GUSTAVE. — SIMONE. — ZEZETTE. — ANDRE
Simone. — André et Zezette ! Quelle heureuse surprise. (Bas à André.) Il est à point !
André (bas). — Tant mieux ! (Haut.) Ma belila cousina, il cesse de pleuvoir Venez-vous jusqu'au bout de la parc et retour ? Il fait vraiment bon aujourd'hui.
Simone (lui prenant le bras). — Volontiers, mon gentil cousin. (Bas à Zezette.) Il est à point.
Zezet'te. — J'ai le trac.
Simone (bas). — Mais non! Il t'adore. A tantôt!
André (en sortant). — Vous êtes délicieuse!
(Gustave, son parapluie à la main droite, la main pcauche sur les yeux, n'a pas bougé. Zezette, immobile, le regarde, puis elile s'approche et lui met la main sur l'épaule.)
Zezette. — Monsieur Gustave... vous pleurez?
Gustave. — Non... C'est la drache!
Zezette. — Il ne pleut plus, le temps s'éclaircit. Je suils sûre qu'il va faire très benu.
Gustave. — Mais la nuit vient, il va faire noir.
Ze:î»^tte. — La plu'e a nettoyé le ciel ; demain il fera superbe.
Gustave. — J'ai froid.
Zezette. — Parce que vous avez attendu trop longtemps.
Gu<;tave. — Oui, trop longtemps. (Soudain.) Mais, est-ce que je pouvais savoîr, moi ?
Zezette. — Quoi ? Qu'il faisait froid ?
Gustave. — Oui ! . . . Non ! . . . (La regardant longuement.) Zecette Zezette !. . .
Zezet'te. — Gustave !
Gustave. — Moi, je suis malheureux, Zezett«.
Zezette. — Pourquoi ?
Gustave. — Pour. . . pour tout ça.
Zezette. — Tout ça, quoi ?
Gustave. — Tout ce que vous» savez et que je sais- aussi.
Zezette. — Mais je ne sais rien.
Gustave. — Mais si, vous savez! C'est moi qui ne savais pas... Mai maintenant, je sais. Moi, je suis malheureux, Zezette !
Zezette. — Si vous me disiez pourquoi, je pourrais peut-être vous cor soJer.
Gustave. — Mais non, vous ne pourriez pas... à cause de lui.
Zezette. — De lui ?
Gustave. — Et des deux enfants.
Zezette. — Des deux enfants ?
Gustave. — Et moi, qui vous prenais pour une gamine ! (Eclatant.) Mo je suis malheureux !
Zezette. — Pourquoi, voyons... dites-le?
Gustave. — Pourquoi avez-vous fait cela ?
Zezette. — Ça, quoi ?
Gustave. — Deux enfants.
Zezette. — Comment ?
Gustave. — Et les deux enfants... Eh bien... tenez, je passerais pa là-dessus... Je les élèverais, je leur apprendrais à ne pas jouer du piano., et à ne pas hurler à Pâques. Mais, il y a ilui!...
Zezette. — Lui ? Qui, lui ?
Gustave. — Lui ! Car vous Faimez, n'fest-ce pas ? . . . Eh bien ! tenes je passerai encore par là-dessus, car je veux bien vous l'avouer mainte nant : il fait assez nuit pour que je voie clair en moi-même ; Zezette, c'es vous que j'aime.
Zezette (très émue). — Gustave.
Gustave. — Oui, c'est vous que j'aime... Je ne vous l'avaàs pas encon dit parce que je ne me l'était pas dit à moi-même... Mais, tantôt je mi le suis dit .à moi-même, ça m'a servi de répétition générale... Et mainte nant^ je vous le die, Zezette, je vous le dis avec tout mon cœur : Je vou: aime !. . . Vous êtes la femme qu'il me faut. Vous aimez votre intérieur. . Vous êtes calme, douce, bonne, intelligente... Vous ne jouez pas di piano... mais vous avez deux enfants.
Zezette. — Moi ? Vous êtes fou !
Gustave. — Ça je n'aurais jamais cru de vous ! Deux enfants... et sans moi ! Moi, je suis malheureux !
Zezette. — Je vous dis que vous êtes fou !
