LA SENTINELLE
Posant sa face pâle en un coin de la nuit,
Il semble une rigide et vivante statue
Que d'invisibles mains de pénombre ont vêtue.
Il regarde le ciel : nulle étoile ne luit ;
Il n'entend plus le sol sonner sous un pas rude.
Un silence tombal emplit la solitude. • .
C'est l'heure de veiller sur Tâme et sur la chair.
Car l'homme de courage et de mâle endurance
Que ne peut ébranler ni le feu ni le fer,
S'émeut de l'inconnu qu'enferme le silence.
En vain veut-il garder cœur noble et penser droite
Un brouillard obscurcit ses yeux et l'environne. Il veut agir. Le sang à ses tempes bourdonne. Et tous ont éprouvé cet invincible effroi Qui courba, sous le faix d'une angoisse infinie. L'âme du grand Pascal suant son agonie.