L ÉCOLE DES RECRUES DE LA GARDE
habitudes prises par les autres corps. Toutes les marches se font toujours au pas cadencé; au pas de route seulement à travers champs. On arrive au but et là se fait la halle ; la vue de la voiture de la cantinière réjouit le creur. L'école couverte de poussière se dirige alors vers la caserne. Quelle odeur dans les escaliers après la marche ! Le soldat enlè\ e ses demi-bottes ; les sections descendent dans la cour se laver les pieds dans des seaux; c'est un service commandé.
Nous fûmes conviés à un exercice nouveau : creuser des tranchées dans le terrain varié près du champ de manœuvre. La compagnie a de petites pelles enfermées avec la baïonnette dans un étui de cuir. Un jour le premier rang les porte, le lendemain c'est le tour du second. On n'est pas habitué à creuser la terre, à la jeter pour faire un épaulement, à dégratter des moites de terre
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avec de l'herbe pour raffermir les épaulements. On revient avec des ampoules au creux de la main. On creuse des tranchées pour tireurs à genoux et debout. On saisit les fusils et on essaie le travail exécuté. Mon voisin, n"!, moyennant un bock que je lui promets à la cantine, me donne un bon coup de main, lorsque le sergent a le dos tourné. On travaille ferme à l'école pour tout répéter; car la semaine suivante l'école sera de nouveau présentée au colonel avant d'être dissoute.
Au terrain de manœuvre, l'école s'est formée un beau matin sur deux rangs. Le capitaine vérifie soigneusement l'alignement; puis un : « Garde à vous! présentez armes! > retentit. Tète à droite, et le colonel arrive au petit galop sur son cheval. Il parcourt les rangs, s'assure de l'alignement. La présentation commence. On fait de son mieux, il faut exhiber tout son savoir ; on sue, on trotte,
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on se multiplie. Après plusieurs heures le colonel se déclare satisfait ; on lui présente les armes et on fait la pause.
Le lendemain, autre présentation en service en campagne ; le colonel interroge luimême les hommes et leur pose des questions souvent difficiles. Le jeudi, à la gymnastique, les deux cent soixante -douze recrues exécutent à la fois des mouvements d'ensemble. Ce doit être très beau; mais, la tête immobile à mon rang, je ne vois rien. Le colonel assiste ensuite à des assauts d'armes — sabre et baïonnette. — Chaque homme défile devant lui en faisant le salut militaire. En Danemark, le simple soldat salue même les sous-caporaux : les marques extérieures de respect sont tenues très serrées. Dans la garde, une vieille tradition veut que les simples soldats se doivent le salut entre eux.
Le vendredi 17 août, l'école des recrues
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est dissoute après quinze semaines de peines et de labeurs; nous sommes tous, ainsi que le personnel de l'école, versés à nos compagnies respectives.
Me voici à la première compagnie : * Livkompagni », l'ancienne compagnie colonelle de la garde. Je reste à ma place de Flojmand. Noire capitaine est très aimé des anciens soldats ; par leurs tuyaux, je sais tout de suite à quoi m'en tenir sur les cadres de la compagnie. Ma section, la première, est commandée par le fils aîné du prince royal, le futur roi. Il a près de deux mètres et est un des princes les plus populaires de Danemark. Pendant tout le temps que j'ai eu l'honneur de servir sous ses ordres, comme simple sol-
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dat el comme officier, il ne m'a pas ménagé ses bons conseils; il m'a souvent repris pour mon bien ; je l'en remercie.
La troisième classe de l'instruction des recrues allait commencer. Le service était un peu changé. On arrivait à l'école de bataillon sur le terrain de manœuvre ; le désagrément était pour la musique et pour la clique, obligées de reprendre au pas gymnastique leur place, qui changeait toujours avec les évolutions. J'aimais assez l'école de bataillon, car, pendant la halle, la musique se faisait entendre; elle nous ramenait à la caserne. Comme j'étais heureux quand c'était le tour de la première compagnie de marcher en tôte, de défiler aux accents de la marche de Sambre-et-Meuse ! En entrant dans la caserne le chef de musique entonnait son air fîivori le « Toréador » de Carmen.
L'instruction sur le service en cimipagne était poussée avec vigueur. Tout le bataillon
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y participait; je trouvais cela 1res amusant et intéressant, quoique dans le rang on comprenne moins bien ce qui se passe.
I^a grande préoccupation de nos officiers était alors l'instruction théorique et pratique sur le service de place. La garde fournit des détachements pour le service des palais royaux, tant à Copenhague qu'aux résidences d'été. A Copenhague, il y a chaque jour parade, à midi, sur la place d'Amalienborg, avec musique et marche du drapeau. On comprend que cette instruction soit longue et laborieuse ; il y a tant de postes à chaque résidence avec des consignes si diverses ! Nous portions le bonnet à poil. Il fallait apprendre à relever les postes doubles ou simples, à rendre pour les deux sentinelles les honneurs en même temps, etc.
