‹ Soudan françaisChapitre 53 sur 54 · Oiseau du Sénégal · texte numérisé non relu

Oiseau du Sénégal

49. — Quand il fait jour, où est la nuit? Quand il fait nuit où est le jour?

Dieu seul le sait.

Alors, le Juif se tut et à son tour Aboudjidou demanda à tous les assistants :

Qui a la clef de la porte du Ciel? Qui a la clef de la porte du Paradis?

Ils se regardèrent sans répondre, puis se tournèrent vers le grand prêtre : « Je puis ré- « pondre, dit-il, mais si je le fais vous me « renierez et vous vous séparerez de moi. »

Ils insistèrent et jurèrent de croire tout ce qu’il dirait. Alors le grand-prêtre :

« La clef du Ciel et celle du Paradis sont « entre les mains de Dieu l’Unique et Mahomet est l’envoyé de Dieu. »

Et tous se firent musulmans.

Fragment de l’Histoire de Moussa (Moïse) . — Un jour le Pharaon était, sur un lit, sur la terrasse de sa demeure, quand il aperçut un homme accroupi sur le haut d’un mur.

Le Pharaon se mordit le doigt. L’homme lui

dit : « Tyran! le jour approche où tu vas rendre «compte à Dieu de tout le mal que tu as fait. » Le Pharaon abandonna sa demeure; mais, dans le palais où il se réfugia, l’homme reparut et lui cria encore ses menaces prophétiques. Quarante fois le Pharaon changea de résidence et toujours la même voix angoissa son âme.

Il fit alors construire une maison d’airain, mais la voix inexorable l’y poursuivit.

Pharaon vint habiter une demeure splendide, appelée le « Palais du Soleil ». Là étaient enfermés tous ses trésors et tous les trésors de ses prédécesseurs. Les murs de ce Palais clamèrent au Pharaon : « Maudit ! voici qu’approche l’heure de la justice pour ton peuple opprimé. » Le Pharaon éperdu fit venir son cuisinier, nommé Hassana, qui était son confident et lui raconta ce qui lui arrivait.

« Ne crains rien, dit Hassaa, ce sont des détonons qui te tourmentent; je vais te chercher « un nouveau domicile où tu pourras vivre en « paix. »

Dès le lendemain, le Pharaon, en personne et avec une nombreuse suite, parcourut les rues de sa capitale à la recherche d’une maison où il pourrait vivre en paix. Il aperçut un palais magnifique et apprit que c’était celui que Jo-

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seph avait fait construire pour sa femme Zabir.

A un moment, passèrent deux pauvres femmes aveugles, elles devisaient entre elles et l’une dit : « Quand donc Dieu nous délivrera-t-il du « Pharaon? Que ce scélérat périsse comme a « péri Hadi? »

Le Pharaon, ayant entendu, s’approcha et demanda aux aveugles. « Qui êtes-vous?» — « De pauvres créatures, qui adorons Dieu le « maître du ciel et delà terre. Et toi qui es-tu? »

Hassana leur cria : « C’est le maître du ciel et « de la terre, et de vous deux aussi. »

« Maudit soit-il, dirent-elles. Maudit soit le tyran et ses fidèles. »

Pharaon les fit saisir et jeter dans une grande marmite dans laquelle on les fit cuire.

De ce jour, l’angoisse de Pharaon augmenta.

Les devins prédirent qu’un enfant mâle allait naître, qui anéantirait la puissance du Pharaon .

Celui-ci, suivant le conseil de ses familiers, fit rassembler toutes les femmes enceintes pour les surveiller et, dès qu’un enfant mâle voyait le jour, il était mis à mort.

Et l’angoisse de Pharaon augmentait toujours.

Les fidèles de Pharaon lui conseillèrent de s’attacher, par des présents, Imran boun Iasahi,

chef des Juifs. Pharaon fît venir Imran le combla de présents et, dès lors, Imran resta jour et nuit au côté du Pharaon.

Celui-ci ordonna, encore, que les hommes fussent totalement privés de relations avec leurs femmes ; puis il s’enferma dans son palais avec ses fidèles. Mille soldats veillaient à sa porte et Imran était toujours à son chevet.

Une nuit, pendant le sommeil de Pharaon, la femme d’Imran entra; elle était accompagnée d’un ange, qui dit à Imran d’user de sa femme par ordre de Dieu et, pour donner une idée éclatante de son pouvoir céleste, il tira la natte sur laquelle dormait Pharaon sans que celui-ci s’éveilla. Ce fut sur cette natte, cette nuit-là même, que, tout à côté de Pharaon, Moussa fut procréé.

Le lendemain matin, Pharaon entendit le crieur public qui disait : « Celui qui doit anéantir la puissance de Pharaon s’agite dans le sein de sa mère ».

Et l’angoisse de Pharaon augmenta.

Il fit venir les vieilles matrones, leur ordonna de visiter toutes les femmes de la ville et de faire périr impitoyablement tous les enfants mâles nouveau-nés.

Dieu écarta ces femmes de la maison d’Imran.

Enfin, la femme d’Imran accoucha et, à chaque instant, elle tremblait. Mais des voix célestes la rassurèrent : « Sois sans crainte ou « bien jette ton enfant au fleuve. Dieu te l’a « donné, Dieu saura te le rendre. »

Quand elle était obligée de quitter sa maison, la femme d’Imram plaçait Moussa dans le four et laissait sa fillette pour le garder. Un jour, Hassana entra dans la maison; la fillette, épouvantée, poussa l’enfant dans le four, qui était allumé et dont elle ferma la porte. Hassana ne trouva rien. Mais la mère rentra peu après et, quand elle sut ce qui s’était passé elle pensa que Moussa était mort. Celui-ci la rassura en disant : « Ne crains rien, mère chérie, Dieu veille sur nous. »

Pour mettre un terme à son anxiété, la mère résolut de confier son enfant aux flots du Nil. Elle fit venir un charpentier et lui demanda de confectionner une caisse aux dimensions de Moussa. Le charpentier s’informa de l’usage qu’elle voulait faire de cette caisse. Elle lui dit que c’était pour son enfant qu’elle voulait jeter au Nil. « C’est pour Arouna? questionna le charpentier (Arouna était né un an avant Moïse). — • « Non, dit-elle, c’est pour un autre enfant. »

Le charpentier pensa aussitôt à prévenir le Pharaon; mais, au moment où il se disposait à accomplir son sinistre dessein, ses pieds restèrent cloués au sol et une voix lui dit : « Renonce à ton projet, ou tu vas mourir. » Ce charpentier, nommé Samounou, garda le secret *.

Le charpentier confectionna la boîte et la porta à la mère. Celle-ci donna une dernière fois le sein à son enfant; puis l’oignit avec du beurre, lui mit du keul aux yeux et le para richement. Près de la caisse où reposait l’enfant, elle pleura jusqu’à minuit. Alors, reprenant courage, elle se dirigea avec son précieux fardeau vers le Nil. A mi-chemin, un immense serpent noir lui barra la route et lui cria : « Si tu le jettes au fleuve, je l’avalerai! » C’était Idriss 2 qui, comme toujours, avait voulu entraver le dessein de Dieu. Elle s’en retourna épouvantée.

Après avoir repris ses sens, elle comprit qu’elle devait malgré tout accomplir son projet et reprit le chemin du Nil. De nouveau, Idriss

î. C’est pourquoi, dit-on, les charpentiers ont Moussa pour patron.

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