‹ Sous le vocable du chêneChapitre 28 sur 57 · LE DESESPOIR · texte numérisé non relu

LE DESESPOIR

Quand la stérilité, le silence et l'ennui,

De mon âme exprimant jusqu'à l'extrême cendre,

La peignent d'une noire et sardonique nuit

Où nul tremblant rayon ne saurait plus descendre,

Devant l'œuvre avortée je ne lamente pas. J'ouvre ma porte au vent qui siffle ; je remplace Le bruit de ma pensée par celui de mes pas Et mon sensible cœur par l'insensible espace.

Je cours, je flotte, j'erre a travers la forêt, Compagnon de l'étoile aventureuse et pâle Qui, du moins, voit la mer et s'y mêle en secret, Comme mon sombre esprit fait avec la rafale.

Les branches ont des cris, les arbres des sanglots. Comme d'une géante et puissante estacade, Qu'en nombre assaille et sape un implacable flot Et qui tord en grinçant une échine maussade !

D'un horizon à l'autre en vain précipités, Le ciel n'est pas voilé des furieux nuages Dont n'ose le plus mat aux ténèbres ôter L'éclat triste et foncé de leur mâle visage.

Mais moi, fui de tout but et mort d'acharnement, Avec mon cœur au fond, comme au fond d'une fronde Un charbon arraché d'un enfer de tourments, Dites, quelle est ma perte ? Où est ma fin du monde ?

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