NUIT DE NOËL
C'est fête en la cagna d'argile. Autour du feu
Les quarts d'aluminium et les bouches gourmandes
Se tendent vers un punch qui vacille, or et bleu.
Plaisir bruyant, jurons de tavernes flamandes.
On s'étourdit, afin d'oublier que, chez soi,
La femme, en cape brune et robe de futaine.
Va demander un peu d'espérance et de foi
A l'enfant nu qu'un bœuf chauffe de son haleine.
Mais l'ancien souvenir persiste. Le bruit
Lentement s'éparpille et tombe, cendre morte ;
Et voici la beauté divine de minuit
Qu'une invisible main dans le silence apporte.
Le feu tressaille et meurt. Alors, venant ployer Lourdement son corps las aux briques du foyer, Un soldat s'agenouille et, penché sur la flamme. En ranime l'ardeur au souffle de son âme. Vingt fois il recommence, et ce soir enchanté. Riche de sa légende exquise et des trois messes. N'a connu plus beaux dons ni meilleures promesses Que ce geste d'amour et cette humilité.