ENFIN, JE PUIS POSER MON FRONT NU
Enfin, je puis poser mon front nu dans tes bras, Et me montrer moi-même, et dénouer la chaîne De ces vains mots qu'on dit pour exprimer sa peine : Toi seule me comprends si je ne parle pas.
Vois en mes yeux mon âme à fleur d'eau qui rayonne,. Vois ma bouche, mes mains, mon corps qui, par le fer. Et le froid, et la boue, a tellement souffert. Fais-moi de tes cheveux épars une couronne.
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En paiement de ces jours de douleur et d*orgueil, Tout étonné de vivre encor, je ne demande Que des baisers en pluie à ta lèvre gourmande. Et l'ombre de ta robe aux marches de mon seuil.
As-tu gardé ta fraîche et brusque gourmandise? Entrons. La lune pleure au feuillage des buis, La chambre nous accueille et, sur la table mise, Vois le pain blanc, Teau pure, et la coupe des fruits. Prends en tes doigts menus cette pomme encor verte^ Mords à même et me montre au luisant de sa peau, Comme un baiser, comme un sachet, comme un étau. Le fougueux appétit de ta bouche entr'ouverte.
— Le soleil t'a meurtri le front, ta gorge est sèche. Bien-Aimé, que veux-tu ? Les figues ou l'eau fraîche Qu'à la source j 'irai moi-même te puiser ?
— Laisse l'eau dans son cours et le fruit sur la branche. C'est de toi que j'ai soif... Ouvre tes bras et penche Ta tête, vase pur où je bois ton baiser.