‹ Sous bois: impressions d'un forestier (volume 2)Chapitre 7 sur 8 · ET LA · texte numérisé non relu

ET LA

vie et son honneur i du souper :

Où l'enterrerons -no Au jardin de son p* NoQB prierons Diau

Deni ou troie joura — Levez, levez, moi J'ai fait troie jours I

A côté de la Ûl chanson populaire qui voudrait bien I donnant des airs de voir ses façons et sérieus par un arao allés se promener a plus tôt sous les arl le jeune garçon, st raison, a Je pleure belle, vous allez i amoureux proteste et la conduit respei Alors, faisant conti ponne se met à cha

Ile question, à laquelle la jeane fille répUun ton mélangé de moqaerie et de dédain :

J« chante le lonrtUnd Qui m'a lausé aller;

Faut MiToir la plimer...

on veat voir qnel parti im grand artiste rer de la chanson populaire, il fiant reins les Coniemplatùmt la pièce intitulée chanton du jeune temp»:

Je ne MDgeaU pae à Rose :

RoBa an bail vint avec moi ; Noua parlions de quelqne cbose, Uais je ne »aia plut de qnoi.

tuation est la même que dans la chanson lonne. C'est le même couple: le garçon et distrait, la flUe plus dégourdie et plus I aux choses de l'amour, et le dénoûment

eil:

Je ne vis qu'elle était belle Qu'en Bortant des grands boia sourds.

— Soit, n'j peneoDs plu», dit-elle. — DepnÏB j'j pense toujours...

entre les mains du grand poète, le sau-

ET LA VIE KUSTIQUI

Tageon, arraché au fond des bois i en plein sol parisien, s'est meta QUe plante rare, au port élégant, finement découpé, aux fleurs d'u exquise. Victor Hugo a donné I; contemporains un exemple de la faut étudier et mettre à profit la ] laire. 11 ne s'agit pas en effet de fa che ni une habile transcription • rustique dans la langue poétique faut deviner les secrets de l'inspi laire, en étudier le mécanisme et Les caractères les plus saillants d( primitive sont la spontanéité, la si mouvement; c'est aussi l'absence tien. On n'y sent jamais l'auteur qi ver quelque chose, mais l'homn chante naturellement sa joie ou sa parfois le poète anonyme hasarde i . de son cru, cette moi-alité est toujoi tion. Ainsi dans la chanson oil uni séduite pleure son « cœur volage n nier vient de lui ravir: « Ne pleurez ] s'écrie le galant, je vous le rendrai belle inconsolable répond fort à prc

C'est point facile à rendre,

Hél dre dondaine, C'ett point facile & rendre Comme de l'argent prêté.

De m6me, dans la Ckamon du jardinier, le poète , grisé par l'ivresse amoureuse qu'il vient de décrire, s'écrie enthousiasmé:

Ahl si l'amouF prenait racine, J'en planterais dans mon jardin.

J'en planterais ai long, si large,

Auï quatre coins.

Que j'en donn'rais à toutes les âllea

Qui n'en ont point t

Voilà le cri de l'amour heureux et satisfait; mais, avant de goûter cette joie, les amoureux au village voient leur passion traversée par mainte épreuve et maint contre-temps. Le plus cruel de tous, c'est la séparation causée par les exigences du service militaire. Le jeune paysan s'en va, tantôt comme soldat au fond d'une garnison, tantôt comme marin k bord d'un navire ; la jeune fille reste seule à pleurer et à attendre. Les chansons rustiques Sont remplies de ces brusques départs et des douloureux incidents de l'absence. La délaissée

trouve di d'une ha chagrin :

Pour Si tant prod d'une tel curieuseï naturelle à des dé paysan :

II lui p « par l'ai

LA POÉSIE POPDLAIEE

innés n par le rossignol chantant », et, iToir lire ni écrire, ils comprendront ces i^es aériens parce qu'ils y liront ce qui est mrs cœurs:

Il y & dedans ces lettres :

Aim«-moi, je t'aime taot 1

sis l'amoureuse perd patience et, comme le dans la chanson lorraine, elle s'habille !;on et s'engage dans le régiment où sert u'elle aime. D'autres fois, c'est le garçon ) mal du pays et le mal d'amour rendent ir de la garnison insupportable. Il s'est

par dépit, « pour un doux baiser que sa ui a refusé, » et un matin il prend son < sous la semelle de ses souliers ». C'est 1 drame rapide et poignant que cette a du Déserteur (t). En route, il rencontre litaine qui veut l'obliger à rejoindre son n, mais le conscrit se bat comme un en-

tue son capitaine. On le prend, on le ine, on va le fusiller, et sa dernière penpour sa mie.

etronte le tattoe sujet dims une cbansoD alleiVEnfant au eor merveilleux, — das Alpham.

