DEUXIEME SECTION
l'homme, ses destlnées, ses devoirs et ses vertus
Il y a dans tou t homme deux hommes : l'homme privé et l'homme social. C'est pourquoi nous établissons deux paragraphes.
(1) S. Jean, ii, 1. — (2) S. Mallh., i, 16. — (3) S. Luc, i, 23.— (4) S. Matth., u, 13. — (5) S. Jean, 19., 25.
240 TROlSlEiME PARTIE
l'homme PRiVÉ.
Voici un illustre témoignage de Cicéron : Les hommes, dit- il, sont sur la terre, non comme ses habitants, mais comme des aUendeurs des choses suj3érieures et célestes. Snnt in terra liamines, non ut incolœ et Jiahitalores, sed quasi expeo tatores superarum rerum atque cœlestium (i). Et le grand saint Grégoire yient compléter cette pensée en disant : L'homme est fait pour contempler son Créateur et par-là môme être heureux : Homo ad coiitemplandum Creator em suum conditus est, ut sit summè et semper heatus (â). Et toutes ces pensées avec celles de la destinée et des devoirs, et des vices et des vertus, se résument dans cet oracle biblique : L'homme est fait à l'image de Dieu : Ad imaginem DU factus est homo (3). Donc, l'homme, dit encore saint Grégoire, peut être en quelque sorte appelé Dieu : Homo potest dici Deus (4). L'homme est grand : Ego dixi : Dei eslis, et filii Excelsi omnes (5). Je l'ai dit : Vous êtes des dieux et les enfants du Très-Haut.
D'un autre côté, si nous considérons la misère de l'homme, l'homme n'est rien : Homo natus de
(1) Il (le Legibus. — (2) Morales, viii. — (3) GcncsC; ix, 0. — (4) MoralcS; xxix. -~ (o) Ps. lxxxi, 0.
muliere, brevi vivens tempore^ repletur miiltis miseriis. Qui quasi flos egreditur et conteritur et fugit velut wnhra et nunquamin eodem statu permanet (1). « 0 la vile créature que rhomme, dit Montaigne, et abjecte, s'il ne se sent soulevé par quelque chose de céleste. » Et il dit ailleurs : « C'est un sujet merveilleusement vain, divers etondoyant que l'homme. » Par son corps il est de terre, par son âme il est du ciel 5 or, la terre retourne en terre d'où elle était, et l'àme à Dieu qui l'a donnée. Et revertatur pulvis in terram suam undè erat, et spiritus redeat ad Deum, qui dédit illum (2). Voilà la destinée.
0 la belle philosophie que celle-ci ! Écoutez!
« Le bonheur est la fin naturelle de l'homme : il désire invinciblement d'être heureux; mais trop souvent la raison incertaine et les passions aveugles l'égarent loin du terme où il aspire avec une si vive ardeur. Soumise à des lois invariables, la brute atteint sûrement sa destination. Aucune erreur, aucune affection désordonnée ne l'écarté du but que lui a marqué la nature : et la mort, dont elle n'a ni la prévoyance ni les terreurs, arrivant au moment où la décadence des organes ne lui laisserait plus éprouver que des
(0 Job, XIV, 1, 2. — (2) Eccl, xii, 7.
PREDICAT. . 11
sensations pénibles, est encore pour elle un bienfait.
ce II n'en est pas ainsi de l'homme : intelligent et libre, pour jouir du bonheur, il faut qu'il le cherche, qu'il s'applique à le discerner de ce qui n'en est que l'image, que sa volonté le choisisse librement : et jamais il ne s'en éloigne davantage que lorsqu'il n'obéit, comme l'animal, qu'à ses penchants. Les nobles facultés qu'il dégrade vengent leurs droits outragés, lui font bientôt sentir, par l'amertume qu'elles répandent sur ses plaisirs, qu'il existe pour lui une autre loi que la loi des sens.
