Un mètre quatre-vingt centimètres environ
Dès le malin, les abords de la caserne présentaient une animation peu ordinaire. Les lourds paysans fumaient leurs longues pipes de porcelaine, tenant d'une main leurs demibottes, — l'État ne fournit pas de chaussures à la troupe, — de l'autre leur petit baluchon. D'autres s'empressaient vers une petite boutique en sous-sol, près de la caserne, où ils achetaient tout ce qu'il faut pour astiquer : la boîte en bois blanc, de dimensions réglementaires et traditionnelle dans l'armée danoise, remplie de brosses, cirage, cire pour les cuirs, blanc d'Espagne pour les bandes des pantalons. On ne devait pas oublier la tringle de métal à manche en bois destinée à frotter les boutons d'étain alignés sur la patience de bois.
Des groupes se forment; les gardes entament la conversation avec les recrues.
Avec un certain flair ils découvrent celui qui a quelques économies; bonne aubaine
l'école des RECRITES DE LA GARDE 17
pour le garde de montrer à la recrue les curiosités de la grande ville, y compris le Jardin zoologique et les cabarets où l'on fait mieux connaissance.
Il est près d'une heure, instant fixé pour l'entrée au service. J'arrive, accompagné de mon père en redingote, portant à la boutonnière le ruban rouge. Les soldats contemplent avec admiration cet autre soldat bronzé par les campagnes, car bien vite on a su à la caserne qui était le duc de Chartres et ce qu'il a fait.
Le personnel de l'école des recrues est réuni. Officiers, vieux sous-officiers instructeurs, sous-caporaux récemment promus et regardant complaisamment leur galon d'argent surmonté d'un petit bouton au bas des manches, tous sont en grande tenue pour recevoir leurs hommes.
Les adjudants arrivent et divisent les recrues en quatre groupes pour chacune
des quatre compagnies. La journée se passe rapidement : appels et contre-appels, visites du médecin, puis tournée au magasin d'habillement. Chaque compagnie a le sien qui renferme l'armement et Téquipement complet pour la compagnie sur le pied de guerre. Le sergent-major, aidé des gardes, remue des piles de vestes, de pantalons, de bonnets de police. Dans un coin, j'aperçois des rangées de bonnets à poil, les tuniques rouges de gala. Mon flair de collectionneur m'a fait découvrir un vieux sabre de tambour-major avec son baudrier noir semé de coquillages. Étant étranger et surnuméraire, la compagnie ne m'habille pas ; je m'équipe à mes frais. Quel bonlieur d'endosser l'uniforme des recrues : bonnet de police bleu de ciel à ganses blanches 1 On le porte sur l'oreille droite, et le gland vous ballotte entre les yeux. Ce bonnet de police me rappelle par sa forme et sa couleur celui des lanciers de
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la garde impériale sous Napoléon III. La petite veste bleu de ciel, avec ses boutons blancs, vous pince à la taille. Le collet est rouge comme le passe-poil des pattes d'épaulettes sur lesquelles se poseront plus tard les chiffres de métal du roi Christian IX ; je dis plus tard, car les recrues n'ont pas encore cet honneur. Le pantalon est aussi bleu de ciel avec des bandes de drap blanc sur le côté qu'il faudra souvent blanchir.
Une fois habillés, nous descendons dans la cour de la caserne. Devant celle-ci s'étend la place d'exercices. L'adjudant range sa compagnie. Je compte à la première. Étant le plus grand, on me confie le poste recherché là-bas de «Hojre Flojmand», l'homme de droite du premier rang.
Quatre de mes prédécesseurs à cette place ont aujourd'hui l'épaulette ; c'est de bon augure. L'adjudant, qui a une barbe grise et est décoré et médaillé, numérote ses hommes,
A partir de ce jour on n'est plus « Monsieur Hansen, le baron X, le comte Z » , mais on est la recrue 23,101, En ma qualité d'étranger, je ne reçois pas de matricule. Une idée de mon lieutenant y remédie. Je suis baptisé par ma place : « Hôjre Fltijmand», surnom que j'ai toujours gardé et auquel je répondais aux appels par un « Her » sonore.
Je fais connaissance avec mes camarades qui ne peuvent concevoir que. Français, je ne puisse porter l'uniforme de mon pays. J'ai été assez longtemps à le leur expliquer.
Maintenant quelques mots sur le personnel de l'école des recrues : un capitaine, marcheur infatigable; deux lieutenants très chics; des sous-ofTiciers instructeurs dont plusieurs médaillés; puis une troupe de sous-caporaux qui s'emparent chacun de leur escouade.
