‹ Sous la drache, comédie locale en 3 actesChapitre 5 sur 28 · ANDRE. — UN HOMME DES TRAMS · texte numérisé non relu

ANDRE. — UN HOMME DES TRAMS

Un Jeune homme en vélo entre de gauche. Son imperméable noir et son chapeau sont trempés. Il saute de vélo devant l'aubette.

André (sautant de vélo). — En voilà du temps! Et ma pauvre petite Simone qui est partie sans parapluie ! Pourvu qu'eMe ait l'idée de venit ici... (Sortant un paquet de la poche de son imperméable.) Ave ça, eiie aura tout de même de quoi ne pas mourir de faim en attendant de rentrer

au bureau. (H va à l'intérieur de l'aubette.) Elle n'est pas là. (Il vient à son vélo, le fait monter sur le trottoir et tente de l'introduire dans l'aubette.)

Un homme du Tram (surgissant sur te seuil). — L"accès est interdit aux chiens et aux vélos.

André (dabord saisi). — C'est bien naturel : les chiens et les vélos sont des betes qui font pipi sur les banquettes... Merci, mon ami' Mais puisque vous êtes si aimable, vous pourrez peut-être me donner un renseignement. Il y a longtemps que les trams sent en panne ?

L'homme du Tram (stupéfait) — Les trams sont en panne ?

André. — Il y a dfes chances !

L'homme du Tram Mais je vois pourtant un 11 à la rue de Louvain

André Oui, et moi j'ai vu un 2 à la porte de Schaerbeek deux 7 à la

rue Godefroid de Bouillon et trois 3 à Saint-Servais. Mais tous ces trams se trouvent si bien là où ils sont, qu'ils ne veulent plus en bouger.

L'homme du Tram. — Alors, c'est peut-être une panne ?

André. — Je crois. Vous ne savez pas si elle dure depuis longtemps ?

L'homme du Tram. — Moi je m'en fous, vous comprenez. Je nettoie les caniveaux de 8 heures à 10 heures. Et après ça, je dors dans les aubettes jusqui.à ce que mes huit heures de travail soient passées. '

André. — Alors, vous ne savez pas ?

L'homme du Tram. — Non. Ça est peut-être bien une panne, mais moi, je croirais bien plutôt que c'^est une grève.

André. — Une grève ? Vous seriez prévenu ?

L'homme du Tram. — Moi ? Je ne suis pas le secrétaire du syndicat ! Est-ce que vous croyez qu'on nous donne des explications chaque fois qu'il y a une grève ?... Ça serait trop compliqué, hein ! On sort le matin comme tous les jours, et quand il y a des trams qui roulent, on se dit : « Il n"y a pas de grève ! » Et quand il n'y a pas de trains qui roulent, on se dit : « Il y a grève! » Ça est simple comme un tram.-car. . .

André. — En effet... Du reste, pour nous autres, voyageurs, c'est encore plus simple ! . . . On sort le matin en se disant : « Les trams sont sûrement en grève. » Et quand ills ne le sont pas, on est tout étonné.

L'homme du Tram. — Si vous voulez venir avec moi jusqu'à la Maison du Peuple, on saura peut-être quelque chose.

André. — Non, merdi, je dois attendre ici.

L'homme du Tram. — Quoi ? Un tram ?

André. — Pas si bête ! Si tout le monde avait son vélo comme moi, vous verriez bien qu'il y aurait moins de grèves dans les trams.

L'homme du Tram. — Ça est ceirtain ! Moi, avec l'augmentatlion des salaires, je compte bien m'acheter une automobile l'hiver prochain. Je m'en vais, salut ! Allez ! Rentrez seulement votre bécane ! je ferme les yeux. (Il sort.) *

André. — Je ferme les yeux î Et il vient à peine de s'éveiller. Le vdilà bien, le travail intensif qui remettra d'aplomb le pays. (Puis il entre son vélo dans l'aubette, tire une pipe de sa poche, la bourre, Fallume, achète un journai à la marchande qui se trouve à l'intérieur de l'tiubette et se m.et à lire sur le seuil. Il regarde l'heui-e.) Une heure pas.«îée... Ma petite Simone sera allée man<?er dans les environs... Si elle n'est pas h\ dans cinq minutes, il faudra que je parte.

Page 1