‹ Soudan françaisChapitre 34 sur 54 · LE JALOUX · texte numérisé non relu

LE JALOUX

Un homme était extrêmement jaloux de sa femme, aussi ne la quittait-il jamais d’un pas.

Une nuit, la femme se plaignit.

— « Qu’as-tu? » lui demanda son mari.

— « Des coliques », dit-elle.

Elle se leva, et sortit pour aller dans la brousse. Son mari l’accompagna, mais la laissa s’éloigner seule à quelques pas. Il entendit alors un bruit auquel il ne crut pas pouvoir se tromper et se dit :

— « Vraiment, ma femme est bien malade. »

Aussi, bien qu'elle restât longtemps, il n’osa

pas la déranger. Enfin elle revint, ils rentrèrent et se couchèrent.

Un moment après la femme se plaignit. Elle ressortit, toujours suivie de son mari. Celui-ci entendit encore un bruit qu’il crut être produit par les entrailles de sa femme.

Longtemps elle resta, puis revint. Ils rentrèrent et se recouchèrent. Une troisième fois, il fallut refaire la promenade et le mari perçut encore le bruit qu’il avait déjà entendu.

Enfin, la nuit se passa à veiller de la sorte.

Au jour, la femme dit à son mari.

— « Je pense que te voilà guéri de ta jalousie « à mon égard. »

— « Comment çà », fit-il colère.

— « C’est que, dit-elle, je n’ai point été malade cette nuit, bien au contraire. Chaque fois que je suis sortie, je suis allée rejoindre mon amant qui, pour te donner le change, tenait par les pattes un pigeon.

C’est ce pigeon effarouché dont les ailes produisaient le bruit que tu entendais.

MARANDÉNBONÉ.

(Conte soninké.)

Il était une sorcière qui avait sept filles d’une grande beauté; on disait que celui qui passait une nuit avec l’une quelconque de ces jeunes filles, disparaissait, mangé par la sorcière : car c’est le trait caractéristique des sorcières de se nourrir de chair humaine.

Il y avait, dans le pays de la sorcière, huit

frères, dont le plus jeune, à peine âgé de quelques mois, se nommait Marandenboné

Un jour, Marandenboné conseilla à ses frères d’aller coucher avec les filles de la sorcière : « Mais, dirent-ils, ignores-tu que l’on n’a jamais « vu revenir un seul des éphémères amants de « ces jeunes filles? »

— « Suivez mon conseil, affirma Maran, et « soyez sans crainte. »

Les huit frères arrivèrent chez la sorcière, qui les accueillit très bien et leur servit un copieux repas après lequel elle leur dit : « Allez « vous reposer chacun dans l’une de ces sept « cases, vous y trouverez d’agréables compa- « gnes pour la nuit. » Ils s’y rendirent.

Maran, à qui l’on avait rien offert, s’écria : « Et moi, marna 1 2, je coucherai avec toi ? »

— « Oui », dit la vieille.

Quand les jeunes gens eurent disparu dans les cases, qui leur avaient été désignées, la vieille et Maran entrèrent dans une autre et se couchèrent côte à côte.

Vers minuit, la vieille toussota pour s’assurer que Maran dormait, l’enfant ne dit rien et ne

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