‹ Soudan françaisChapitre 54 sur 54 · L’esprit du Mal · texte numérisé non relu

L’esprit du Mal

essaya de l'épouvanter, mais elle s’arrêta seulement pour donner le sein à l’enfant, puis referma la boîte et la mit au fleuve.

Or, Pharaon avait sept filles, dont une était atteinte de la lèpre. Sur l’ordre du médecin, la malade se rendait tous les matins au fleuve pour s’y baigner et ses sœurs l’accompagnaient.

La boîte vint atterrir précisément à l’endroit où se baignait la lépreuse. Celle-ci la saisit et, aussitôt, fut guérie. Les jeunes filles émerveillées n'osèrent ouvrir la boite et la portèrent à Hassiatou, la favorite, qui, après avoir admiré l’enfant, l’envoya à Pharaon en lui annonçant la guérison miraculeuse de sa fille.

A la vue de l’enfant, Pharaon eut comme le secret pressentiment que c’était là l’ennemi qu’il redoutait et vint lui-même dire, à Hassiatou, qu’il entendait le faire périr.

Mais la favorite ne l’entendait pas ainsi et elle sut persuader à Pharaon, qui n’avait pas d’enfant mâle, d’adopter celui que le ciel lui envoyait. S’il devenait dangereux n’aurait-il pas toujours le moyen de le supprimer?

Bon gré, mal gré, Pharaon garda l’enfant et fit quérir une nourrice pour l’allaiter, mais de toutes celles qui se présentèrent l’enfant refusa le sein.

La mère de Moïse, au courant de tous ces détails, envoya sa fille Kortoumou au palais, pourvoir ce qui allait se passer, et la proposer adroitement comme nourrice. Pharaon en effet la fit appeler, et dès qu’elle présenta le sein, l’enfant sourit et l’accepta. Elle fut comblée de présents et, dans un berceau en or, elle emporta l’enfant pour l’allaiter.

Un jour, Moïse, âgé de trois ans, jouait sur les genoux de Pharaon. Tout à coup il lui appliqua une telle giffle que Pharaon en perdit presque la vue.

Pharaon furieux tenta, alors, de se débarrasser de Moïse, mais de nouveau Hassiatou intervint : « L’enfant n’a point voulu mal faire, dit- « elle, et il est bien facile de se rendre compte « qu’il ne peut distinguer le bien du mal. » Et, pour le prouver, elle présenta à l’enfant une assiette, sur laquelle se trouvaient une perle et un charbon ardent. L’enfant allait prendre la perle mais Djibril invisible lui fit saisir le charbon. Il le porta à la bouche et se brûla la langue : ainsi s’explique comment Moïse avait de la difficulté à parler. A ce simple fait, Pharaon parut croire que Moïse, en effet, ne l’avait pas frappé avec l’intention de mal faire et, cé-

— igg —

dant aux instances de sa favorite, il le laissa vivre.

Moïse, âgé de huit ans, était un jour assis auprès de Pharaon. Un coq chanta et Moïse semblant répondre à l’animal dit : « Tu as raison ! » — « Qu’a-t-il dit? » demanda Pharaon. « Dieu est omnipotent, il peut remplacer le roi le plus absolu par le plus humble berger. » — « Le coq n’a pas pu parler de la sorte, dit Pharaon, c’est toi qui lui prêtes ce langage. » — Moïse fit apporter le coq et lui ordonna de répéter, dans le langage de Pharaon, ce qu'il venait ■ de chanter. Ainsi fit l’animal.

Hassana, qui était présent, s’écria : « Ce n’est « point là une bête ordinaire, mais bien une « dangereuse idole qu’il faut détruire », et il coupa le cou au coq. Mais Dieu le ranima et il s'envola au loin.