Mon sergent, chevronné, très grand, avec de grosses moustaches rousses, roule de petits yeux gris. Il sait trois ou quatre mots
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de français qu'il me ressortira maintes fois. Mon sous -caporal , ancien maître d'école, a une jolie figure avec des moustaches en croc; très coulant, nous l'aimons beaucoup. Dans mon escouade, il y avait la recrue n" 1 qui se tenait derrière moi et qui au commencement, dans les marches, me labourait les talons. Il avait été garçon de ferme, parlant le patois du Jutland ; les premiers jours je ne pouvais comprendre un traître mot de sarx)nversation. A côté de moi, le numéro 3 devenu sous-lieutenant, puis le 4, maintenant valet de chambre à la cour, le 2 un boucher plutôt irascible,... puis le 17 portant maintenant le casque de cuir bouilli à chenille des officiers de dragons. Braves gens, pas mauvaises têtes, contents de servir, appréciant l'honneur d'être dans la garde. J'ai passé un bon temps au milieu d'eux, partageant leurs peines et leurs fatigues.
On a bien vite fait connaissance avec la chambrée. Les lits sont en bois ; sur le mur, les planches traditionnelles et les crochets, car les effets y sont pendus et non plies comme en France. A coté des planches se dresse un grand pieu pour !'« ourson», le bonnet à poil. Dans les corridors, les râteliers pour le fusil et sa baïonnette et pour les sabres- briquets de la garde — des sabres prussiens pris sur l'ennemi en 1848, s'il vous plaît. — A l'entresol, chaque compagnie a une grande pièce servant à tout, avec de longues et larges tables. Au mur, des armoires avec des casiers percés de trous, se fermant avec un cadenas. Chaque soldat y place son pain, ses vivres. L'État ne lui fournit qu'un long pain noir qui, par son goût, me rappelle celui que l'on donne à l'éléphant au Jardin d'acclimatation. Il est excellent, du reste, et l'impératrice douairière de Russie et la princesse de Galles ne
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dédaignent pas d'en faire venir de Danemark. Tous les cinq jours, le soldat reçoit un pain de sept livres et demie, fabriqué à la manutention de Copenhague ; il touche en même temps sa solde : soixante-quatre ores par jour pour les hommes de la garde'.
A la caserne, chaque compagnie a son aile distincte. Cette caserne est l'ancienne orangerie du château de Rosenborg, transformée aujourd'hui en musée. La garde l'occupe depuis 1786.
A dix heures du soir, un des petits blondins de la batterie descend dans la cour et bat la retraite commencée par un long roulement corsé de coups de baguettes, puis il longe la caserne en battant la marche ; aux cantonnements, les notes aiguës des fifres l'accompagnent. Après dix heures, le plus grand silence règne à la caserne.
1. La couronne d'argent ou cent ôres représente une valeur de un franc trente-neuf centimes.
24 sous LE DA.NEBUUG
A cinq heures du matin, sonnerie de clairon. Les recrues se lèvent ; la grosse voix du sous-caporal émoustille les retardataires. Toilette, rangement rapide, puis vite à la cantine, où l'on prend le café, le thé ou la soupe à la bière, à payer sur la solde. Nous sommes ensuite confiés à nos sous-caporaux qui cherchent à nous faire quitter nos vilaines manières de pékin, comme dit notre sergent, et nous inculquent les premières notions du service. On nous enseigne d'abord le salut militaire, spécial à l'armée danoise et rappelant le salut militaire italien : porter la main droite horizontalement étendue à la hauteur du bonnet de police, les doigts allongés, les ongles en dessus, la main et l'avanl-bras parallèles à l'épaule. On rompt les rangs; je préviens le capitaine que je dois dîner chez le roi et lui demande la tenue qu'il me faut endosser. « Tunique avec ceinturon et baïonnette », me répond-il.
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Je rentre chez ma sœur au palais Jaune et commence à m'astiquer pour le dîner. Un ordre du roi me parvient. Je dois paraître en civil, en habit noir ; je suis navré.
Depuis moît arrivée en Danemark, j'ai toujours dîné le dimanche à la cour avec le prince Chira; j'y ai reçu un accueil que je ne peux pas oublier ; je garderai toujours un souvenir ému de la paternelle tendresse du roi et de la reine à mon égard.
Le dîner est généralement à six heures. Quelques minutes auparavant, les princes se réunissent dans un petit salon. L'heure sonne ; un laquais en rouge ouvre à deux battants la porte, le roi passe avec la reine, suivi de ses enfants et petits -enfants. Il entre alors dans un grand salon où sont rangés par ordre de préséance et par sexe les invités. Dans un coin, deux oflSciers de la garde font le salut militaire, la main au bonnet à poil qu'ils enlèvent sur un signe du roi ; puis le
roi fait cour avec les hommes, tandis que la reine en fait autant avec les dames. Le grand maréchal indique à chacun sa place à table et le fourrier de la cour vient annoncer que le repas est servi. On se place : le roi à côté de la reine, en face d'eux le grand maréchal ayant à ses côtés les deux officiers de garde au palais.
