CHAPITRE SIXIÈME
CONCORDANCE
C^est une souffrance, après que par la pensée on a embrassé tous les degrés du développement humain, de commencer soimême la f^ie par les plus bas échelons.
Pendant six mois il fut à son affaire. Il prit des apéritifs avec des publicistes, même il s^ exerça sur trois jeunes gens à manier les hommes. C^ est pourquoi des personnes bienveillantes disaient au moment du cigare : « Hé, voilà que ce jeune homme se fait sa place au soleil. » Ce que Von nomme encore : il se pousse.
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Et quoiqu'il n eût quà se louer de tout le monde et de soi-même^ son horreur pour ces contacts était chaque jour plus nerveuse. Peut-ctre aussi se surchargeaitil, étant attaché aux Affaires étrangères, secrétaire d^un sous -secrétaire d'Etat, avec d^autres broutilles.
Qu'on me rende mon moi!
MlCBELET.
A cette époque, pour quelque besogne, une enquête sans doute, il fut à Bicêtre. Et dans la verdure d'un parc immense, par une belle matinée de soleil, il vit les fous joyeux et affairés, qu'un professeur, vieux maître décoré, et des jeunes gens sérieux et simples interrogeaient discrètement et toujours approuvaient.
Le jeune homme était las : fatigué de cette course matinale et humilié de sa besogne prétentieuse. Ce palais de plein air, cette imprévue hospitalité où, dans
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un cadre parfait, dans une exquise régularité de confort, ces hommes, si différents cependant, suivaient leur rêve et se construisaient des univers, l'émurent. Il les voyait, ces idéalistes, se promener en liberté, à l'écart, fronts sérieux, mains derrière le dos, s'arrêtant parfois pour saisir une impression. Nul ne raillait leur stérile activité, nul ne les faisait rougir; leurs âmes vagabondaient, et vêtus de vêtements amples, ils laissaient aller leurs gestes.
Isolé dans ce délicieux séjour, tandis que personne ne daignait s'intéresser à lui, sinon d'un œil interrogateur et dédaigneux, il fit un retour sur lui-même, poussiéreux, incertain du lendemain, hâtif et n'ayant pas trouvé son atmosphère...
De ces nobles préaux où une sage hygiène prend soin de ces rêveurs, il
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sortit bras ballants, éreinté par le soleil de midi, sans voiture, sans restaurants voisins, convaincu des difficultés inouïes qu'on rencontre à vivre au plus épais des hommes.
Tout le our, dans les intervalles de sa misérable besogne, il revit la douce image de ces jeunes gens de Platon se promenant, se reposant, se réjouissant soudain à cause d'un geste obscur qui se lève en leur âme, et toujours penchés sur le nuage qu'a soulevé en eux quelque grande idée tombée de Dieu.
Que dites -vous? qu'il avait mal vu?
N'importe ! C'est cette vision, inexacte peut-être, qu'il s'attriste de ne pouvoir vivre. Sous les feuillages un peu bruissants, se coucher, rêver, ne pas prévoir, ne plus connaître personne, et cependant que soit machiné avec précision le décor
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de la vie : manger, dormir, avoir chaud et regarder sous des arbres des eaux courantes.
Au soir, nourriture et besogne accomplies, le long des rues poussiéreuses où le jour trop sali devient noir, parmi la foule gesticulante et qui cagne, vers son appartement quelconque il serpenta.
Sur les horribles boulevards, comme il flairait, pour leuréchapper,les bruyants et les ressasseurs, il aperçut, pareille à sa marche, la fuite grêle d'un avec qui volontiers, des nuits entières, il avait théorisé. Celui-là tient toute affirmation pour le propre des pédants et n'en use que pour des effets de pittoresque. Il est incapable de convenu et, quand il est soi, ne trouve jamais ridicules les choses sincères.
11 l'abordait d'un premier élan, plein d'une délectation fébrile à l'idée que,
dans un coin, tout bas, l'un et l'autre, ils allaient longuement et pour rien :