Et quaii'

Envoyei

Quand e Elle se I

DaDS toutes ces l'absence sont pre:

jeune fllle oublie se reux devient infldè montée dans sa plu venir de loin les m son ami, apprend t et que son amant mande » qui ne la i

Mais elle e.

Elle fait &e Sur le boni Elle changi Et lea poisi

Voilà l'abandonn* en exhalant sa peii accents et les mèmf

des filles inspirait jadis à Catulle et à

Lai SUea sont comme la rose) Tout un chacun veut la couper Du moment qu'elle est boutonnée; Persona' ne veut la ramasser Auesiiftt qu'elle vient de tomber.

(Cliui**ui da Bas-Poitan.)

quefois les cboses tournent mieux, et le qui revient de guerre, « cherchant ses s, » les retrouve et les emmène tambour t, comme dans cette chanson de l'Ue-dek, citée par Gérard de Nerval, chanson et joyeuse, pleine d'entrain et de jeudont le rhythme rapide semble galoper I cheval qui emporte la bien-aimée:

Allons, partona, belle, Partons pour la guerre.

Car il y fait beau...

— A la première ville, Son amant l'habille Tout en satin bleu.

A, U seconde Tille, Son amant l'habille

Tout en diamants ;

BT LA VIE B

A ta troisième ^ SoD uuiuit lui d — Bêllet j« t'épi

S'épouser, c'est le désir ( de toutes ces chansons p est le port dans lequel le ] ser après les épreuves de leur de France achevé o fini, il veut s'établir da marier. Il ne se sentira lorsqu'il aura un coin d< des enfants. Quand l'arl boutons, épanoui toutes i et tout son organisme ne former les fleurs en fruil marier c'est fructifier. Au!

fièvre d'amour passée, il i une hâte et une énergie i temps d'attendre, il est doit faire son nid quand et qui court risque de i elle laisse s'achever le pi pler. Cette impétuosité t quête d'une femme est i exprimée dans la cbanso

t, donne-moi ta fille. Le paysan se lille, il trouve sa fille encore trop iseiUe an galant de « faire l'amour >, mais celui-ci ne veut pas attente et réplique vertement :

ur je ne veux pins Mre, Bt foilà tontl

1 qui fait l'unour longtemps 3 fort de perdre son temps, Bt voilà tootl

Ile est tout aussi impatiente. Une tine nous la montre « malade et mour » dans sa cliambre ; elle se ses compagnes mariées avant elle is un mouvement de désespoir:

sans être mariée, je veux que sur mette en lettres engravéea:

jeune fille est morte . longueur du temps, morte flUe sage ifaut d'un amant. ■

d l^s accords sont faits, quand le ige est llxé, quand le lendemain, itin, les violonneux et les corne-

ET LA VIE RUSTIQUE

museux doivent venir donner I fiancés, ceux-ci ne peuvent fermer la nuit. Les heures leur semblent !

des ailes de plomb, à chaque insb la fenêtre voir si l'aube n'apparaît dans leur impatience ils prennei lune pour le point du jour, et, s'ï leur erreur, ils interpellent la li peut mais :

Belle lune, 6 bella lune, Qua a'avances-tu d'un paal..

Si j'avais mon arbalète Je te jetlersis à bas...