« Car, si malheureusement Vous la suivez, elle lie les puissances de l'àme et en exclut toute autre pensée que celle des vils plaisirs dont elle s'est rendue l'esclave. Distrait par des désirs sans cesse renaissants, obsédé d'impurs fantômes, Tesprit perd sa vigueur et sa fécondité, tout s'altère et dépérit, la mémoire s'éteint, le caractère s'énerve, le cœur se dessèche. On ne sait,plus aimer, ni compatir, ni répandre les délicieuses larmes de l'attendrissement. Le visage même s'empreint d'une expression dure et repoussante. Des traits heurtés et morts annoncent que la source des doux sentiments, des pures émotions, des joies innocentes, est tarie. On dirait que la vie s'est réfugiée tout entière dans les organes. Mais les or-
ganes mêmes s'usent bientôt, les infirmités, les maladies, les souffrances, accourent en foule. J'ai vu, et le souvenir m'en sera toujours présent, j'ai vu de ces malheureuses victimes d'une passion dégoûtante, offrir à la fleur de l'âge la dégoûtante image d'une complète décrépitude. Le front chauve, les joues hâves et creuses, le regard plein d'une tristesse stupide, le corps chancelant et comme courbé sous le poids du vice, épuisées de vie, de pensée, d'amour, déjà hideusement en proie à la dissolution; à leur aspect, on croyait entendre les pas du fossoyeur se hâtant de venir enlever le cadavre.
« Le bonheur des êtres est dans leur perfection^ et plus ils s'approchent de la perfection par la vertu et le devoir, plus ils s'approchent du bonheur. Jusqu'à ce qu'ils y arrivent, on les voit agités, inquiets, parce que tout être qui n'a pas atteint la perfection qui lui est propre, ou qui n'est pas tout ce qu'il peut et doit être, est dans un état de passage, et cherche le lieu de son repos, comme un voyageur égaré dans des régions étrangères cherche avec anxiété sa patrie. »
« L'homme, dit un saint penseur, ne peut se soustraire à l'idée du devoir ; il ne peut pas né point sentir l'importance de cette idée. Le devoir est attaché inévitablement à notre être ; la conscience nous en avertit dés que nous commen-'
Çons à peine à avoir l'usage de raison; elle nous en avertit plus fortement encore lorsque s'accroît la raison, et toujours plus fortement à mesure que cette raison se développe davantage. De même, tout ce qui est hors de nous nous en avertit, parce que tout est gouverné par une loi harmonique et éternelle ; et tout a une destination appelée à exprimer la sagesse, et à exécuter la volonté de cet Être qui est la cause et la fin de toute chose.
« Etre ce que l'on doit être, c'est donc à la fois la définition du devoir et celle du bonheur. La religion exprime cette vcrité d'une manière sublime en disant que l'homme est fait à Timage de Dieu. Son devoir et sa félicité sont d'être cette image , de ne pas vouloir être autre chose , de vouloir être bon , parce que Dieu est bon, et qu'il lui a donné pour destination de s'élever à toutes les vertus et de devenir un avec lui. »
Voilà le grand et dernier mot : fin du devoir, porte du bonheur, exaltation éternelle de l'homme.
Toutes ces vérités sont dans la Bible avec les plus minces détails. Donnons-en des exemples.
LA BIBLE EST LE MEILLEUR DES LIVRES 24g
DESTINÉES DE l'HOMME.
Universa propter semetipsum operatiis est Dominus (i). Le Seigneur a fait pour lui-même Tuniversalité des êtres. Or l'homme est le principal; donc, pour Dieu, c'est sa destinée.
Ego sum principiiim et finis (2). Je suis le principe et la fin... de l'homme.
Diliges Dominum tiium. Deum tiium adorahis, et illi soli servies (3). C'est le vôtre ; donc vous êtes à lui... donc vous en jouirez... donc, votre fin.
Ero merces tua magna nimis (4) .
Hœc dicit Domimis : Noli timere, redemi te, et vocavi te; métis es tu (5). Tu es mien, tu es à moi et poiir moi, telle est ta destinée.
Ibit homo in domum œternitatis suœ (6).
Non enini habemus hic manentem civitatem, sed futur am inquirimus (7).
Et ibunt hi in supplicium œternum, justi autem in vitam œternam (8).
Beati qui habitant in domo tua. Domine ; in sœalla sœcularum laudabunt te (9).
Gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei (10).
(4) Prov., ivi, 4. ■— (2) Apoc, i, 8. — (3) Matth., xxn, 37; IV, 10. — (4) Genôse, xv, 1. — (5) Isaïe, xuii, 1. — (6) Eccl., xu, 0. — (7) Hébr., xui, 14. — (8) Matth., xxv, 46. — (9) Ps. Lxxxui, 5. — (10) Ps. Lxxxvi, 3.
Dicite justo quoniàm benè, quoniam fructtim adinventionem suarum comedet (1).
Vœ impio in mahim : retrihutio enim manuum ejus fiet ei (2).
Dites au juste qu'il sera bien, parce qu'il se rassasiera au ciel du fruit de ses œuvres. Malheur au méchant, il recevra la rétribution des ouvrages infâmes de ses mains. Voilà les destinées du juste et du méchant. Oh ! que la première est heureuse ! // sera bien. Quelle énergie d'expression et en même temps quelle simplicité ! tandis que malheur au faiseur du mal ! il sera perdu à jamais : ô la malheureuse destinée !