Vers neuf ans, un jour, Moïse reposait sur le même lit, à côté de Pharaon. En jouant, celuici l’égratigna. Furieux, Moïse se leva et d’un coup de pied brisa le lit. Le Pharaon, dans sa chute, se meurtrit le visage et saigna abondamment du nez; aussi était-il résolu à se défaire d'un enfant aussi dangereux. Mais, encore une

fois Hassiatou le calma, lui disant surtout qu’alors qu’il avait à lutter contre tant d’ennemis, il était bon qu'il eut un fils vaillant et fort et qu’il fallait savoir lui pardonner sa grande susceptibilité. Pour faire la paix, Pharaon fit porter un mouton rôti et appela Moïse. Celuici vint, mais ordonna au mouton de se lever et de partir, ce qu’il fit.

A vingt ans, Moïse commença à sortir pour aller au bord du fleuve faire sa prière. Un jour, il fut surpris par un captif qui lui dit : « Que fais-tu là? » — «Je travaille pour mon Maître, répondit Moïse » — « Pour ton père? » — « Non, pour le Maître, auquel tu appartiens ainsi que Pharaon. » — « C’est bien! je rendrai compte à Pharaon. » — « Si tu agis ainsi, Pharaon te coupera les pieds et les mains, te fera attacher à un tronc d’arbre et tu mourras.

I^’homme ne tint aucun compte de l’avertissement et prévint Pharaon. Celui-ci vint luimême pour se rendre compte. Il demanda à Moïse : « Pour qui fais-tu ce travail? » — « Pour mon Maître! » — « Tu as raison », dit Pharaon, « c’est moi qui suis ton maître ». Et il fit appeler le dénonciateur, lui fit couper les pieds, les mains et le fit attacher à un tronc de rôuier.

Puis Pharaon alla s’entretenir de tout cela avec Hassiatou à laquelle il dit que Moïse était un enfant vraiment bien obéissant.

Moïse s’informait auprès des Juifs, leur disant : « Y a-t-il longtemps que dure votre captivité? Savez-vous qu’il doit venir quelqu’un pour vous délivrer. — C’est pour vos péchés que vous avez été punis, continuait Moïse, si Dieu vous délivre que ferez-vous pour lui? — Nous ferons la prière et l’aumône et jamais nous n’enfreindrons l’ordre de Dieu. — J’ai ouï dire qu’il fut un peuple qui adorait les idoles. Vint un homme qui alluma un grand feu et brûla les idoles. Connaissez-vous cet homme? — Oui, disaient-ils. — Cet homme, reprenait-il, c’était mon ancêtre Ibrahim (Abraham).

Un jour, quelqu’un l’interrompit en lui disant : « Tu es le fils de Pharaon, comment veux-tu que nous ajoutions foi à tes paroles. » — « Patientez. Plus tard vous verrez que ce sera moi qui détruirai la puissance de Pharaon. »

A quarante ans, très instruit par Dieu même, Moïse commença à enseigner aux enfants d’Israél ce que la loi permet et ce qu’elle défend.

Un jour, à l’heure de la sieste, Moïse se promenait par la ville. Il rencontra deux hommes qui se disputaient, l’un était juif et l’autre un serviteur d’Ibdi, le Pharaon. Le serviteur appela Moïse pour lui prêter main forte. Moïse se fit expliquer ce dont il s’agissait puis dit à l’homme du Pharaon de laisser en paix l’israélite. Comme il s’y refusait, Moïse l’assomma d’un coup de poing. Epouvanté luimême de son acte, Moïse s’éloigna tout pensif, redoutant bien plus encore la colère de Dieu que celle de Pharaon. Le lendemain, l’israélite de la veille se chamaillant avec des gens, l’appela encore à son secours : tu es grand et .fort, lui dit Moïse, défends-toi! et il fit un geste pour éloigner l’homme. Celui-ci pensant qu’il allait le frapper s’écria : « Oh! ne me tue pas comme tu as tué, hier, le cuisinier!

Ce propos fut entendu parles adversaires de l’israélite et rapporté au Pharaon. Celui-ci fit appeler les parents du mort et les autorisa à tuer Moïse. Un israélite nommé Izguil, qui assistait à cette audience courut prévenir Moïse, qui aussitôt quitta la ville.

Page 1