‹ Sous le clair regard d'AthénéChapitre 41 sur 47 · L'AVEUGLE · texte numérisé non relu

L'AVEUGLE

Debout, le buste droit contre un chêne noueux. Il soupèse le bruit des chevaux et des bœufs Qui vont, calmes et lourds, et martelant la plaine ; La chaleur croît ; le jour comme une vasque pleine Déborde, et le bonheur de vivre est plus léger. Des ruches sous les fleurs bourdonnent ; un berger Joue un air langoureux pour ses chèvres repues, La chaleur croît toujours et les voix se sont tues.

L'aveugle alors s'avance et, le front haut, la main Tendue, il cherche appui sur l'azur du chemin. L'été brûle ; la terre en est toute vibrante ; Et l'aveugle, qui rit, suspend sa marche errante. Frémissant, dans l'espoir d'un bonheur sans pareil. Il ouvre, en une pose antique et coutumière. Les trous noirs de ses yeux éblouis de soleil. Et caresse, des doigts, l'invisible lumière.

les yeux morts, il revient à pas lents, chaque jour. Vers la prairie en fleurs où chante la lumière. Et se plaît aux parfums des rosiers d'alentour. Il entend, comme un bruit d'une foule en prière, Les épis sous le vent qui se choquent entre eux. Son oreille devient subtile, et sa main brune Reconnaît au toucher, sur les arbres noueux, L'abricot velouté de la rugueuse prune.

Mais plus que le parfum des roses et du buis. Plus que les épis lourds de richesse, ou les fruits Qui fondent sur la bouche en une source fraîche. Plus que la figue grasse et la moelleuse pêche, Il aime le baiser farouche du soleil.

Il tend vers lui ses bras, ses yeux, son front vermeil.

Et l'aveugle, dont l'âme ardente s'amenuise.

Mûrit son corps robuste à l'éternel été

Que chante la lumière et qu'attiédit la brise.

Et sa face s'éclaire en un rire enchanté.

Quand bourdonne, en tournant autour de ses oreilles^.

La farandole d'or des joyeuses abeilles.

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