Ceux qui n'auront pas connu Dieu et qui n'auront pas obéi à l'Evangile sentiront la vindicte du feu et subiront des peines éternelles, tandis que Dieu sera glorifié par ses saints et se montrera admirable envers les croyants. In flammâ ignis dantes vindictam Us qui non noverunt Deum et qui non obediunt Evangelio : qui pœnas dabunt in interilû œlernas à facie Domini : cùm venerit glori/îcans in sanctis suis et admirabilis fieri in omnibus qui crediderunt (3) .
(1) isaïe, m, iO. -- (2) Ibîd., IL— (3) II Thess., i, 8, 9, \0.
DEVOIRS DE l'homme.
La loi de Dieu d'abord les prescrit : à Tégard de Dieu, à l'égard du prochain, à l'égard de la société. Elle prescritles devoirs intérieurs comme les devoirs extérieurs. Répétez-la et méditez-la.
Videte fratres quomodô caiitè ambuletis , non quasi insipientes, sedut sapientes, quoniam dïes malt snnt (1).
Sapientiam omnium antiquorum exquiret sapiens (2).
Déclina à malo et fac honum (3).
Ibunt de virtute in virtutem (4).
•Rogo ergô vos, imitatores mei estote^ sicut et ego Christi (5).
Estote ergô imitatores Dei, sicut fllii char issimi ; etambulatein dilectione sicut et Christusdilsxil nos,. . fornicatioautem et omnis immunditia aut avaritia,nec nominetur in vobis^ sicut decet sanctos : aut turpitudo^ aut stultiloquiumj aut scurrilitas (6). Voyez les devoirs, qui consistent à imiter Dieu... et lisez ces beaux détails... Oh! que c'est profond! Oh ! que c'est moral! C'est la morak du ciel.
(1) Éph(5s., V, do, i6. — (2) EccL, xxxix, i. — (3)Ps. xxxvi, 27. — (4) Ps. Lxxxiii, 8. — (5) I Corintli., iv, 16. — (6) Éphés., V, 1,2,3,4.
248 TROISIÉiME PARTIE
Nemo enim nostrum sihi vivit^ et nemo sihi mo~ ritur (1).
Sive enim vivimus^ Domino vîvimus: sivemori^ mur, Domino morimur. Sive ergo vivimus, sive morimur, Domini snmus (2) .
Vivo autem , jàm non ego : vivit vero in me Christus. Quod autem nunc vivo in carne; in fide vivo filii Dei, qui dilexit me^ et tradidit semelipsum pro me (3).
Si spiritu vivimus y spirilu et amhulemus (/i). Si nous vivons par l'esprit, marchons aussi par l'esprit. Voilà le beau devoir, c'est le devoir du spiritualisme, c'est un grand homme; c'est un grand * chrétien, celui qui le remplit et celui qui cesse de vivre pour faire vivre en sa ph^ce Jésus- Christ; car, dit ÏApôive : Mihi vivere Christus est^ et mori lucrum (5) . Imposible de rendre la pensée de l'Apôtre avec l'énergie qu'il y attache.
Unusquisque in offcio suo : chacun a son devoir (6).
Ego homo sum sub potestate constitutus, hahens suh me milites, et dico huic : Vade, et vadit : et alii; Veni^ et venit : et servo meo : Fac hoc et facit (7).
(i) Hom., xiY, 7. — (2) Ibid., 8. -- (3) Galales, ii, 20. — (4) Ibid., V, 25. — (5) Philipp., i, 21. - (6) Il Esdras, xii, 9. - (7) Matth., vin, 9.
(JustusJ totâ die miseretur et commodat^ et semen tllhis in benedictione erit (1).
Opus justi ad vitam : fructus autem impii ad peccatum (2). L'œuvre de V homme de devoir conduit à la vie et~le fruit du déréglé tend au péché.
Voilà le modèle de tousles devoirs et de toutes les familles.
Vir. . . nomine Cornélius., . centurio cohorlis. . . religiosus, ac timens Deum cum omni domo suâ, fatiens elcemosynas multas plebi, et deprecans Deum semper (3). La religion. Ta crainte de Dieu pour lui et sa maison, le devoir de Taumône et de la prière ; voilà tous les devoirs.
Quelles richesses immenses pour composer des discours ! ! !
VERTUS DE l'homme
La vertu est l'habitude et la force de faire le bien.