‹ Soudan français. Contes soudanaisChapitre 33 sur 64 · C.on;;I · texte numérisé non relu

C.on;;I

Le Mensonge dît alors à la Vérité : a Vrain ment je ne puis te laisser plus longtemps le * soin (Je nos affaires, car tu nous ferais mourir < de faim. Ainsi, dès maintenant c'est moi qui y pourvoirai ». Au village qu'ils atteignirent peu après, ils s^établirent, sous un arbre, près d'un puits. De grands cris partaient du village et ils surent bientôt que la favorite du roi était

Toute éplorée, une servante vint puiser de l'eau. Le Mensonge, s'approchant d'elle, lui dit : « Quel malheur est-il donc arrivé que tu- (pleuresainsietque tout le village se lamente ».

9 C'est que, dit-elle, notre bonne maîtresse, u la femme préférée du roi, est morte. »

Comment ! tant de bruit pour si peu ? dit le « Mensonge. Va donc dire au roi de cesser de s'affliger, car je suis capable de rappeler à la « vie les personnes mortes depuis plusieurs « années même. »

Le roi envoya un beau mouton aux voyageurs, pour leur souhaiter la bienvenue, et tït dire au .Mensonge de patienter, qu'il ferait appel à ses talents quand il le jugerait convenable.

Le lendemain et le surlendemain, le roi envoya encore un beau mouton et fît dire les mêmes paroles au Mensonge. Celui-ci feignît de'

perdre patience et fit prévenir le roi qu'il était décide à partir si, le lendemain, il ne le faisait pas appeler. Le roi manda le Mensonge pour le lendemain.

Al'heure dite, leMensonge se trouva chez le roi. Celui-ci s'enquit d'abord du prix de ses services et lui oflrit, enfin, un cent de chacune des choses qu'il possédait. Le Mensonge refusa disant : « Je veux la moitié de ce que tu possèdes». Devant témoins, le roi accepta.

Alors, le Mensonge ordonna de construire une case, juste au dessus de l'endroit où avait été inhumée la favorite. Quand la case fut construite et couverte, le Mensonge y entra seul, avec des outils de terrassier, et s'assura que toutes les issues étaientbien fermées.

Auboutd'unlong temps d'un travail, que l'on devinait acharné, on entendît le Mensonge parler à haute voix, comme s'il se querellait avec plusieurs personnes; puis il sortit et dit au roi : n Voilà que l'afTaire devient bien diffi- « elle! car, dès que ta femme a été ressuscitée, « ton père l'a saisie par les pieds et m'a dit : B laisse-là cette femme. A quoi servira-t-elle • sur terre? Que fera-t-elle pour toi? Si, au n contraire, tu me fais revoir le jour, ce n'est s pas la moitié mais bien les trois quarts des

s biens de mon fils que je te donnerai, car j'étais B bien plus riche que lui. A peine achevaii-il a que son père apparut, le repoussa et, à son « tour m'offrit, de même, tout ce que tu pos- K sèdes; puis à son tour, il fut chassé par son « père qui m'offrit davantage encore. Tant et H si bien, enfin, que tous tes aïeux sont là et a que je ne sais plus à qui entendre? Mais, f pour ne pas exagérer ton embarras dis-moi o seulement qui, de ton père ou de ta femme, 11 je dois ressusciter? a

Le roi n'eut pas un instant d'hésitation :

■ Ma femme n, dit-il, car il tremblait à la seule pensée de voir reparaître le terrible vieillard, qui l'avait si longtemps gardé en tutelle.

a Sans doute, dit le Mensonge, maïs ton père » m'offre beaucoup plus que tu ne m'as promis, I- et je ne saurais laisser échapper une si belle s occasion de m'enrichir... à moins, fit-il en « voyant le roiterrifië, à moins que tu me donnes 11 pour le faire disparaître ce que lu t'étais engagé à me remettre pour

« C'est certainement ce qui vaut mieus », dirent en chœur les marabouts, qui avaient contribué à l'assassinat du défunt roi.

Eh bien t dit le roi, en poussant un grand

» soupir, que mon père reste où il est et ma • femme aussi, s

Ainsi fut fait et le Mensonge reçut, pour n'avoir ressuscité personne, la moitié des richesses du roi, qui d'ailleurs se remaria pour oublier la morte.

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