J'allais oublier une innovation que je goûtais fort peu, le « Ilurtigpakning » ou « paquetage rapide ». L'adjudant était chargé
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de cette théorie sur le paquetage. Il imaginait les tenues les plus compliquées; nous devions les revêtir en quelques minutes et redescendre dans la cour nous présenter à lui. On courait à la chambrée, quitte à s'écraser dans l'escalier ; on enfilait pantalon, bottes; on faisait les deux plis réglementaires au pantalon par-dessus les bottes et on revotait tout le fourniment.
Un jour, l'adjudant avait eu l'idée diabolique de nous prescrire la tunique et la capote avec tout le paquetage dessus, mais en enlevant de toutes les pattes d'épaulettes les insignes du roi. Or, ces insignes sont tenus par des cordonnets qui passent à travers des anneaux; que de mal pour enlever le tout en quelques secondes I Dans la cour, l'adjudant souriait dans sa barbe blanche, caressant avec amour sa croix du Danebrog, bien gagnée du reste. Les sous-officiers s'amusaient beaucoup de notre ahurissement.
Cet exercice serait certainement très profitable à bien des gens peu débrouillards.
Devant bientôt exécuter des tirs de guerre au camp de Frederiksvaerk , nous fûmes presque chaque jour confiés pendant plusieurs heures au capitaine qui devait y conduire toutes les recrues. Sous sa direction, nous nous préparâmes en terrain varié; nous allâmes même un jour à l'île d'Amager exécuter des tirs par section entière sur des cibles à figures qui disparaissaient après le tir. Ces exercices m'intéressaient beaucoup par leur variété et me donnaient un avantgoût du séjour au camp. Le l""^ septembre, le colonel distribua, dans la cour de la caserne, des insignes de tir aux meilleurs tireurs. C'étaient des plaques en métal blanc avec insignes qui se portaient sur le bras et cousus sur la tunique. Hélas! je ne fus pas du nombre des élus; je restai môme fort en arrière pour le tir, à ma grande honte.
Le lendemain, dès l'aube, les recrues furent de nouveau formées en deux compagnies, la musique et la batterie à droite. Nous quittâmes Copenhague pour le camp, avec le sac bien garni. A.près avoir traversé les faubourgs, à la première halte, la musique nous quitta et rentra en ville assurer le service de la cour. La batterie resla heureusement. Notre première étape fut longue. Au milieu de la journée, nous fîmes une pause pour le déjeuner. Nous devions coucher à Farum chez l'habilant. A l'entrée du village, le lieutenant et les fourriers chargés du cantonnement nous attendaient avec des billets de logement. Nous fûmes répartis en petits groupes par cantonnements.
— Hojre Flojmand ! me crie mon lieutenant.
— Présent.
— Dites-moi, Flojmand, me dit mon officier qui est à la blague, je voulais seule-
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ment vous dire que la fille du fermier chez qui vous logez est très jolie, mais fiancée. J'avais bien envie de rire. Notre escouade fit une belle entrée dans la cour de la ferme; notre sous-caporal retroussa ses moustaches et nous présenta au fermier comme si c'était son supérieur. li faut toujours impressionner les pékins. Le fermier nous reçut; jamais je n'oublierai cet accueil cordial. Sa première question au sous-caporal fut :
— Où est votre Français?
Je me présentai ; il nous mena à nos logements. Une jeune fille rougissante voulut s'emparer de mon fusil et mit ses doigts chauds sur le canon. Je le lui enlevai bien vite. Je ne pus résister à lui demander si elle était fiancée :
— Oui, me répondit-elle; mais mon fiancé n'est pas là !
Comme il est donc bon de se rafraîchir après une longue marche! Nous dînâmes, un
vrai dîner à la danoise, qui dura près de deux heures avec obligation de manger sans trêve. Le fermier avait près de lui un dictionnaire français et me demandait toutes les cinq minutes :
— Comment appelez- vous cela en français?
Nous fîmes des frais de notre mieux.
Il y avait plusieurs vieilles dames; je ne savais qui était la maîtresse de maison. Mon sous-caporal me dit :
— Flôjmand, je crois que vous feriez plaisir à la maîtresse de maison en allant lui chercher un bouquet.
Je pars dans le village et reviens avec un bouquet que je présente à Tune des vieilles dames avec un compliment. Je m'étais trompé ; c'était une amie en visite et non la maîtresse de maison. J'avais fait une gaffe et cherchais à la réparer au milieu du fou rire des petits camarades. La soirée me
parut longue, étant donné qu'il fallait après une dure étape, entretenir des étrangers Enfin les braves fifres et tambours passèrent sous nos fenêtres, sonnant la retraite et cela nous permit de quitter nos hôtes pour aller dormir du sommeil du juste.