Enfin le jour tant attendu esl cloches de l'église sonnent en volé chamarrés de rubans, font cortë que précèdent les musiciens. Au r passage de la noce, les gars tirent fusil et les enfants poussent des cr n'entend que musique et tapag bouteilles qu'on débouche et de

LA POÉSIE POPDLAIRE

le jour-là, les mariés veulent s'étourdir oint penser aux choses graves du len- — car il y aura un lendemain, et, pour urtout, un lendemain de soucis et de rec les dernières sonneries de la messe, tés et les insouciances de sa vie de t se sont envolées. Heureusement elle j toute à la joie de sa dignité nouvelle

se sent pas d'aise dans sa neuve toiloce. « Quand je me suis mariée, me ï vieille paysanne, ahl bonnes gens, lenais pas de joie, il me semblait que

charrues du village allaient virer pour irfois cependant, au milieu de cette

tumultueuse, l'épousée a un vague nent des tristesses de l'avenir, elle aupières se mouiller en songeant qu'il idieu « à sa fleur de jeunesse ».

uand je lois ces flilea à table, .Bsiaes deiant moi en ces tieux, uand je les vois et les regarde, es larmes me tombent dea yeui.

iressentiment ne lui vient pas spon- , la Chanson des mariés se charge de le

faire naître. A la fia dt sert, de vieilles femme ment, chacun fait sUe:

succédant subitement les vieilles, pareilles i l'expérience, chantent nouveaux devoirs de la disent que « le mariage ne se déliera qu'à la mo

L'époiu qae i Sera toujours Ne sera pas l Gomme il den Mais pour le :

Fandra lui ob

Puis elles présentent à un bouquet, en cbantau liques que tous à la roi ment et qui trouvent réveillant ici un lointain douleur :

Acceptez ce bi Qui vous fera Que tous ces ' Passent comm

Acceptes ce gâteau Qui Yoos fera comprendre Qu'il faut pour se nourrir Trayailler et soufi&ir.

n y a quelque chose de la majesté et de la grandeur des temps primitifs dans ce simple épithalame rustique, et ce qui le rend plus émouTant, c*est qu'il ne ment pas. Toute la vie du paysan y est résumée. Le lot de la femme dans Tezistence campagnarde est de beaucoup le plus dur. Il lui faut travailler tout comme l'homme, et souvent plus que l'homme. Les enfants viennent; il faut souffHr en les mettant au monde et souffrir pour les élever. Et qu'elle ne s'avise pas de tomber malade I Le paysan préfère voir sa femme morte plutôt qu'alitée. Il y a en Lorraine un proverbe qui, dans sa dureté laconique, en dit gros sur la condition de la paysanne mariée : <( Mort de femme et vie de chevau tirent l'homme haut. » Aussi toutes les chansons rustiques qui parlent du ménage et de ses tracas sont-elles d'un réalisme et d'une éloquence farouches. Autant dans les chansons d'amour la langue est fleurie d'images tendres et délicates, autant dans les chansons qui traitent

de la vie conjugale elle

sière :

An bout d'un an, C'est la joyeuse

An bout d' deux ai C'est la mélano

Ad bout d' trois ai

C'eat la grand'

Un qni demande i

L'autre de la bc

L'autre qui demac Et les seins soi

Le père est au cal Qui mène manv

La mare est à la :

Qdi pleure et qi

(Chw

C'est navrant, et cep encore est la chanson di Dans celle-ci, le mari c courir les cabarets, il pn serrante », et quand 1; rappelle que « ses enfan il a des réponses qui sui narelle dans le Médecin m

Madame l'hAteBse, Qu'on m'apporte du bon vin, Là, sur la table rondej Pour boire jusqu'au matin, ,

Tirelin, Puisque ma femme me gronde.

e délaissée rentre à son logis où on le, et elle dit crûment à ses enfants :

Vous n'aies pliu de pbre, Je l'ai trouva couché,

Tirelé, Avac une autre mère.

isse d'être battue, dupée, et de crever lie abandonne à son tour son ménage )le de son côté :

Je m'ea vais au bois jouer Avec ces moines et ces abbés,

Oaillarde brune.

n est temps de m'en aller,

CarjeToialalune,

t, il faut le reconnaître, dans ces iampagnardes l'infidélité de la femme re, et, quand on l'y rencontre, elle le ^us «ouvent par l'abandon ou la

sottise du mari. L; dans son homme u ~ battue que d'avoir a fpe. Dès qu'elle yoi qu'elle mène son m mépris à l'infidélité ( Alors l'bomme à so le ménage pas, et montre la façon piU

Sijererii

Y a du fiun Et vtt-t'en t'

Tous les maris ne la chanson ou plutô se chantait jadis ei nous fait voir un é tre au logis sans ï comme un juge mei

t délit. La scène est fort dramatique dans été:

Ventrebleu, Marloo, Qui e«t donc ce chevalier Qui est doDg ton lit couché.

