IL PLEUT
Il pleut. Voici les nuits de la longue saison
D'automne. Clos le parc, verrouille la maison
Et de mon souvenir peuple ta solitude.
Notre chambre d'amour te réclame. Assieds-toi,
Et, la tête pensive en l'ombre qui s'accroît.
Elève la clarté de ma lampe d'étude.
Prends mes livres ouverts sur la table, au hasard.
Et redis de ta voix profonde — hélas ! qui tremble
Les poètes aimés que nous lisions ensemble,
Longus, et Théocrite, et l'aimable Ronsard.
Leur charme bucolique à ton âme sut plaire. Mais tu pleures déjà. Tous ces hommes divins Qui t'enchantaient jadis à leur flûte légère Ne modulent pour toi que sons tristes et vains. Tes yeux de larmes d'or inondent ta figure, Et tu redis : « Quand donc entendrai- je celui Dont un seul mot suffit pour ch2isser mon ennui. Et qui, le soir venu, dénouait ma ceinture ? »
Hôpital de Cobleti;^, Septembre 191 7.