‹ Sous le vocable du chêneChapitre 4 sur 57 · L'INFIDELE · texte numérisé non relu

L'INFIDELE

Pareil à ces génies qui vivent sous l'écorce Des arbres, sous le tain des fontaines, dans l'air, J'eusse voulu mêler les primitives forces De la sève au tissu fatigué de ma chair.

J'eusse aimé que mes bras fussent des branches vertes Et ma poitrine un bosquet de magnolias, Tandis que mes cheveux, que mes jambes, inertes. N'eussent formé qu'un fleuve à l'ombre de mes bras.

Quand je rêve, à jamais étendu sur la terre, Devant un ciel hurlant de vide et de clarté. Il me semble qu'un poids énorme et séculaire D'un coup s'ajoute à moi sans me faire plier.

J'oublie que je n'ai plus la jeunesse des feuilles, Que l'âge humain décroît, si l'âge végétal A chaque coup du temps, à chaque fleur qu'on cueille. Accroît d'un bourgeon neuf son germe initiai.

Mes désirs font avec la matière inouïe De mes sens, de ma chair et du sol confondus Un amalgame heureux de force et de folie Qu'une âme habite encor et ne reconnaît plus.

Et je sens qu'un repos si complet va descendre Jusqu'au fond de mon être enfin régénéré Que je puis écouter ma misérable cendre Humaine, qui gémit avant de s'effacer.

(( Hélas, dit-elle, ingrat, cette puissante ivresse. Ce charme impérieux qui t'exalte et t'abat, Ces torrents de plaisir, ton calme, leur vitesse, La moitié de ta vie ne les partage pas ! »

0 pouvoir généreux d'une telle parole ! Je tressaille, je tremble, un frisson me saisit ; Je romps autour de moi la glèbe qui m'accoUe ; Je chancelle comme un vieillard au saut du lit.

L'herbe peut m'enlacer de toutes parts, la mousse- Environner mon pied d'un réseau verdoyant, L'air pâmer sur ma joue, je me dresse, je pousse Un cri où l'Homme entier bondit en frémissant !

L'Amour triomphe, hélas ! et tout cède à ses armes ! De stables voluptés, la douceur de fleurir, Ma disparition pour moi n'ont plus de charmes. Je renais à l'ancien désespoir de mourir.

Je reprends à la fois ma vigueur éphémère. Mon nom, ma conscience, et, mal délicieux, Sa propre vision s'ajoute à ma misère^ — Tel, à sa nudité, l'éclat d'un trait de feu !

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