‹ Sous le vocable du chêneChapitre 31 sur 57 · HOLOCAUSTE · texte numérisé non relu

HOLOCAUSTE

J'ai le goût du mépris, Tamour de l'anathème Et j'offre volontiers aux coups mon cœur d'enfant ; Je souhaite qu'on me haïsse; il me plaît même D'être la vive et tendre cible des méchants !

Ils ont raison : je souffre, ils frappent; c'est leur rôle. Comme le mien est de jouir de mes bourreaux Et, tendant à leurs fouets Tune puis l'autre épaule, De chérir mon orgueil et ma chair en lambeaux.

Car je possède un art, un cordial, un baume Qui leur fait désirer qu'on les meurtrisse encor, Qu'on les supplicie mieux et que leur mal ne chôme Que sur le sol il ne les ait laissés pour morts.

Car il n'est aucun bien ici-bas qui me vaille L'insensibilité de leur écrasement :

Tant d'angoisses, puis tant de paix, tant de batailles, Puis la défaite avec son doux sourire aux dents.

Mais pourtant j'ai ce trouble au milieu de ma joie, Cette appréhension, cette morsure au dos, Cet éclair qui m'illumine et qui me foudroie : Si tu doutais de moi dans le fond du tombeau I

Si de moi tu doutais, ô ma grande martyre, Ma bien-aimée dormante et ma tragique sœur, Ne deviendrais-je pas dans un éclat de rire Fou, mais fou d'un amer et monstrueux bonheur?

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