Le repas est gai. Y a-t-il un invité en dehors des habitués ? le roi ne manque jamais de vider une coupe de Champagne à sa santé. La personne se lève, s'incline, vide sa coupe, salue et se rassied. On boit peu d'eau; c'est môme une impolitesse d'en offrir à la dame qu'on a pour voisine.
Le dîner est à la française avec quelques plats danois. Le fourrier, bicorne sous le bras, tourne autour de la table pour surveiller le service des laquais. Derrière le roi se tient son chasseur en vert foncé, le couteau de chasse au côté, les éperons aux
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chaussures. Le roi fait un signe, le grand maréchal se lève et précède le roi au salon. Là, selon la coutume danoise, il serre la main à chaque invité en disant : « Velbekommen ». Après avoir fait cour, on se retire pour fumer. A neuf heures, le thé est servi chez la reine; le roi fait son whist, les autres s'asseyent à la table de la reine, et le traditionnel jeu du loup commence. L'enjeu est d'ordinaire faible : 25 ores par jeton ; c'est seulement lorsque l'empereur de Russie et les princesses de Galles sont là que le jeu peut monter. A onze heures, on soupe; on prend du lait caillé, de la gelée de rhubarbe, de la soupe à la bière; en été, on retrouve d'excellentes fraises à la crème et des sandwiches recouverts de viande, de fromage, de radis ou de crevettes. Le roi souhaite le bonsoir et après avoir tendrement embrassé ses enfants et petits-enfants, il se retire. On s'en va alors impressionné, ému de tant de sim-
plicité, à la vue d'une cour patriarcale où chacun essaie de faire oublier l'étiquette qui vraiment n'apparaît qu'aux grands jours de fête et de cérémonie.
Le lendemain commença réellement notre vie militaire. A six heures du matin, l'école se forme; on nous fait mettre la jugulaire au bonnet de police et nous exécutons les premiers mouvements de l'école du soldat; puis deux heures après, notre sous-caporal nous fait la théorie. Après, nous jouissons d'un repos d'une demi-heure : c'est le déjeuner. On avale des sandvviches. On coupe de longues tranches de pain noir que l'on beurre ou sur lesquelles les recrues étendent du fromage, de la graisse ou de la viande. Le tout est arrosé d eau ou de la lourde bière foncée chérie des Danois. Un petit verre de « snaps », eau-de-vie de grain, termine le repas. A neuf heures, notre capitaine fait former \(\ carré sur la place d'exer-
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cices. Un commandement : « Fixe, tête à droite », et le colonel paraît, suivi de tous les officiers de la garde. D'une voix forte, il nous souhaite la bienvenue au nom du roi, nous parle de la patrie, du passé de la garde et donne l'ordre d'amener le drapeau. Je le vois encore, ce vieux drapeau de la garde, Danebrog blanc et rouge, déchiqueté avec sa lourde hampe à pique, portant encore le chiffre du roi Christian YIII et ses glands et cordonnets d'or. Un vieux sergent le porte; il est accompagné de la garde du drapeau, beaux grenadiers en bonnets à poil, aux buffleteries blanches croisées sur la poitrine. Un lieu tenant fait présenter les armes aux grenadiers. Nous étions tous émus en considérant cette loque glorieuse.
On me permettra de dire quelques mots sur la garde danoise :
Elle fut créée le 10 juin 1638, sous le nom de régiment du roi. Composée de quatre
compagnies d'abord, elle en eut jusqu'à douze, dont six contribuèrent à la belle défense de Copenhague en 1658. L'année suivante, plusieurs compagnies prirent part à la bataille de Nyborg et aidèrent à reconquérir la Fionie, puis passèrent en Holslein pour prendre part à la campagne de Schack contre Brème.
