne te manqueront pas.

Voilà la femme moyenne, c’est la meilleure.

i . Les Soudanais ont, pour leurs belles-mères, un respect superstitieux.

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