Morbleu ! Qui est dans ion Ut couché ï

— Hélaal mon bel ami, Ce D'eBt pas un chevalier,

C'est ma compagne qui est couchée.

Mon Dieu, Ceat ma campagne qui est couchée.

— Ventrebleu! Marion,

Ta compagne était-elle brtme!

Avait-elle la barbe noire,

Morbleu !

Avait-elle la barbe noire I

— Hélas I mon bel ami.

Elle a mangé des mûres noires.

Vous semblait qu'elle était noire.

Mon Dieu, Voua semblait qu'elle était noire.

rothello campagnard ne se paie pas de DQs. (( Entre la Chandeleur et Piques, il ; pas de mûres noires, » et d'ailleurs il lit à des signes trop visibles qu'il est

BT LA VIE RC

fattmpé ; il bausse le ton, donner une leçon à sa fem

— Ventrebleu ! M Je ta mènerai en là:

Je te ferai chîea de

Morblea I Ja te ferai chien de

Ventrebleu I Maiû Je te mènerai ea FI Et puis je t'y ferai

Morbleu 1 Et puis je t'y ferai ]

Parfois, si le mari est eij voyagea, à son retour il lui maison occapée par un noi dans la Chanson du Marù littoral de la Saintonge ti qui a inspiré à Tennyson i'Ênock Arden, et elle mér au long :

Quand le marin reviei

Tout dom...

Tout mal cbauBsé, u>x

— Pauvre marin, d'où

Tout doux I

LA POÉSIE POPULAIBB

-^ Madame, je reyiens de guerre,

Tout doux...

-^ Qn*on m*apporte ici du vin blanc, Que le marin boive en passant.

Tout doux!

Braye marin se mit à boire,

Tout doux.., Se mit à boire et à chanter.

Et la belle hôtesse a pleuré.

Tout doux!

— Ahl qu*ayez-yous, la belle hôtesse?

Tout doux...

Regrettez-yous yotre yin blanc Que le marin boit en passant?

Tout doux t

— Cest pomt mon yin que je regrette.

Tout doux...

C'est la perte de mon mari, Monsieur, vous ressemblez à Im...

Tout douxl

— Ahl dites-moi, la belle hôtesse»

Tout doux...

Vous ayiez de lui trois enfants, Vous en avez six à présent,

Tout doux I

— On m'a écrit de ses nouyelles,

Tout doux...

Qu'il était mort et enterré, Et je me suis remariée,

Tout doux!

BT LA VIE RDSTIQUI

Brava marin vida son Terre,

Tout do«ï...

SanB remercier, tout ea pleura

S'en retourna au régimeat.

Tout douxl

C'est presque le même déDoûir Arden (1), et, dans la brève simpl chansoD, il y a un senliment de de sacrifice qui serre le cœur et fi larmes aux yeux.

Après les petites et grandes mi nage viennent les misères et les i vieillesse. Le paysan regarde vieillards comme des êtres inuU Age ne lui apparaît pas comme m

I Je riens de relire cette chanson du î mence à avoir des doutes. Je trouve dai du rpcit et dans l'enchaiiieinent des str< trie, uue logique dont la poésie populi point ordinairement. N'; auraît-il pas Ii plutôt qu'une chanson authentique, et It du recueil, M. J. Bujeaud, n'aurait-il pai sèment dans le pnnier de fruits sauvaf public une pomme de son propre janlint

pos et de sérénité, mais comme une période de déclin et de maladie. Aussi la chanson populaire est-elle sans pitié pour les vieilles gens. Tout au plus accorde -t- elle un mot de compassion aux filles qui ont coiffé sainte Catherine. et qui font un retour mélancolique sur leurs jeunes et glorieuses années:

Nous portons rides aH visage,

Les cheveux nous viennent tout blancs,

Nous avons beau à nous coiffer.

Nous laver le visage, Nous avons beau à nous poudrer.

Nous n'pouvons plus nous faire aimer.

(Chanson de rAngonmois.)

Elle compatit également aux infortunes des filles qu'on a enfermées au couvent et qui vieillissent dans le cloître en regrettant le monde et le temps perdu :

Maudit soit le faiseur de toile

Qui a fait mon voile, Maudits ciseaux si dangereux Qui ont coupé mes blonds cheveux 1

Si j^étais petite hirondelle.

