‹ Sources de la prédicationChapitre 35 sur 81 · DE DIEU ET DE SES PERFECTIONS · texte numérisé non relu

DE DIEU ET DE SES PERFECTIONS

La Bible nous apprend que Dieu, c'est la vérité, c'est le bien. De ces deux mots résultent les rapports que nous avons avec Dieu. Comme, vérité, c'est le pain de notre intelligence; comme bien, c'est la nourriture de notre cœur. Nous parlons d'abord de Dieu.

En définissant le caractère de la vérité sublime, universelle, absolue , identique à toute intelligence, productrice des mêmes biens, je nomme Dieu.

Avec quel ravissement, quels transports ne devons-nous pas voir cette magnifique et resplendissante idée se lever tout à coup sur l'horizon du monde intellectuel, enveloppé d'ombres épaisses , et répandre la lumière et la vie jusque dans ses profondeurs les plus reculées*

Toute existence, dit un grand apologiste de la religion chrétienne, émane de l'Etre éternel, infini, et la création tout entière, avec ses soleils et ses mondes, chacun desquels enferme en soi des myriades de mondes, n'est que l'auréole de ce grand Etre.

Source féconde des réalités, tout sort de lui, tout y rentre; et, tandis que, envoyées au dehors pour attester sa puissance et pour célébrer sa gloire dans tous les points de l'espace et du temps, sesjnnombrables créatures, leur mission remplie, reviennent déposer à ses pieds la portion d'être qu'il leur départit et que sa justice rend aussitôt à plusieurs d'entre elles, ou comme récompense ou comme châtiment : seul, immobile au milieu de ce vaste flux et reflux des existences, unique raison de son Etre et de tous les êtres, il est à lui-même son principe, sa fin, sa félicité.

Chercher quelque chose hors de lui, c'est explorer le néant. Rien n'est produit, rien ne subsiste que par sa volonté, par une participation continuelle de son Etre. Ce qu'il crée, il le tire de lui-même, et conserver, pour lui c'est se communiquer encore.

11 réalise extérieurement l'étendue qu'il conçoit, et voilà l'univers. Il anime, si on peut le dire, quelques-unes de ses pensées; il leur donne la conscience d'elles-mêmes, et voilà les intelligences. Unies à leur auteur, elles vivent de sa substance eu se nourrissant de sa vérité, leur aliment nécessaire. Même lorsqu'elles l'ignorent, même lorsqu'elles le nient, elles puisent encore dans son sein, comme la plante aveugle dans

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le sein de la terre , la sève qui les vivifie.

Faibles mortels, qui naguère désespérions de la lumière, redisons-le donc avec une joie pleine de confiance et d'amour : Il existe un Dieu ! Les ténèbres fuient devant ce grand nom; le voile qui couvrait notre esprit s'abaisse, et l'homme, à qui toute vérité, et son être même éhappait, sans qu'il pût le retenir, renaît délicieusement à l'aspect de Celui qui est et par qui tout est.

Dieu a forcé l'extase du philosophe impie et lui a arraché la plus belle comme la plus sublime des pages. Plus, dit-il, je m'efforce de contempler son essence infinie, moins je la conçois : mais elle est, cela me suffit : moins je la conçois, plus je l'adore. Je m'humilie et lui dis : Etre des êtres, je suis, parce que tu es; c'est m'élever à ma source que de te méditer sans cesse. Le plus digne usage de ma raison est de s'anéantir devant toi. C'est mon ravissement d'esprit, c'est le charme de ma faiblesse de me sentir accablé de ta grandeur.

Voulons-nous pénétrer dans ces abîmes de métaphysique qui n'ont ni fond ni rive, et perdre à disputer sur l'essence divine ce temps si court qui nous est donné pour l'honorer? Nous ignorons ce qu'elle est, mais nous savons qu'elle est : que cela nous suffise ; elle se fait voir dans ses œuvres, elle se fait sentir au dedans de nous.

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Nous pouvons bien disputer contre elle, mais non pour la méconnaître de bonne foi.

Rien n'existe que par celui qui est. C'est lui qui donne un but à la justice, une base à la vertu, un prix à cette courte vie employée à lui plaire ; c'est lui qui ne cesse de crier aux coupables que leurs crimes secrets ont été vus, et qui fait dire au juste oublié : Les vertus ont un témoin ; c'est lui, c'est sa substance inaltérable qui est le vrai modèle des perfections dont nous portons tous une image en nous-mêmes. Nos passions ont beau la défigurer; tousses traits, liés àTessence divine, se représentent toujours à la raison, et lui servent à rétablir ce que l'importuuité et l'erreur en ont altéré.

Couronnons ces ineffables oracles par la doctrine de deux Pères :

« Qu'est-ce que Dieu ? Cette demande, dans un sens, est extravagante ; c'est vouloir renfermer dans un petitvaserimmensitédescieux. L'homme n'a pas bien examiné la portée de son esprit, en faisant une pareille question. Sache plutôt ce que tu es, misérable limon de la terre ! Confronte la grandeur de la Divinité avec la petitesse de ton néant, et, s; tu peux, mesure la distance qui les sépare. Etre immense ! Etre infini ! plus je te connais, plus j'aperçois la profondeur de ma bassesse; mon existence s'anéantit à mes yeux. Dieu

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des dieux! Etre de mon être! quelle inlelligence peut penser à toi sans confusion d'esprit ? Tout vil mortel que je suis, je serais semblable à toi, si je pouvais le comprendre.

« Quel Dieu que le Dieu du ciel ! Plus grand que la grandeur même, plus immense que l'immensité môme, plus riche et plus magnifique que les richesses et la magnificence môme! Dieu toutpuissant, qui de son doigt crée les univers, et d'un signe de tête les anéantit; qui tient en main le sceptre de tous les siècles, et qui d'un seul pas mesure l'éternité ! Dieu terrible, qui convertit chaque étoile en autant de mille foudres : il souffle, aussitôt toute la nature est en feu, et ses ennemis dans le néant. Dieu aimable, la splendeur des astres est à peine un rayon de sa beauté; la tendresse et la douceur sont peintes sur son front ; il est la source de tout amour , c'est par lui que tout cœur soupire, comme son sein est le centre de tous les cœurs. Le firmament est une voûte admirable, le soleil un astre brillant, les anges des intelligences célestes, l'homme une créature immortelle; toute la nature est, pour ainsi parler, un ouvrage enchanté : le Dieu du ciel est Dieu. »

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