PÉNOMBRE
C'est mon pays, âpre pays, Avec son horizon qui pense, Les pleurs de ses sources jaillis, Comme mes larmes, en silence.
C'est mon fantastique coteau.
Son feu qui fume, sa misère, Et par les trous de son manteau Son triste cœur mêlé de terre.
Blottie contre son flanc léger Comme une agnelle qui s'accroche, Bêlante, aux basques du berger, C'est ma vallée avec sa cloche.
Là sont au chêne réunis La bruyère basse et flétrie, Le rocher laid, morne et soumis Et les brouillards de ma patrie.
Là, comme un ancien trésor, Luit le soleil de l'infortune.
Là se consument l'huile d'or Et l'âme même de la lune.
Là le souffle faible et rêveur Du nostalgique paysage.
Tant il étrangle de ferveur, Semble le bruit d'un coquillage.
Et là gît le tombeau sacré !
Là sont mes morts et là, moi-même.
Il me faudra, contre mon gré M'enfoncer sous leur lichen blême !
Vacances, combien de fois M'avez-vous surpris sur ma pierre, Me berçant d'avance à mi-voix.
Le front tourné vers la lumière
Et seul peut-être à m'émouvoir Des formes dont le crépuscule, Loin d'amuser mon désespoir, L'augmente ensemble et le stimule,
Fantômes se cherchant la main, Spectres se baisant sur la bouche, Esprits dans mes moindres chemins Expirés par ce sol farouche.
Pourtant qui s'y viendrait asseoir, Humble, au mois d'août, et pour entendre S'exhaler plus pur dans le soir Le sanglot d'une chair trop tendre,
Verrait-il d'un œil sans chaleur A travers ces ternes campagnes Passer l'Amour et la Douleur, Mon compagnon et ma compagne ?