En février 1661, le régiment comptait huit compagnies, et, en 1669, tout le corps est réuni à Copenhague. Viennent les grandes guerres contre la Suède, deux compagnies aident à prendre Wismar en 1675. A la bataille deLund, le régiment perd plus de la moitié de son effectif; à Landskrona, deux cent quarante-deux hommes ; à l'assaut de Christianstad, soixante-six; à Malmo, trois cent vingt-huit. Aussi reçoit-il en 1676-1677 des renforts des autres corps. En 1676, une compagnie du régiment prend part à la prise de Gotland; en 1678, le 2" bataillon est
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décimé à la bataille de Nj'-Fœrgerskanse. En 4684, le régiment porte le nom de « Livgarde til Fods ». Un bataillon au service de l'Angleterre prend part, en 1698, aux guerres de Louis XIV en Irlande, puis fait huit campagnes en Flandre. A Steinkerque, les pertes de la garde s'élèvent à deux cent onze tués et cent quatre-vingt-treize blessés. Un autre bataillon, à la solde de la Hollande, fait treize campagnes en Flandre, de 1701 à 1714, pendant la guerre de la succession d'Espagne. Les deux bataillons restés en Danemark prennent part à la guerre Scandinave. A la bataille d'Helsingborg, la garde ne recule qu'après avoir laissé sur le champ de bataille quatre cent soixante-trois morts ou blessés, dont vingt et un officiers. A Gadebusch, quatre officiers supérieurs sont blessés ou tués. En 1715, la garde fait la campagne de Poméranie. En 1763, elle est réduite à un Imtaillon ; licenciée le 21 décembre 1771, elle est reconsti-
tuée le 20 janvier 1772. Elle prend part aux défenses de Copenhague de 1801 et 1807. Pendant la guerre de 1848-1851 , la garde donne le 5 juin 1848 à Dybbôl, à Ullerup le 6 avril 1849 et surtout en 1850 à Isted, où sa conduite héroïque est restée légendaire dans tout le Danemark. En 1864, la garde concourt à la défense de Dybbol. Les deux derniers colonels honoraires de la garde ont été le roi de Suède Charles XV, depuis 1860, et l'empereur de Russie Alexandre III, dès 1879.
La présentation du drapeau une fois terminée, l'exercice est repris et les rangs sont rompus à dix heures et demie. Les corvées s'effectuent alors ; le soldat danois fait la sieste, passe à la cantine prendre un plat chaud, puis, de quatre à sept, l'exercice recommence. Cette division de la journée fut la même pendant les premières semaines.
Je fis la connaissance d'un personnage célèbre au bataillon, de « Soixante-sept »
l'école des recrues de la garde 'ôS
d'après son numéro matricule, un grand chien moitié griffon, moitié caniche, mort aujourd'hui. Il était très intelhgent, avait sa place marquée à l'école de bataillon el ne la quittait jamais, prenant part à toutes les évolutions. Moyennant quelques dons en nature, il daigna m'honorer de son amitié.
Le mercredi, je vois le prince Chira, lieutenant dans l'armée siamoise, revêtu du coquet uniforme de sous-lieutenant d'artillerie danoise.
La chambrée, ce jour-là, sentait très fort l'eau de Cologne ; une enquête permit de découvrir la cause de ce parfum inaccoutumé. Le baron X, ou plutôt la recrue n° 23, couchait à côté de 22 dont l'odeur incommodait son organe nasal; le 23 imagina de répandre un flacon d'eau de Cologne sur les pieds de son voisin. Cette histoire fit la joie de la garde.
L'événement de la journée est la remise aux recrues du fusil Krag-Jôrgensen modèle d889, du poids de quatre kilos un quart sans baïonnette. Le mien porte le matricule L. G. B. 262-17(368. C'est une excellente arme à répétition à verrou, calibre huit millimètres; la hausse va jusqu'à deux mille cent mètres. Le magasin s'ouvre sur le côté à droite de la culasse mobile ; on y introduit successivement cinq cartouches; du reste, un arrêt de répétition permet de tirer coup par coup sans entamer la réserve du magasin. La baïonnette avec sa lame de Solingen ressemble à un couteau. La fabrique d'armes près de Copenhague fournit à l'armée ces fusils, qui ont remplacé le Remington modèle 1867, destiné à rarmementde la réserve. Notre fusil est, d'ailleurs, incommode pour l'exercice. Pendant la pause, je vois que presque tous mes camarades ont les doigts en sang; la hausse débordant du canon a
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des angles aigus qui ont fendu l'ongle du pouce de mon camarade n" 3.
La théorie sur l'armement commence bientôt ; nous sommes réunis par sections ; le sergent nous instruit. Que de noms danois à retenir! Je ne puis oublier cette première théorie et pour cause. Mon voisin n" 1 m'offre une chique. Pour ne pas le froisser, j'accepte. Il mord dans sa longue chique et me la passe. J'en coupe un gros bout avec les dents. Horreur I ma grimace fait le bonheur de ma section. Ne voulant pas peiner mon paysan, je gardai dans la joue pendant une heure cette grosse chique infecte. Les soldats danois, cette année-là, chiquaient presque tous; je m'y suis mis. J'ai connu beaucoup d'officiers qui chiquaient; c'est admis là-bas et, du reste, c'est assez agréable pendant les longues heures, souvent monotones, de l'exercice.
