RELEVAILLES
Dans l'ombre du jardin lumineux où le soir S'attarde, Magdala vient doucement s'asseoir Et berce dans ses bras un enfant qui sommeille. La terre est chaude encor de ce long jour d'été. Un fruit brun se détache et s'écrase, une abeille Bourdonne, et, alourdie en sa maternité, Cils baissés, un léger sourire à ses dents blanches, La jeune femme, lasse et prise de langueur. Aux parfums du foin mûr abandonne son cœur. Elle écoute. Soudain, venant battre les branches. Un Angélus s'éveille et grandit, peu à peu.
Lors, Magdala s'étonne et sent renaître en elle. En cette mort du soir mollement sensuelle, La gourmandise exquise et terrible de Dieu. Elle n'a pour prier ni formule, ni livre ; Le soir plus attendri la caresse et l'enivre, Femme religieuse et païenne à la. fois.
Ah I quelle faim d'amour. Pour apaiser sa fièvre. Aux mains de son enfant elle pose la lèvre. Et, lentement, avec la ferveur d'autrefois. L'égaré au chapelet charnu des petits doigts.