‹ Soudan françaisChapitre 45 sur 54 · HISTOIRES DE FEMMES · texte numérisé non relu

HISTOIRES DE FEMMES

(Conte soninké).

Un roi avait un ami qu’il affectionnait tout particulièrement.

Cet ami le quitta, un jour, pour aller s’instruire auprès d’un marabout très renommé.

Le marabout apprit au jeune homme tout ce que contiennent les livres et, pour terminer son enseignement, le mit en garde contre la malice des femmes en lui racontant, sur ce sujet, les histoires les plus piquantes.

Enfin, quand le marabout jugea son élève suffisamment instruit, il le renvoya à la cour du roi : celui-ci le revit avec le plus grand plaisir; il le reçut, dans sa chambre, en présence de sa femme favorite, et le questionna

tant sur les mérites du marabout que sur la science qu’il en avait acquise.

Le jeune homme s’expliqua longuement et, après avoir passé en revue tout ce qui est contenu dans les livres, il s’appesantit tout particulièrement sur le chapitre des femmes, comme pour persuader le roi qu’il était maintenant armé pour déjouer les intrigues, les mieux ourdies, du beau sexe.

La femme présente à l’entretien ne souffla mot, mais écouta avidemment, tout en ayant l’air de ne prêter aucune attention à de si beaux discours.

A un moment, le roi se leva et sortit, pour s’assurer que l’on préparait tout pour faire une belle réception à son ami.

Dès le roi parti, la jeune femme commença à évoluer autour du jeune homme : elle se dévêtit en partie, comme si elle se souciait peu de sa présence; laissa entrevoir des détails fort suggestifs, se parfuma, essaya des bijoux et des vêtements; si bien, enfin, que le jeune homme, pris à cette mimique, ne la quittait plus des yeux.

Quand elle fut sûre de son effet, elle s’assit languissamment auprès de lui, et les parfums, qui émanaient d’elle, achevèrent de le griser.

Il lui prit les mains, lui tint des propos galants et s'excita si fort à ces lutineries que, tout à coup, dans le transport de la passion, il la renversa sur la couche royale, au bord de laquelle ils s’étaient assis.

Elle se pâmait délicieusement dans ses bras, quand, soudain, elle l’étreignit vigoureusement et se mit à crier comme pour appeler au secours.

Aussitôt, l’on entendit les pas précipités des gens qui accouraient.

Prestement elle se dégagea, renversa le jeune homme sur la couche et, profitant de son ahurissement, lui mit, dans la bouche, une poignée de couscous, puis alla s’asseoir tranquillement dans un coin. Le roi entra et demanda : « Que se passe-t-il donc? »

— « Oh ! dit la femme, c’est votre ami qui, très « affamé sans doute, a gloutonnement avalé le « couscous que vous aviez laissé, si bien qu’il « s’étouffe etce sont ses cris dedouleur que vous « avez entendus; j’ai essayé, mais en vain, de le « soulager, en le frappant au bas de la nuque. »

Le roi s’approcha du lit et, voyant son ami tout congestionné, les habits en désordre et du couscous encore aux lèvres, il ne douta point du récit de sa femme et se contenta de hausser

dédaigneusement les épaules, pour marquer tout le mépris que lui inspirait cet homme, qui prétendait avoir acquis tant de sagesse et se conduisait avec si peu de raison. Puis il sortit.

Alors la femme s’approchant du jeune homme lui dit : « Voilà bien une histoire que vous « pourrez apprendre à votre marabout, qui « vous en a conté tant d’autres. » Et elle rit.

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