Que j'euss' des ailes, Je volerais si haut, si haut.

Je m*en irais dans mon château.

ET LA VIE RUSTIQUE

Mais elle flagelle et ridiculise impitoyablemt les mariages disproportionnés, les vieilles e core férues d'amour qui épousent des jeui gens, les vieillards qui ont acheté à beaux éc comptants la jeunesse d'une épouse Tringat et de robuste appétit. Voici, par exemple, l'h toire de Rosette qui a pris un homme de quati vingt-dix ans. Cette courte chanson est au délurée et gaillarde qu'un conte de La Fontaii On y décrit la nuit des noces et les ruses l'octogénaire, qui semblent empruntées au C Undrier des vieillards:

Quand vint le matin jour Où Rosette se réveille ;

« Mon Dieu, dit-elle.

Qui l'aurait jamais dit

Qu'à mon mariage J'aurais ei bien dormil.. n

Dans de semblables conditions, le veuvage i une délivrance pour celui qui est jeune et q reste. Aussi le paysan se console-t-il rapid ment du départ de sa vieille épouse. Il éti sans vergogne sa joie au grand soleil:

Menuisier, ma femme est morte, Faites un cercueil bien cloué

De peur qu*elle n'en sorte 1 Celle qui faisait tant le diable à la maison, Dieu merci, elle est donc morte I

Sans vergogne aussi, le père dit à sa flUe, mal mariée et se plaignant d'avoir un mari de quatre-vingt-dix ans: « Prends patience, il est souvent malade, bien sûr il en mourra; tu seras héritière de tout ce qu'il aura. » A quoi la fille, moins endurante parce que la jeunesse la démange, répond avec toute la rudesse et tout le bon sens campagnards :

Au diable la richess* quand le plaisir n*y est point I J'aimerais mieux un homme à mon contentement Que toute la richess* de ce riche marchand.

Un jour, quand je s*rai morte, j'n emporterai rien du tout Qu'une vieille chemise et un drap par dessus ; Voilà la belle morte, on n'y pensera plus I

La mort, le paysan la voit venir sans grand émoi et d'un œil plus calme que la vieillesse. Jeunes ou vieux, femmes ou garçons, accueillent la faucheuse avec la résignation stoïque des animaux. Le jeune conscrit déserteur, qui a tué son

ET LA VIE RUSTIQUE. 317

capitaine et qu'on va fusiller, se borne à faire à ses camarades cette dernière recommandation :

Soldats de mon pays, Ne dites rien à ma mère, Mais dites-lui plutôt Que je suis mon drapeau Dans l'pays étranger, Que j 'n'en reviendrai jamai».

Et le soldat qui s'est battu six heures entières et qu'on rapporte blessé répond, quand on lui demande s'il a regret de mourir:

Tout le regret que j'ai au monde C'est de mourir sans voir ma blonde.

On va en toute hâte quérir sa blonde bien-aimée ; elle arrive sur le champ de bataille comme Edith au cou de cygne dans la légende anglaise, elle se penche au chevet du moribond, le questionne sur sa blessure et fait vœu, pour le guérir, « d'engager to s ses habits, son anneau d'or et sa ceinture. »

— N*engage rien pour moi, ma blonde, N'engage rien pour moi au monde, Car. ma blessure est trop profonde.

5jg LA POÉSIE POPULAIRE

Reste moi voir porter en terre, Reste moi voir porter en terre, Dedans réglis* de Saint^Omer.

Comme pendant, voici la Mort de la Brune, une chanson poitevine où l'amoureux apprend que sa mie est en danger, et accourt au pied de son lit. Même résignation de la jeune fille:

Elle est près de mourir, Encore elle me regarde.

Elle a tiré Sa main blanche du lit Pour dire adieu à son ami.

Afin de mettre un terme au déchirement des adieux, elle l'éloigné en le chargeant d'aller quérir « le médecin de Nantes » , et quand il est en route, la belle brune s'endort du dernier sommeil. — Même la jeune fille condamnée à être pendue pour infanticide, et qui s'en va au gibet, « prêtre devant, bourreau derrière, » envisage le supplice d'un œil tranquille, et ses dernières paroles à sa mère ont une grandeur presque shakspearienne :

Ma mère, coupez mes blonds cheveux Et pendez-les devant l'église, Ils serviront d'exemple aux filles.

