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AVANTAGES SPIRITUELS

Dilatation spirituelle. Paix intérieure. Progrès dans la vertu. Force contre les ennemis. Formation religieuse.

Dilatation spirituelle. — La dilatation spirituelle est un élargissement de l'àme pour comprendre et embrasser, autant que possible, tout Dieu. Quand vous avez eu dilaté mon cœur, ô mon DieUj dit David, comme j'ai couru dans la voie de vos commandements. Viam mandatorum tuorum cucurri,cum dilatâsti cor meum. (Ps. cxvni, 32.) Dilatez-vous, dit l'Apôtre : Dilatamimetvos.

(II Corinth., vi, 13.) Élargissez-vous en Dieu, plongez-vous dans lui comme dans un océan, et que toutes vos facultés, placées au milieu de Dieu, rayonnent à la circonférence; alors s'échapperont des faisceaux de lumière et des torrents de flammes pour le monde qui vous entoure ; c'est pourquoi l'Esprit-Saint avance que la dilatation du cœur est l'exaltation des yeux qui s'ouvrent, qui brillent, qui annoncent l'intelligence et comprennent la lumière : Exaltatio oculorum est dtlatatio cordis, (Prov., xxi, 4.)

La dilatation du cœur et son soulagement sont les fruits naturels de la direction. Saint Thomas l'avance et dit : Ne renfermez pas en vous-même vos peines, vos chagrins^ vos inquiétudes, vos faiblesses; car elles attireront vos attentions et vous écraseront; tandis que, si vous les dites à votre directeur, l'attention sera partagée et le cœur infiniment soulagé en se dilatant.

Tous les jours l'expérience nous fait toucher au doigt cette vérité. Un saint abbé disait que cette direction était universellement en usage parmi les anciens Pères; écoutez leurs comparaisons: quand les nuées sont chargées, elles sont noires et obscures, et, à mesure que l'eau en tombe et qu'elles se déchargent, elles s'éclaircissent. Il en est de même des peines d'esprit d'un religieux : tant qu'il les tient au dedans, il est sombre, mé-

lancolique et noir; mais, s'il les manifeste à son directeur, ces noires vapeurs se dissipent; il reprend la joie et la tranquillité par la dilatation spirituelle.

Un ami de dilatation est un remède à tous les maux de la vie: Medicamentum vitœ. (Eccl.^ vi, 16.) Celui qui l'a trouvé a trouvé un trésor. Si vous le voyez, cet homme prudent^ ce directeur prudent, ayez recours à lui, et que vos pieds usent le bas de sa porte : Si viderissensatum^ evigilaad eum etgradus ostiorum illius exterat pes tuus, (Eccl., VI, 36.) Communiquez-lui toutes vos affaires, faites-lui briller toutes vos pensées, ouvrezlui tout votre intérieur, et vous trouverez la dilatation.

Paix intérieure, — Dieu la lui donne en abondance. Se reposant sur son directeur de tout soin qui regarde son âme, il est bien tranquille; que la paix vienne, dit Isaïe, qu'elle repose avec lui dans son lit; avec ce religieux qui n'a pas fait un pas sans direction : Veniat pax, requiescat in eubili suo qui ambulavit in directione suâ, (Isaïe, Lvii,2.) Pour le religieux qui ne se découvre pas, qui ne reçoit point de direction, il se consume d'ennui et se ronge de chagrin, suivant cet oracle: La pourriture a pénétré jusqu'à la moelle de mes os, parce que je me suis tu : Quoniam lacui, inveteraverunt ossa mea, (Ps. xxxi, 3.) S'il veut reçu-

pérer la paix, avoir du soulagement et se trouver dans une assiette tranquille, qu'il aille en direction et qu'il ouvre son cœur. C'est à ce prix qu'il sera heureux.

Progrès dans la vertu. — Ils iront de vertu 'en vertu, dit David, parce que le législateur donnera la bénédiction : Etenim benedictionem dahit legislator, ihunt de virtute invirlutem. (Ps. Lxxxrii, 8.) Quel est ce législateur, cet interprète de la loi, des régies, des constitutions, sinon le directeur? La bénédiction est avec lui et ses dirigés vont de vertu en vertu, progressent dans le bien. Pourrait-on faire le reproche de l'Evangile à certains religieux? Que faites-vous là, oisif, sans progrés, sans avancement tout le jour, bien des années, une partie de votre vie ? Ils répondent : Personne ne nous conduit, personne ne nous dirige : Quid Me statis totâ die otiosi ? dicunt et : Quia nemo nos conduxit. (Matth., xx, 7.) Quel malheur qu'ils n'aient personne pour les conduire et les diriger^ ou plutôt qu'ils ne se fassent pas diriger! Au lieu d'avancer, ils reculent; au lieu de mériter, ils déméritent; au lieu de s'enrichir, ils s'appauvrissent; au lieu de s'affermir dans la vertu, ils chancellent, près de tomber.

