‹ Soudan français. Contes soudanaisChapitre 20 sur 64 · L'ENFANT ET LE CAÏMAN · texte numérisé non relu

L'ENFANT ET LE CAÏMAN

(Conte bamana).

Un enfant trouva un caïman à terre :

— « Qu'est-ce qui t'a amené là? » lui demanda-t'il.

— <i Je me suis égaré en me promenant. »

— « Veus-tu que je te remette dans l'eau? »

— J'en serai bien content. »

L'enfant attacha le caïman et, arrivé au bord . du ileuve, lui demanda :

— «Je te laisse ici? »

— « Non », dit le caïman.

L'enfant avança jusqu'à ce que l'eau lui vint aux genoux :

— <( Je te laisse ici ? »

— Il Non », dit le caïman.

L'enrant avança jusqu'à ce que l'eau lui vint au milieu du corps.

— n Je te laisse ici? a

— <• Non ", dit le caïman.

L'enfant avança jusqu'à ce qu'il eut de l'eau jusqu'au cou.

— " Je te laisse ici? "

— « Oui 11, dit le caïman.

L'enfant détacha le caïman et l'abandonna.

— ■ Enfant! > dit le caïman.

— s Hein I ■ fit l'enfant.

— B Sais-tu avec quoi l'on paie la bonté ? »

— « Avec la méchanceté. *

— a Enfantl je veux te manger, mais aupara- « vant je veux te faire juger trois fois. »

— B C'est bon I »

Un vieux cheval vient boire, le caïman lui demande.

— • Quelle est la récompense de la bonté. »

— B La méchanceté », dit-il.

— B Cet enfant m'a pris à terre et mis dans « l'eau, dit le caïman, et je lui ai dit que je le « mangerai. »

— • Mange-le. Les enfants d'Adam sont des « méchants : ainsi, tant que j'étais jeune, l'on M me montait pour aller à la guerre et l'on me

u donnait du mil en abondance. Aujourd'hui, « que je suis devenu vieux, on m'abandonne. » Le caïman dît à l'enfant :

— <f Petit? »

— « Heinî"

— B Ça fait une, »

— n Oui », dit l'enfant.

Survint un vieil âne, le caïman lui demanda :

— « Ami ! quelle est la récompense de la bonté ? »

— Il La méchanceté. »

— a Cet enfant m'a pris à terre et mis dans « l'eau ; j'ai dit que je le mangerai. »

— «Mange-le. Les enfants d'Adam sont des <i méchants : ainsi, tant que j'étais jeune, ils roe « chargeaient pour aller faire du commerce, « alors ils avaient pour moi des égards. Aujour- B d'hui que je suis vieux, ils m'abandonnent. »

— Il Petit! » dit le caïman.

— « Hein? »

— « Ça fait deux I »

— B Oui. "

Vint un lièvre, le caiman lui dit :

— n Mon petit lièvre I quelle est la récom- « pense de la bonté ? »

— n Laisse-moi tranquille, dit le lièvre, j'ai « soif; quand j'aurai bu je te répondrai. »

Quand il eut bu :

— a Que dis-tu ? «

— n Cet enfant m'a pris à terre et mis dans V l'eau et je lui ai dit que je le mangerai. »

— B Tu mens ! cet enfant n'a pu te porter. »

— a Demande-le lui. »

— < Petit! est-ce vrai? »

— < C'est vrai », dit l'enfant.

— n Alors, porte-le encore que je voie ça. »

L'enfant attacha le caïman et le prit.

— ■ Emporte-le sur la terre que je le voie », dit le lièvre.

L'enfant reporta le caïman, là où il l'avait trouvé,

— n Pose-le, dit le lièvre. »

L'enfant le posa.

— n Petit ! ton père ne mange-t-il pas le , interrogea le lièvre.

ft Si », dit l'enfant.

« Et ta mère? »

< Aussi. »

n N'as-tu pas une hache. »

« J'en ai une. •>

a Casse la tête au caïman et mange-le. »

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