En quittant la caserne, ce jour-là, je rencon-
trai le roi en voiture avec son cocher revêtu de rouge, et son chasseur en vert sur le siège. Conformément au règlement, je m'arrêtai et fis front à la voiture en faisant le salut militaire.
Nous commencions à nous accoutumer au maniement d'armes fort compliqué dans l'armée danoise. Ainsi, on présente les armes en partant de l'arme au bras ou de l'arme au pied. Je fus tancé bien vite par mon sous-caporal pour un faux mouvement occasionné par la vue de notre superbe tambour-major. Aujourd'hui, il a quitté sa canne de major pour celle de suisse d'un palais royal. Il a pris sa retraite après plus de quarante ans de service. Qu'il était beau avec sa grande barbe grise toujours teinte en noir de geai ! Il chiquait et avait un tic, celui de se hausser les épaules pour augmenter sa taille. Il portait des demibottes à triple semelle pour la même raison.
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Tous les souverains de passage depuis Tempereur de Russie jusqu'au roi de Siam, lui avaient donné des croix et des médailles.
Sa c( clique » se composait de gamins les plus petits possible, sachant battre la caisse, sonner du clairon et jouer du fifre. Il marchait en tête de la musique, tenant sa canne comme un cierge, à l'allemande; derrière la musique, venait sa batterie. Son grand ami était le chef de musique qui battait la mesure avec son bonnet à poil; un autre ami était son chien Fritz, qui allait à l'école des tambours. Le tambour-major était chargé de suivre la corvée de la musique ; quand il allait installer celle-ci pour les dîners de gala, il disait qu'il se rendait à la cour où l'on ne manquait jamais de lui octroyer du bon vin. Je découvris plus tard qu'un de ses prédécesseurs nommé Diedrich avait, au siècle dernier, été tambour-major d'un régiment au service de la France.
Le samedi, à sept heures du matin, l'armurier passa l'inspection des armes. C'était un petit vieux ù lunettes, la peau jaune citron, qui examina très longtemps ma culasse mobile et enfin la trouva à son gré. Exercice ensuite par un soleil brûlant.
L'après-midi du samedi est consacré à lastiquage, au lavage et à la toilette de la caserne, sans oublier de battre les matelas. J'apprends alors ce qu'on entend par de « l'huile de bras » et l'art d'astiquer un ceinturon avec le bouchon et la flanelle. Défense absolue de brûler le cuir pour faire rentrer la cire dedans. Il faut ensuite blanchir les ganses du bonnet de police, les bandes du pantalon, elc.
En me rendant chez ma sœur, ce jour-là, il m'arriva une petite aventure. Elle n'est pas à mon honneur; mais elle peint bien le roi Christian IX et montre à quel point il est paternel. Rien ne lui échappe ; il est resté si militaire !
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J'étais dans la cour du palais Jaune, lorsque le roi revint de sa longue promenade à pied avec son chien. Le roi aime à parcourir seul les quartiers de la ville, où il est l'objet du culte et de la vénération de tous ses sujets. Je fais le salut militaire. Le roi me pose quelques questions sur le service; malheureusement, une me fait rire. En riant, j'ouvre la bouche. Le roi a vu mes dents :
— J'espère que vous soignez bien vos dents ?
— Oui, Sire.
— Mais il faut les bien soigner.
— Sire, je ferai observer au roi que je fume beaucoup et que la fumée les rend jaunes.
Ma main commence à se fatiguer de saluer. Je pique un soleil, comme on dit sur le boulevard.
— Vous savez, me dit le roi, que les dents
40 sous LE DANEBIIOG
font partie de la tenue, vous m'entendez; au revoir.
En bon français : « Vous avez les dents peu propres. »
Entendre cela de la bouche d'un monarque, c'est à se suicider. J'en suis tout ahuri. Je rentre et je me brosse les dents avec tous les ingrédients qui me tombent sous la main. Le lendemain, le roi me dit en riant :
— Bravo, vous avez les dents bien blanches, aussi blanches que ce marbre-là.
Il me montre le sein d'un buste de jeune femme dans son salon. Il aimait à faire plaisir, ce bon roi.
Voici la Pentecôte, une bonne aubaine pour les recrues, qui, en dehors des appels, n'ont pas de service le dimanche et le lundi. Après la messe, je mène le prince Chira visiter la caserne de la garde. L'impératrice douairière de Russie, en nous voyant côte à côte, nous a baptisés : « l;i côtelette » ; j'en
l'école des recrues de la garde 41
suis l'os avec un mètre quatre-vingt-quatorze de longueur, tandis que mon ami siamois mesure seulement un mètre cinquantequatre. Dans la journée, je vais rendre visite à un capitaine, un de mes anciens professeurs. Je monte l'escalier et sonne ; une bonne blonde apparaît. — Salut mililaire. — Je remets ma carte, pour le capitaine absent, dans les mains rouges de la bonne ; puis je lui demande de bien vouloir me prêter un Bottin. Elle croit que... et me ferme violemment la porte au nez.