Le lendemain, dès l'aube, nous étions sur pied; nous prîmes un excellent petit déjeuner. En allant chercher mon fourniment, je trouvai ma musette bien lourde ; en l'ouvrant, j'y vis un immense paquet de sandwiches noué avec un ruban rose; ce n'est certainement pas une des vieilles dames qui l'y avait mis.
Nous rejoignons bientôt les camarades.
La colonne se met en marche ; encore une bonne étape et nous arrivons au pied d'une colline; on monte, il fait très chaud; on entre sous bois. Une petite pause; nous approchons. Les tambours bandent leurs caisses, nous raccourcissons nos bretelles de
fusil et nous gagnons le camp après avoir traversé un ravissant bois de sapins au son des fifres et des tambours. ^
La colonne se déroule comme un long serpent bleu et blanc. Le camp est perché sur une hauteur au milieu des bois. Le commandant du camp et la commission du tir reçoivent nos officiers. Nous sommes répartis dans les deux longues rangées de tentes entre lesquelles se dressent les râteliers pour les armes. Devant chaque tente, un seau numéroté peint en rouge. Au camp, l'État nourrit les soldats et nous goûtons à une excellente soupe. La journée se passe à astiquer.
liC lendemain, le soleil vint éclairer mes vingt ans. L'adjudant me remet des lettres. Il y a de mauvaises nouvelles d'Angleterre ; le comte de Paris, mon oncle, est au plus mal: aussi mon anniversaire est-il assombri par un vrai chagrin. Nous partons , ce
jour-là, exécuter des tirs par section ; nous arrivons à deux kilomètres de la mer dans des landes de bruyère. On nous remet des cartouches. La commission de tir est à cheval; des soldats d'infanterie nous suivent, portant de grands sacs de toile et des bâtons pointus pour ramasser les cartouches vides. Notre lieutenant reçoit un imprimé. La section se couvre en marchant. Tout à coup une chaîne de tirailleurs apparaît figurée par une longue cible mobile. Vite déployés en tirailleurs, nous ouvrons le feu avec la hausse. La cible disparaît; on reprend la marche pour tirer sur des fantassins, des cavaliers, voire même une batterie d'artillerie. Bientôt on aperçoit un village habilement construit. Au pas de charge, dans des sables brûlants, le prince Christian anime ses hommes et donne l'exemple en faisant de grandes enjambées dans les bruyères. Il ne se ménage jamais. Nous nous arrêtons
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une dernière fois pour saluer de notre feu des tirailleurs, et le village est enlevé d'assaut à la baïonnette. Sur le bord de la plage, nous tirons sur des cibles représentant des barques. Cela m'amuse beaucoup. L'exercice est fini. La critique suit ; entre autres choses j'entends : «Le Flôjmand de droite charge trop lentement son arme ; les distances sont bien évaluées » . Nous rentrons au camp astiquer les fusils, que les sous-officiers examinent avec attention. La retraite sonne faux le soir.
La journée du lendemain est consacrée au tir par compagnie ; mais, suivant le règlement, au-dessous de huit cents mètres, chaque lieutenant règle le tir de sa section. Cette journée m'amuse beaucoup moins ; il n'y a pas de charge à la baïonnette, au bruit de hourras frénétiques, ce que j'adore.
Le 6 septembre, nous quittons le camp pour faire place à un bataillon de ligne qui
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arrive. On fait une étape assez courte jusqu'à un village d'où le chemin de fer nous transporte à Copenhague. Nous traversons les rues les plus fréquentées de la capitale, au son de la musique, suivis par les badauds. A la caserne, on rompt les rangs.
Un télégramme navrant m'attend : le chef de ma famille vient de rendre sur la terre étrangère sa noble âme à Dieu. L'horreur de cette nouvelle m'accable; mes pensées se reportent sur ceux qui restent. Je souffre d'être si loin d'eux.
Un congé m'est accordé sur-le-champ. Je pars pour l'Angleterre embrasser ma tante, mes cousins et retrouver mes parents. J'eus le bonheur d'arriver à temps pour rendre les derniers devoirs au chef vénéré de notre maison. Mon congé était court. Je repassai par Londres. Mon père m'avait donné rendez-vous un matin à Trafalgar Square où se recrutent les soldats. Des sous-officiers en
grande tenue vont et viennent, une badine à la main. Un sergent des grenadiers de la garde s'approche de moi et me salue. Il me demande si je veux m'engager, me peignant sous les couleurs les plus riantes la vie militaire en Angleterre. Lorsqu'il eut fini son boniment, je lui dis que je regrettais de ne pouvoir m'engager dans son régiment; car je servais dans la garde danoise. En me découvrant pour répondre à son adieu, il put voir sur mon front bronzé la marque oblique du bonnet de police. Il me salua militairement, croyant être en présence d'un officier ; je n'eus garde de le détromper.