Les sciences humaines, qui n'ont pour fin que des avantages purement temporels, ne peuvent s'apprendre sans maître. Comment serait-il donc

possible que Ton n'eût pas besoin de maître dans la science du salut et de ravancemenl spirituel; puisque c'est une science si cachée et si intime, que non-seulement les moyens en sont inaccessibles aux yeux du corps, mais que ceux de Tàme ne peuvent les pénétrer sans une grande pureté? Dans les autres sciences, si Ton ne réussit pas, l'on fait seulement quelques perles temporelles que l'on peut réparer d'ailleurs ; mais ici le salut dépend du succès. F^e directeur est donc plus nécessaire pour faire avancer dans la vertu que le maître pour faire progresser dans les sciences.

Force contre les ennemis. — Vœ solif (EccL, iv, 10.) Malheur à cehii qui est seul ! S'il tombe, il n'a personne pour le relever. Tandis que, si l'on est deux et que l'un tombe, l'aulre l'appuiera et le relèvera. 11 vaut donc bien mieux, continue l'Espril-Saint, être deux ensemble qu'un seul, car deux auront la force et l'avantaue de leur société; liabent enim emolumenlum societaiis suœ. Voilà, disent les saints, la force de direction.

Un saint religieux m'a appris que le démon, premier ennemi du salut, se réjouissait beaucoup d'une chose, -à savoir : au'un religieux n'aimât pas aller en direction et découvrir surtout ses tentations ; dans ce cas-là, la vietoire est assurée au démon, il combat seul à seul, or malheur au seul! Vœ sali .' Au contraire, ajoute ce saint, il

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n'y a rien que le démon redoute comme d'être découvert : quiconque fait le mal craint la lumière : Omnis enim qui malè agit, odii lucem. (Jean, m, 20.) Et le démon qui est l'esprit de ténèbres, se voyant mis à nu avec ses ruses, perd l'espoir de triompher et prend la fuite. Le démon mord en silence : Si mordeat serpens in silenlio (Eccl., X, 11) : un serpent est caché sous une pierre; téméraire, si vous y mettez la main, vous êtes mordu. iMais levez la pierre, mettez à nu le serpent, et à l'instant il fuira. Voilà la conduite du démon, qui se retire quand il est connu, exposé au jour. Comme c'est un monstre d'orgueil, il n'aime pas voir découvertes sa faiblesse et son impuissance 5 alors il s'enfuit couvert de honte. Levez donc la pierre, mon frère ; dites à votre directeur cette tentation de vaine gloire, d'impureté, et les lauriers ceignent votre front, l'antique serpent se cache dans ses cavernes. Levez la pierre, et dites à votre directeur ce penchant à posséder, à avoir de l'argent, de petits meubles, etc., et la victoire la plus glorieuse est à vous; racontez donc sans gêne vos tentations de gourmandises, de petites réserves de pain, de vin, de mets et autres choses, et le démon est vaincu.

Ecoutez ce trait. Le saint abbé Sérapion, dans sa jeunesse étant encore novice, était telle-

ment tenté de gourmandise, qu'il ne croyait jamais pouvoir se rassasier. Comme il mangeait avec l'abbé Théonas, son supérieur, il passait toujours secrètement, en sortant de table, un petit pain et le mangeait le soir sans qu'il le sût. Quoique vaincu par la tentation, il avaitde grands remords de conscience. Malgré cela il n'osait découvrir sa tentation à son supérieur. Un jour, cependant, quelques solitaires vinrent voir le saint abbé Théonas, et s'entretinrent avec lui, après le repas, de choses spirituelles et édifiantes. Il arriva que le saint abbé parla de la gourmandise et de la force des tentations cachées. Il semblait au novice que tout ce que disait son supérieur était pour lui, et même que, lisant au fond de son cœur, il en coiînaissait le secret. Touché jusqu'aux larmes, le jeune novice, devant tout le monde, se jette à genoux aux pieds de son supérieur, lui montre le petit pain caché et lui avoue sa faute. Le saint vieillard le console en lui disant : « Prenez courage, mon fils ; l'action héroïque que vous venez de faire en déclarant publiquement votre faute vous en délivrera pour tou~ jours. Sa tentation découverte, le démon est vaincu. » C'est ce qui arriva ; jamais Sérapion ne fut désormais tenté de gourmandise.

Force contre le monde. — Plus il est facile de se laisser aller à l'esprit du monde, plus un mot du

directeur a de puissance sur le dirigé. Son expérience et la confiance qu'il inspire lui donnent tout ascendant sur son inférieur pour le détourner et le dégoûter du monde. Les jeunes religieux, les novices, les postulants, ont surtout besoin de direction contre le monde. Apprenez de votre directeur à ne dire que le mot nécessaire, à baisser les yeux devant les personnes du sexe et à vous mettre en garde contre la contagion.