Le lundi de la Pentecôte un de mes camarades avait inscrit sur son journal ces sim- [)les mots ; « Lundi. — Amours ». Je n'ose pas imiter ici son exemple.
A la caserne, notre deuxième semaine commence par deux heures de gymnastique : de six heures et demie à huit heures et demie, et depuis, presque chaque jour, nous en faisons le matin. En Danemark le soldat fait
de la g}^mnastique en pantalon et veste de toile; aux pieds, des sandales qui me rappellent celles des baigneurs. La gymnastique avec tout le paquetage est peu employée. Les assouplissements ne s'exécutent pas comme en France avec le fusil.
Il nous fallait traverser la place d'exercices pour aller dans une immense salle de gymnastique construite au siècle dernier et servant à toute la garnison de Copenhague. On commençait par des assouplissements, des mouvements d'ensemble ; puis venaient les sauts en longueur et en hauteur. On grimpait à la corde lisse, puis arrivait un être odieux pour moi, le cheval de bois sur lequel il fallait voltiger. J'allais oublier les haltères dont on ne se sert plus aujourd'hui.
Les armes étaient représentées par le sabre et l'escrime à la baïonnette. On recevait des gants à crispin montant jusqu'au coude, des masques imprégnés de la sueur de la garni-
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son depuis dix ans, puis une armure ressemblant à celles du musée d'artillerie, qui vous protégeait la poitrine et les cuisses. Ainsi équipés, le sergent nous faisait commencer la leçon. On recevait de vieux fusils transformés pour l'exercice. Il ne restait que la crosse, le canon et une baïonnette avec un gros tampon au bout. C'étaient de longues passes d'escrime à la baïonnette, des assauts terribles. Au sabre, on se fatiguait moins ; mais en revanche on y attrapait des bleus surtout lorsque le fer touchait le coude.
Notre service durait toujours jusqu'à sept heures du soir. Les théories sur l'armement, les ervice intérieur, le paquetage, etc., se multipliaient ; au début, elles étaient faites par les sergents.
Un matin, sur un coup de sifflet de notre capitaine, l'école se forma en bataille. Le prince royal venait visiter les recrues; je me rappelle qu'il inspecta plusieurs escouades,
la mienne, entre autres. Notre sous-caporal nous fit décomposer la marche à trois temps du Grand Frédéric, ce que les Anglais appellent le « goose-step ». Au premier temps on lève le genou assez pour que la cuisse et le bas de la jambe forment un angle droit. Le prince ro} al daigna complimenter notre souscaporal, ravi et très fier. A la pause, tous ses collègues accoururent :
— Qu'est-ce que t'a dit le prince? Il t'a parlé ?
L'instruction progresse. Le numéro 20, le loustic de la compagnie, est puni de la salle de police pour être rentré après la retraite. On nous distribue des capotes avec des courroies spéciales permettant de les porter roulées sur le sac ou bien en bandoulière. On nous dote aussi d'une musette et d'un gros bidon recouvert de cuir jaune. Il se fixe au ceinturon ot vous ballotlo dans le bas dos reins.
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Enfin nous sortons un matin de la caserne — il en sera ainsi chaque jour — pour nous rendre sur le terrain de manœuvre. Je me rappelle bien cette première sortie. Cela me fit un drôle d'effet de marcher dans le rang et d'entendre résonner sur le pavé le pas cadencé des élèves de l'école. Nous portions le fusil au bras gauche presque étendu, la crosse reposant dans le creux de la main.
Arrivés sur le terrain de manœuvre, nous continuions l'école du soldat d'abord, avec du pas gymnastique et des assouplissements; puis chaque escouade apprenait la charge du fusil et le maniement du magasin. Ensuite venait l'exercice par section avec beaucoup d'ordre dispersé. En Danemark, le soldat déployé en tirailleur, quand il s'arrête, se couche presque toujours à plat ventre. Les sous-officiers aimaient à nous faire coucher et relever très vite et nombre de fois, dans la suite nous appelions cet
exercice la danse du ventre. Des vaches paissaient sur le terrain de manœuvres laissant des souvenirs odorants, qui faisaient des taches brunes sur les belles bandes blanches du pantalon ; pour ma part, je détestais alors la gent bovine. Nous étions ensuite confiés à des instructeurs de tir qui nous faisaient viser et tirer à blanc; cette instruction était particulièrement soignée.
Un repos coupait la matinée en deux.