ET LA VIE RUSTIQUE

Jamais, dans ces natures élémenl de la mort n'éveille un cri de terrei arrive toujours enveloppée d'imagi calmes et sévères, comme dans la quenouilles, où tout l'écheveau de 1; vide avec ses joies et ses douleurs:

A ta queDoiiill« au ruban noir File, sans trop le faire voir.

Le linceul dont, quand tu moun L'un de noua t' enveloppera.

(Francho-(

Une seule pensée les inquiète et les l'enfer, la peur de voir revenir le ceux qui sont morts sans confession cbanson lorraiue où, comme dans le mands, l'amoureux fait une prière pour voir une dernière fois la fille q et qui est morte en état de péché

' Recueil de Mai Buohoa. — J'avoue que sur l'authenticité de cette jolie clianson; ell trop soignée et trop harmonieusement assorti symétriquement composée, trop bien rimé pour n'avoir pas été remaniée par un artiste, que Mai Buchon, qui était poète, se sera exécuter de nombreux repeints & la modéra primitive et à demi écaillée.

scène est pathétique et rappelle certains petits poèmes d'Henri Heine :

U n'a pas fini sa prière, Et voilà la belle arrivée.

^ Ohtla belle, la belle, où avez-vous été Que vos fraîches couleurs en ont si fort changé?

— Ce sont les diables des enfers Qui ont ainsi rongé mes membres, Et ça pour un maudit péché

Que nous avons commis ensemble,

— Oh t dites-moi, dites, ma mie, Ne peut-on pas vous soulager Avec quelques messes à dire Ou quelques vigiles à chanter?

— Oh ! non mon bel ami, oh I non»

Oh I non, ne m*en faites pas dire ; Tant plus prieras ton Dieu pour moi, Et tant plus souffrirai martyre.

Tu diras à ma sœur Marguerite Qu'eir ne fasse pas comme moi.

Que jamais elV ne se promène Sur le soir, dans les grands bois«..

On le Yoit, la poésie populaire enferme dans

ET LA VIE RCSTIQUE

sa ronde chantante tous les évène TÎe paysanne, et l'on peut juger pa que j'ai donnés combien sont vari de couleur les chants de ce cycle suis loin d'avoir tout cité, je n'ai i petit nombre de chansons dans Ci plantureuse prairie qui s'étend à ti nqs provinces de France ; mais, de i grappe de raisin rapportée du pays suffit à donner aux Hébreux une ii condité de la terre promise, ces exLn je pense, pour montrer aux amis les richesses de cette terre encore lettrés ont longtemps méprisé la nn pie avec ses naïvetés, ses répétition sa prosodie élémentaire et indépeni vers ne riment qu'une fois sur deux nance. Ils ont eu pour elle ces Louis XIY professait pour les tabli dais qu'il traitait de magots. Ceux q dèrent pas uniquement l'écorce di qui savent trouver l'amande sous 1 gueuse d'un fruit sauvage, compre vite tout le parti que l'art peut tire cieui minerai encore enfermé dans

Ils s'habitueront rapidement à cette poésie qui a un goût de terroir, et ils se laisseront séduire. Dans la préface qui précède son recueil des du pays messin, M. le comte de PuymaitrëS'bien défini ce charme dont la poésie ire TOUS enveloppe peu à peu. <> Ce n'est it de suite, dit-il, qu'on se laisse aller à séduction étrange; il faut s'habituer & ce d'art, au défaut de transition, à la né- :e de toutes les règles. C'est une mélodie ualve, toute simple, et pourtant on ne qu'après l'avoir entendue souvent. Quand ammencé à lire des chansons populaires, s'arrête plus... La poésie populaire n'a ague haleine, elle ne fait point de récits hs, elle se passe d'exposition, elle entame et brusquement par le point qui lui semplus intéressant... Elle n'indique pas les ments de lieux ; elle fait passer, sans en , d'une scène dans une autre; elle ne pas la parole à tels ou tels personnages, rennent d'eux-mêmes, c'est à l'auditeur ibrouiller et à deviner les interlocuteurs.

intervient du reste ni pour les blâmer, ni is louer, elle se contente de les mettre en

ET LA VIE RU;STIQUB

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