Gustave. — Oh ! ne vous défendez pas ! Cest tout naturel, n'est-ce pas' C'eist ma faute ! Comme vous l'avez dit là tout de suite, j'ai attendu tro] longtemps. J"aurais dû vous connaître trois ans 'plus tôt. Mais, je sui; un malheureu'x garçon I! Jamais rien ne m'a réussi dans la vie.,
Zezette. — Ecoutez, Gustave ?
Gustave. — Ecoutez, Zezette... je vous en supplie... répondez-moi Est-'ce que vous l'aimez, lui ? Si vous ne 'l'aimez pas, partons, partons en semble... Allons-nous en loin, à nous deux... Et vous pouvez prend« les deux enfants.
Zezette (à part). — Deux enfants... Simon© a été un peu loini? : Gustave. — Vous ne répondez pas ! Cest que vous l'aimez, lui !.. . C
si je le connaissais! Mais non... Qu'est-ce que j'ai à dire?... C'est faute... J'ai attendu trop longtemps... Simone va s'en aller d'un ci avec son cousin mexicain et vous allez partir de l'autre, avec lui et ^ deux enfants ... et moi, je resterai seul, sur mon banc et sous la dracl (Debout et très déciidé :) Adieu,! 2iezette ! . . . Je ne vous dirai plus qu mot : Je vous aime de toutes mes forces ! Simone et André (reparaissant). — Bravo! Gustave. — Quoi, Bravo ?
Simone. — C'est le mot que nous attendions. Zezette (bas). — Qu'est-ce que tu lui; as raconté ? Simone (bas). — Qud tu avais un amant et deux enfants. Gustave (répondant à André, qui s'est approché de lui). — Je Padoi Zezette (à la réponse de Simone). — Oh ! (A Gustave :) Ce n'est ] s< vrai.
Gustave (avec force). — Si, c'est vrai! Je vous adore, je vous adore, vous adore! Aussi vrai que la lumièie existe. (Les lampes électriques du parc s'allument.)
Ssmone. — Enfin! Voilà la clarté! Oui, clest vrai, Gustave/! C'est \ que vous adorez Zezette ! Et ce qui est tout aussi vrai, c'est que Zeze vous adore !
Gustave. — C'est vrai ?
Zezette. — C'est vrai !
Simone. — Il y a d/ autres choses qui ne sont pas vraies' ! Je vais lyi les énumérer : ce n'est pas vrai qu'André soit mon cousin du Mexiq André est né h Schaerbeek et c'est mon mari. Gustave. — Vous êtes mariée ?
Simone (continuant). — Ce n'est pas vrai que Zeziette ait un ami deux enfants. Zezette est libre et elle n'attend que vous pour fonder [1 foyer et une famille.
Gustave (au comble de la joie). — Cest vrai ? pL Zezette. — C'est vrai !
m( Gustave. — Moi. je suis heureux, Zezette. (Il (lui embrasse les mai
! puis il serre la main d(' André.) Moi, je suis heureux!... (A Simone
Ze Mo-, je suis... (mais il réfléchit). Vous vous êtes moquée de moi!
; André. — Excusez-la, Monsieur Gustave ! Excusez-nous, d'avoir j
î cette comédie... Siimone savait que Zezette vous aimait depuis lo
i temps... et je savais que vous faisiez la cour à mia femme! Nous av
vouliu faire votre bonheur, malïjré vous ! Je ne suis pas de Santa-Cruz
n'a et la tante Virginie n'est pas de notre famille... Chacun de nous a j
me son rôle, et voilà tout... Maintenant, le rideau va tomber... Dites-noui
; voub êtes content du résultat ? . . .
t Gustave (prenant Zezette dans ses bras). — Zezette!
2 Simone. — Vous pouvez bien l'embrasser,
fai Gustave (se frottant la joue). — Je l'ai déjà embrassée une fois...
( Zeze*te. — Mais maintenant, vous pouvez, puisoue je serai votre fera
2 PMstave (l'embrassant sur le front). — Ma femme... (Elle se lève \
C lui lui tendant les lèvres. Très ému :) Ça est une drôle de gamine, heii 2 (Il l'embrasse.) sav
2 RIDEAU
Au Théâtre de l'Olympia