La voiture peinte en blanc de la cantinière se montrait. On tirait de sa musette des sandwiches, puis le bidon était vite vidé. Une bière à la cantine faisait du bien ; ensuite, la pipe était un vrai délice. Tous les matins nous allions ainsi humer l'air; l'après-midi, théories diverses.
Je me rappelle une théorie pour apprendre à rouler les capotes. J'avais étendu la mienne soigneusement; j'allais la plier lorsque je sens quelque chose de dur aux poches; c'était
l'école des recrues de la garde 47
deux œufs que je remis au sergent. Tout le monde de rire et moi le premier. J'ai toujours soupçonné 20, le loustic de la compagnie, de cette inoffensive plaisanterie. Les vraies brimades n'existent pas en Danemark.
A la caserne, on nous fit tirer au tube à très petites distances de dix à vingt mètres. Ces tirs s'exécutaient dans les corridors avec des cartouches spéciales qui faisaient un petit trou dans les cibles de carton. Il fallait ensuite les reboucher en collant des ronds de papier blanc ou noir. Les mauvais tireurs étaient sûrs du peloton de punition qui reposait presque toujours sur des exercices préparatoires de tir; les mauvaises têtes à la théorie étaient tenues à des heures d'étude supplémentaire du gros manuel.
Le mois de juin, le « Borger Vœbning », sorte de garde nationale de Copenhague, envahit la place d'exercices pour y exécuter une courte période d'instruction. Ils nous amu-
saient beaucoup et manœuvraient armés du fusil Remington.
Pour la fête du prince royal qui tombait un dimanche, nous fûmes, le prince Ghira et moi, conviés à une partie de campagne de la cour. Nous prîmes place dans un train spécial pour Fredensborg où le lunch fut servi dans le château royal. On se promena, et le soir un grand dîner réunissait à Copenhague tous les invités.
Quelques jours après, en revenant du champ de manœuvre, nous nous dirigeâmes d'un autre côté. Très intrigué et pressé de rentrer à la caserne, j'appris qu'on nous menait à la baignade. Jolie promenade le long de la mer avec toutes ses villas si coquettes. Nous arrivons. Les deux cent soixante-douze recrues ne peuvent se baigner à la fois. On les divise en groupes. Quelle joie pour presque tous de se plonger dans l'onde amère et de se réunir ensuite pour s'asperger; quel-
l'écolk des «ecrues de la garde 49
ques-uns se cramponnent à l'escalier, ont peur de l'eau et prélexlent des maux imaginaires jusque-là inconnus. Ceux qui sont restés sur la berge écoutent la théorie des sergents sur le fusil modèle 1889, en attendant leur tour. Le plus ennuyeux est de se dévêtir et de se rhabiller en un clin d'œil. Le lieutenant est pressé et pour cause.
Aux nombreuses théories s'ajoute celle sur le service en campagne, et nous nous rendons au terrain varié qui fait partie du champ de manœuvres.
Nous allons deux fois par semaine à l'île d'Amager exécuter des tirs à la cible. C'est là que sont les champs de lir pour l'infanterie et pour l'artillerie qui y a ses quai tiers. On y passe tout l'après-midi. Avant le départ de l'école, une corvée quitte la caserne emportant des caisses en bois, peintes en rouge à raies bleues, et contenant des carlouches. En temps de paix on ne confie des
cartouches à chaque soldat que pendant les tirs de guerre ; autrement les cartouchières ne contiennent que des cartouches pour l'exercice et ce qu'il faut pour l'astiquage de l'arme. L'école part ; on gagne le dépôt des cibles ; autre corvée de porter les cibles, le disque à long manche qui indique les coups, le pot de colle, la tente-abri, etc. On arrive aux cibles que des élévations de terrain séparent les unes des autres. La compagnie est divisée en escouades. La première s'avance ; on passe la revue des armes. Le lieutenant surveille tout, envoie des hommes pour marquer les coups ; un autre presse le bouton électrique pour prévenir la corvée de la cible à chaque coup. Puis on exécute des tirs à toutes les dislances depuis cent mètres jusqu'à six cents mètres, debout, à genoux, couché. Après chaque coup, la cible glisse sur ses gonds et est tirée décote, un homme colle un rond de papier sur le trou ; la cible
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reparaît, l'homme pointant avec le disque l'endroit où le coup a porté. Un autre disque s'élève au haut d'un long poteau et marque par ses diverses positions la valeur des coups. Fait-il deux tours, la halle n'a pas atteint la cible et le lieutenant gronde. Le tir terminé, il faut nettoyer le canon du fusil avec une longue corde et de l'étoupe enduite d'huile. On est deux, l'un tient le bout du canon, l'autre la crosse, chacun un bout de la corde, et l'on nettoie ainsi le canon par le va-et-vient de la corde. Pendant qu'on tire, les camarades sont exercés à viser dans toutes les positions. L'instructeur leur fait la théorie. Le tir fini, il faut rentrer les cibles souvent fort lourdes. Les sous-caporaux ont inscrit les coups aux livrets individuels ; on établit le compte des cartouches et on reprend le chemin de la caserne en traversant la ville.
