LA MER
Les champs où le blé croît avec trop de lenteur, Les bois dont chaque pousse est d'avance marquée, Comme dans les jardins le sont les moindres fleurs, Pour qu'Avril, et l'Eté, et l'Automne efflanquée. Et que l'Hiver lui-même en extraient leurs plaisirs, Ni les monts exaltant leurs crêtes formidables Dans le farouche azur et l'éternel loisir D'un ciel où tremble et règne une étoile impalpable, Non, — et non plus 1" aurore et ni le jour non plus ! — Je ne veux rien garder des trésors de la terre, Les déserts ni le roc de mon enfance élus. Ni ce rameau lourd d'un calamiteux mystère...
Mais rendez-moi ces mille mains veinées de vert, Mains sans sceptre, royales mains de pleurs remplies, Folles mains, mains broyées ! ... Ah ! rendez-moi la mer ! Nos semblables destins, que l'Amour les raUie Dans le commun berceau de leurs anxiétés ! Puissions-nous, confondant d'impatientes plaintes, L'un en l'autre noyer nos cœurs désappointés De tout ce qui n'est pas les fureurs de l'étreinte !