LE VIEILLARD ET SES ENFANTS
(Conte khassonké).
Sur le point de mourir, un vieillard fit venir ses trois enfants et leur dit : « Toute ma fortune est dans ces trois sacs, que vous n'ouvrirez qu'après ma mort », et il remit un sac à chacun.
Quand le vieillard eut rendu l'âme, ses fils se réunirent et chacun s'empressa d'ouvrir le sac qui contenait sa part de la succession.
L'aîné y trouva de la terre, le second des coquillages, le troisième de l'or. <> Evidemment
I. Cf. Les trois Mohammed, conte arabe de Tunftic d^at Contes populaires'd'A/rique, par R. Basset.
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a s'écrièrent les deux aîniîs, c'est là la fortune « de notre père et cet or est pour nous tous. »
" Point du tout, dit le plus jeune; puisque, « avant de mourir, notre père a remis à chacun «de nous sa part d'héritage. Qu'il soit fait selon « sa volonté : j'ai l'or, je le garde. »
Ils ne purent s'entendre et allèrent trouver un marabout renommé pour la sagesse de ses conseils.
Le marabout leur offrît l'hospitalité et fit préparer, par sa servante, un couscous fait avec la chair d'un bélier, qui appartenait à un de ses esclaves.
Rangés autour des plats fumants, les trois frères ne touchaient pas aux mets.
a Moi, dit l'aîné, je ne mangerai pas de ce « plat, confectionné avec la chair d'un chien et « non point celle d'un bélier. »
n Je n'y toucherai pas non plus, dit le cadet, •I parce que la femme qui l'a préparé souffre « des douleurs de l'enfantement. «
Moi non plus, dit le dernier, je ne veux pas n me nourrir avec les aliments que m'offre un « enfant adultérin. »
En homme avisé, le marabout était aux écoutes. Il partit, furieux des réflexions que venaient de faire les trois frères, et manda sa
— IÛ4 — mère pour s'entretenir avec eUe. Quand ils furent tous deux dans une case bien close et assurés de n'être point écoutés, le marabout demanda : « Mère, je t'en supplie, l'homme dont " je porte le nom est-il bien mon père », « Mon fils, répondit-elle, j'étais désolée de ne
■ point avoir d'enfant quand, une nuit, un B génie m'apparut en songe et me dit : Console-
■ toi, un enfant mâle naîtra de toi. Pensant, dès « lors, que mon mari ne pourrait être le père de <' cet enfant, puisqu'il est impuissant, je me suis « livrée à notre serviteur et c'est cet esclave « qui est ton père. ■
Le marabout fit appeler l'esclave auquel il avait pris le bélier.
ir Es-tu bien sûr, lui dit-il de m'avoir donné u un bélier? *
« Père, dit l'esclave, une de mes chiennes et 1 une de mes brebis, toutes deux pleines, cou- • chaient côte à côte. Après avoir mis bas un « petit agneau, la brebis creva. Le petit agneau, n allaité par la chienne, devint le bélier que .. je t'ai donné. .
Le marabout interrogea la servante qui avait préparé le couscous :
« Est-il vrai que tu sois sur le point d'accou- " cher? B
Coo^k
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« C'est si vrai, répondît-elle, que je ressens « déjà les douleurs de l'en fa me ment. >
Le marabout s'en vint alors auprès des trois frères. Le plus jeune lui dit :
« Nous sommes venus te consulter, parce que
■ nous ne pouvons nous mettre d'accord pour R le partage de la succession de notre père. »
■ Avant de mourir, le vieillard nous remit à (( chacun un sac, en disant : « Ceci est ta part, n n'ouvre le sac qu'après ma mort. » Mon frère, • que voici, n'a eu que de la terre; mon frère, que voilà, que des coquilles; quant à moi, " mon sac contenait seulement de l'or. Mes " frères prétendent que cet or est pour nous « tous et j'estime, au contraire, qu'il est pour a moi seul. Juge qui, d'eux ou de moi, à raison.
* Mes fils,dit le marabout, voici ce qu'a voulu
■ vous dire votre père :
n A toi, l'aîné, à qui il a donné de la terre : " fais-toi cultivateur ».
■ A toi, à qui il a remis des coquilles : fais-,
■ toi commerçant. »
* A toi, à qui il a laissé cet or : fais-toi " guerrier, i
« Suivez ces suprêmes conseils de votre père, « ils vous conduiront au bonheur. »