Le colonel inspecta pendant trois jours
sous LE DANEBUOG
l'école des recrues. Pendant l'inspection, je dus exécuter seul et devant le front de ma section tous les mouvements du maniement d'armes. Les officiers suivaient l'inspection. Le lendemain, à la théorie, le colonel choisit lui-njème les hommes qu'il voulait faire examiner et toujours les moins intelligents. La présentation en gymnastique me fut beaucoup moins agréable, surtout la voltige sur mon ennemi, le cheval de bois. Les inspections terminées, le colonel annonça qu'il allait nous récompenser. Me voici ravi, pensant déjà à un après-midi de liberté et me préparant à l'employer fort agréablement. Le colonel annonça alors gravement que la plus belle récompense pour nous était l'honneur de porter sur nos pattes d'épaulettes les chiffres du roi Christian LX. Depuis nous les portâmes toujours après avoir été les chercher au magasin d'habillement.
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Ces inspections terminaient la première classe de l'école des recrues ; avec la seconde allait commencer l'école de compagnie. Les deu.v cent soixante-douze recrues étaient réparties en deux groupes devant représenter chacun une compagnie. Mon lieutenant commandait la nôtre ; il était beau garçon avec de belles moustaches noires, très belle tenue. Que de patience il avait avec moi ; le mot Flojmand était souvent prononcé.
Le règlement de manœuvres de l'infanterie danoise a beaucoup d'analogie avec le règlement allemand. Le sac semblait au début très gênant, car en Danemark on le porte plus bas qu'en France.
Nous allons bientôt en rase campagne exécuter notre premier service en campagne.
Il faut s'éloigner assez de Copenhague pour trouver un terrain qui s'y prête et où les pîiysans n'ont pas entouré leurs champs de gi'illages. Ce jour-là, nous apprîmes le ser-
vice de sûreté en marche, avec les éclaireurs des deux côtés de la route, trottant dans les labourés pour aller reconnaître les fermes des alentours; les servantes nous jetaient souvent des fruits ; je mis en fuite ce jourlà un pauvre renard et cinq cigognes ; cellesci sont fort en honneur dans le pays.
La semaine suivante fut très chargée.
Notre sac commençait, lui aussi, à se remplir et à faire le gros dos. A la caserne, le lieutenant continue ses théories sur le service en campagne. Nous sommes assis sur l'herbe, en rond autour de lui à la place d'exercices; de la pointe de son sabre il esquisse sur la terre tout le canevas du service des avantpostes. Que d'instructions à retenir pour chaque poste!
Nous commençons la théorie sur le service de garde ; je trouve cela fort ennuyeux ; heureusement le service en campagne est là pour distraire.
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Nous nous dirigeons vers le \illage d'Herlev, où une grand'garde est établie. L'ennemi avec ses patrouilles nous attaque. Le lieutenant m'a placé en vedette ; je suis tellement excité par la vue de l'ennemi que je décharge sur une patrouille les cinq cartouches de mon magasin. Je suis vertement tancé de mon impétuosité; et moi qui étais si fier d'avoir fait fuir une patrouille!
A l'île d'Amager le tir sur des cibles à figures avec des soldats debout, à genoux et couchés m'amuse beaucoup.
Copenhague est alors en fête ; on fait bombance partout; c'est que le prince royal célèbre ses noces d'argent; j'y prends part, je m'assieds à la table royale en uniforme de simple soldat, ce qui ne s'était jamais vu encore. Je restai sanglé dans mon ceinturon pendant tout le repas qui dura deux heures; j'aurais bien aimé pouvoir l'enlever.
Le lendemain, à cinq heures du matin, nous parlons pour le lir à la cible. Les fêtes des noces d'argent avaient un peu ébranlé nos forces. Mon tour de tirer vient. Résultat : deux balles hors de la cible. Le lieutenant me dit :
— Le prince royal a célébré ses noces d'argent, mais vous, Flôjmand, vous avez fait la noce, et bien.
J'étais un peu honteux et je m'appliquai à mieux tirer.
Nous eûmes ensuite deux marches militaires de trente et quarante kilomètres chacune. On met le fusil au bras en traversant la ville, puis hors des faubourgs on fait une halte de cinq minutes. On allonge la bretelle du fusil et on le place devant le corps, la culasse mobile reposant entre les deux cartouchières. Les longues pipes sortent des musettes et s'allument. L;i garde ne chante pas en marche, c ontrairement au