‹ Sous le vocable du chêneChapitre 40 sur 57 · ROI OLAF · texte numérisé non relu

ROI OLAF

0 toi qui, m'ayant fait ensemble à ton image

Et à celle du jour Mis ta main dans mes traits, afin que mon visage

Sût exprimer l'amour,

Afin que la plus belle et la plus malheureuse — En pleurs de s'y mirer.

Parce que. ..cette source... est-elle point trompeuse?- Rie de s'y admirer,

Toi qui m'as soutenu, quand de ma jeune pompe La douceur m'accablait,

Toi qui permets enfin que l'abîme interrompe Cette route où j'allais,

Tu me vois dans mes os plus grêles et plus frêles

Que les os des oiseaux, Tu me vois jusqu'au fond de ma lâche prunelle,

De mon faible cerveau,

Ta me vois, plus courbé qu'une houe, quand je marche.

Les bras émiettés, Les jambes ruinées, et que j'ai la démarche

D'un homme humilié,

Quand le long des bassins, des cours, des esplanades.

Sous les riches lambris, Je me lamente et j'erre, ainsi qu'un chien malade

Parmi d'impurs débris,

Tu me vois, aujourd'hui, tu m'entends : ni plus sage

Qu'hier et ni meilleur.

Toi qui m'as retiré jusqu'au pain du courage

Et jusqu'au sel des pleurs !

Pourtant tous ces jardins que j'étais, ces terrasses.

Ces tours, ces belvéders, Ces parfums inouïs, ces cris qui criaient : « Grâce ! »

Aux caresses de l'air.

Ma jeunesse éperdue de l'orgueil d'être aimée, Mon cœur neuf et dansant.

Mon corps lascif et brusque, et mes chairs animées D'un sang insouciant,

Mes lèvres si tendues que leur pourpre craquante Semblait là pour blesser,

Mes narines, naseaux, et ma joue frémissante, Mon œil jamais baissé,

Tout cela, tout cela, c'était un témoignage Aussi resplendissant

De ta force, et c'était un aussi rare ouvrage Que mon écrasement...

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