Force contre vous-mêmes. — La science de la guerre aux passions s'apprend par de grands maîtres, par de bons direcleurs. La passion frémit devant le directeur, mais jamais devant son esclave. Aussi les plus grands sainls se sontversés admirablement dans la guerre aux passions, par le moyen de la direction. Les conversions commencent par la direction. Madeleine a pour directeur Jésus 5 Augustin a pour directeur Ambroise; François-Xavier a pour directeur Ignace. Et toujours la direction sera le bouclier qui rendra invulnérable aux trails de l'ennemi le religieux qui de bon cœur s'y soumettra.

5° Enfin, la formcilion religieuse. — Vous ne pouvez pas jouir de cet avanlage général et fondamental, si vous n'avez pas la direction. Aussi toutes les constitutions disent- elles que la formation religieuse est le soin que l'ordre prend de ceux qui s'oO'rent à lui pour les conduire, de-'

puis le premier pas jusqu'au dernier terme de la perfection, à laquelle il lend.

Pendant toute sa vie le religieux, dans quelque grade qu'il soi l , doi t rendre compte de son oraison à son supérieur.

Jamais homme ne s'est formé seul à quoi que ce soit de bien : à plus forte raison, jamais religieux ne s'est formé seul à la vie, à la perfection religieuse, qui est tout ce qu'il y a de plus difficile, déplus grand. Ce n'est pas en vain que Dieu a fait les ordres religieux dans le monde ; ils sont chargés de former leursenfantsau bieUjàla vertu, au devoir, et leur histoire prouve avec quel zèle, avec quel succès, ils se sont acquittés de ce soin.

De là on peut juger quelle doit être l'importance, dans tout ordre religieux, de bien poser les bases de cette formation dans les noviciats. Les noviciats doivent être premièrement bien dirigés, deuxièmement assez longs, troisièmement assez complets.

Pour que les noviciats soient bien dirigés, il faut avoir à leur préposer d'excellents directeurs. A tout prix il faut en former et en trouver : autrement le noviciat sera constamment dans le malaise, chancellera et produira peu de bons sujets.

Les noviciats doivent être assez longs pour

donner le temps de contracter toutes les plus excellentes habitudes religieuses. L'on ne doit jamais regretter bien des années employées à former des religieux à l'esprit de foi, à l'oraison, à l'abnégation, à l'humilité, à la charité, comme à toutes les sciences propres de leur état. Un noviciat ainsi dirigé sera une pépinière de religieux modèles et comme un arsenal d'où l'on saura tirer la forces de vaincre le démon .

Noviciat complet. — Que rien n'y manque, ni pour le programme des sciences et des vertus, i:i pour l'engrenage de la direction, ni pour la concorde générale qui doit le cimenter et l'enrichir. Ah ! j'en dis assez pour l'illustration et la parfaite formation de tout noviciat. Que les maîtres des novices se plénétrent de ces hautes idées, et qu'ils sachent les réduire en exercices.

Avantages sociaux de la direction. — Parmi les noviciats formés selon les règles précédentes, les maisons diverses ne peuvent manquer de se remplir de religieux solides dans la vertu, chasteSj modestes, zélés, brûlés par l'amour de Dieu, emportés par un enthousiasme divin, se partageant les provinces en apôtres, et volant à la glorieuse conquête de la jeunesse christianisée et de la gloire rendue : tellement que les noviciats bien dirigés sont la seule glorification d'une communauté.

La direction se faisant bien, les religieux sont formés et font honneur à leur état. Si tous les religieux marchent droit et remplissent parfaitement leur devoir, les chefs comme chefs, les professeurs comme professeurs, les instituteurs comme instituteurs, les religieux comme religieux ; il se fait une masse de bien, de gloire, de bonheur qui en revient à toute la société, ce dont vous devez tous vous réjouir ayant parfaitement l'esprit de corps.

De plus, il importe extraordinairement que l'on connaisse à fond les sujets par la direction, afin que, par ce moyen, l'on puisse pourvoir sûrement et infailliblement aux besoins de l'ordre en général, et de chaque maison en particulier. Si l'on ne connaît pas les sujets, Ton fera de mauvais placements qui nuiront non-seulement à un, à deux, à trois établissements, mais àl ordre tout entier. Cette solidarité existe, il faut bien la soutenir et surtout l'honorer. Il existe bien une solidarité entre la parenté d'une famille dans le monde, et une famille de religieux n'aurait pas une solidarité cimentant ensemble tous ses membres et assumant les responsabilités du ciel et de la terre!

Allez donc en direction, mes Frères, et surtout profitez de la direction. Enle faisant, vous faites votre bonheur et le bonheur de votre commu-

nauté. Si vous ne le faites pas, vos iniquités vous saisiront et vous ne pourrez voir clair ni pour vous ni pour la communauté : Comprehenderunt me iniqiiitates meœ , et non potui ut viderem. (Ps. XXXVI1I5 13.) Il faut à une administration religieuse un coup d'œil et un coup d'œil juste qu'elle n'aura que paria bonne direction. Alors, nous l'avons insinué, placements, déplacements, changements, charges, tout tournera à l'avantage de la communauté en général 5 et de chaque membre en particulier.

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