‹ Soudan français. Contes soudanaisChapitre 22 sur 64 · LA CHARITÉ RÉCOMPENSÉE · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ RÉCOMPENSÉE

Il était UD grand chef musulman nommé Mahaviatou qui avait, entre autres, une femme chérifîenne, mère de trois fillettes. Cène femme se nommait Aissa.

Une année, U disette désola la contrée que commandait Mahaviatou. Aïssa et sa petite famille furent réduites à la plus profonde misère. Désolée d'entendre toujours ses enfants crier famine, Aïssa leur dit un jour : « Ne n pleurez plus, demain j'irai, pour vous, iroplo- « rer notre maître et, sans doute, il mettra un 1 terme à nos souffrances, n Et, tout à coup, rassérénées par cet espoir, les fillettes s'endormirent heureuses.

Le lendemain, grâce au gardien, ému de compassion, la pauvre mère put arriver jusqu'à Mahaviatou. Humblement, elle lui exposa son dénûment et sut faire une impression si forte sur son coeur de père qu'il lui dit : n Reviens n demain et je te donnerai abondamment de « quoi attendre la récolte prochaine, »

Aïssa fut exacte au rendez-vous, mais le maître, de mauvaise humeur sans doute, l'accabla d'injures et la fit jeter à la porte.

La pauvre femme, folle de désespoir à la pensée de rentrer au logis les mains vides, erra par les rues, si bien qu'elle s'égara et finalement se trouva au milieu d'habitations en ruines.

Elles'assit et pleura.

Vint à passer un serviteur de Saïdou, te chrétien. Cet homme s'approcha d'Aïssa et.

s'étant informé des causes de son désespoir, lui dit quelques bonnes paroles pour la réconforter, puis la quitta pour rentrer chez Saïdou, son maître, auquel il fît part de sa rencontre.

Ivre, comme à l'ordinaire, Saïdou fut cependant touché de compassion; il envoya chercher la pauvre femme; il l'écoula avec bienveillance; il la réconforta par de cordiales paroles et, mieux encore, il lui mit dans la main une lourde bourse pleine d'or. . .

La mère courut toute joyeuse vers ses chères petites.

Dans la nuit, Mahaviatou eut un songe : il se vit au ciel; porté par des anges il arriva au seuil d'un palais dont il put entrevoir toute la splendeur, mais les anges essayèrent en vain de l'y faire entrer et le gardien leur dit :

i< C'est bien ici que Mahaviatou devait habia ter pour l'éternité; mais sa dureté envers la «: pauvre Aïssa l'en a à tout jamais banni. Cet a heureux séjour est désormais réservé au chré- « tien Saïdou, si pitoyable aus malheureux, n

Mahaviatou se réveilla, rempli d'épouvante, couvert de sueur, hanté par le songe révélateur. Il courut chez Saïdou et lui demanda :

• Qu'as-tu donc fait pour que Dieu te réserve

1 au ciel la place qu'il m'avait fait préparer. *

« Je l'ignore, dit Saïdou. »

Alors, Mahaviatou raconta son rSve à Saïdou, qui, comprenant combien Dieu est juste, se fil musulman.

Saïdou est au Paradis et Mahaviatou en Enfer.

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