A mon retour d'Angleterre, je trouvai mon cher bataillon renforcé, depuis le 12 septembre, par les réservistes. L'école de bataillon recommença pour moi.
Pour la fête du prince Christian, nous exécutâmes un service en campagne, avec les hussards de la garde. Ma compagnie longeait
paisiblement la grande route, lorsqu'une estafette apporta l'ordre d'accélérer. Nous prîmes longtemps le pas gj-mnastique ; puis on se déploya à gauche de la roule, dans des labourés, en tirant. Bientôt l'ennemi apparaît sur une hauteur ; nous nous en approchons par bonds : quelle chaleur dans ces labourés! la voix du lieutenant nous excite :
— C'est une cochonnerie, Flôjmand, me crie-t-il, vous n'avancez pas.
Le clairon vint sonner le « cessez le feu » et le rassemblement. A la cantine, on vida, avant de rentrer, un bock à la santé du prince Christian.
L'inspection générale approchait à grands pas; aussi travaillait-on ferme à répéter les mouvements, les théories. Le capitaine se multipliait et vivait presque à la caserne, où il surveillait les moindres détails. Le grand jour approcha ; l'inspecteur se montra satisfait.
Une fois, à l'appel, l'adjudant nous lut l'ordre de paraître en bonnets à poil le lendemain matin et surtout de soigner l'astiquage ; nous devions revêtir la tenue d'exercice avec bottes et tout le paquetage. Le lendemain, il faisait un vent terrible; heureusement mon bonnet à poil était bien assujetti avec la jugulaire recouverte d'écaillés en métal. Soudain, on vit poindre deux chevaux montés par des hommes en rouge; c'étaient les laquais du prince royal qui venait inspecter la garde. Il est inspecteur général de l'armée. On nous fit exécuter nos plus beaux mouvements. Le prince royal s'intéressa naturellement à la section commandée par son fils. Les soldats étaient bien heureux et fiers de sa visite. Nous eûmes ensuite de l'ordre dispersé, ce qui manque de charme en bonnet à poil, quand on n'y est pas habitué.
Pendant deux jours, la garde, au com-
mencement d'octobre, manœuvra avec la garnison de Copenhague, aux environs de la capitale. Je me suis franchement amusé ces deux jours. Le premier, notre compagnie prit d'assaut une ferme occupée par des fantassins du 13'' bataillon. J'étais très excité par le roulement de la charge, par la voix du canon qui grondait. Je me mets à viser un ennemi à bandeau de toile blanche au képi ; il me crie :
— Bougre de c..., veux-tu bien ne pas tirer sur moi ; je ne suis pas un Prussien.
Pendant la halte, nous vîmes les attachés militaires. Le Français, charmant, vint saluer le prince Christian. Tous les hommes se levèrent spontanément, bien qu'on fût pendant une pause, pour saluer l'uniforme français. Je vois encore l'officier, sur son cheval bai, avec son pantalon rouge à bandes d'argent, complimentant le prince Christian sur sa section. Il y avait, sous la tunique danoise,
un cœur français qui battait bien fort à cet instant.
Le lendemain, il y eut encore une manœuvre. La garde resta longtemps en tirailleurs dans un champ de betteraves ; puis nous nous formâmes en colonne sur la route. Une batterie d'artillerie passa près de nous. Le prince Chira amusa tout le monde en disant h un servant qui avait fait une faute :
— Si vous étiez au Siam, je vous ferais décapiter.
Le prince royal, suivi de la princesse et de ses filles, en voiture, nous passa en revue dans une grande plaine ; toute la garnison y était. Nous défilâmes devant lui ; inutile d'ajouter que la garde eut le pompon pour la correction de la marche.
Le 8 octobre, les réservistes furent renvoyés dans leurs foyers. On tira au sort par compagnie, pour savoir qui resterait encore un an au service ; soit quarante hommes par
compagnie, et les élèves sous-caporaux. Ceux qui tirent un bon numéro ont la permission de le vendre. J'ai vu payer mille couronnes (environ mille quatre cents francs) un numéro pour ne pas rester un an de plus dans la garde. I^s libérés ne sont appelés qu'à deux périodes d'instruction de vingtcinq jours chacune.
J'avais arboré ce jour-là, comme plusieurs de mes camarades, les pattes d'épaulettes rouges, à galons d'argent, d'élève officier. On procéda à la liquidation de la compagnie. Le capitaine nous fit ses adieux, nous remerciant du bon temps passé ensemble. Le colonel vint nous demander si nous avions quelque réclamation à faire ; puis un f rompez vos rangs » retentit. Je quittai avec regret ma chère première compagnie comme élève officier. Je devais y renlrer, en 1890, avec l'épaulette de sous-lieutenant.