L'ÉCLUSIER
gnirent ainsi un des monticules qui bosselaient la lande, et d'où l'œil pouvait l'embrasser, pendant le le jour, dans sa grande étendue. Les ondulations du plateau et les oasis d'arbustes étaient indiquées çà et là par des ombres plus accusées. La jeune fille fit observer qu'ils se trouvaient au centre des endroits habituellement visités par le vieux maître d'école.
— Â la bonne heure ! ditHoarne; mais la nuit se passerait à visiter toutes les reposées^ encore risquerait-on d'en oublier. Si Perr a été retenu quelque part sur la lande, il doit être à portée des voix d'appel.
— Jésus ! mon père, voulez-vous donc crier dans la nuit ? demanda Nicole saisie. .
— Pourquoi non ? répliqua Hoarne ; as-tu peur que je ne réveille les korigans (1) , ou que je ne fasse lever de leurs fosses les morts qui attendent des prières ? Par mon baptême ! j'ai appelé bien des fois au clair de la lune sans avoir troublé les mauvais esprits ni les damnés, et, quand même il y aurait danger, c*est à cette heure le seul moyen de sortir d'angoisse. Si le cousin peut encore entendre, il faudra bien qu'il réponde.
(1) Nains qui, d*après 1 Btradition, habitent les lieux solitaires.
222 sous LES FILBTS.
A ces mots# il s'avança Jusqu'au bord de la butte, donna à ses mains réunies la forme d'un porte- voix, et Qt retentir le cri d'avertissement connu du vieux maître d'école. Les syllabes sonores semblèrent remplir l'immense espace et allèrent se perdre au loin eu mourant. Il y avait dans cet appel, jeté tout-à-coup au milieu de la nuit et du grand silence de la lande, quelque chose de si solennel et de si triste, que la jèùne fille àé rappî'dctïa dé son père èii frissonnant. Celui ci avait penché là iéte m vent, comme s'il eût attendu une réponse ; mais tout demeura iniiet : son oreille ne put saisir que iè léger frémissement de la brùyète agitée pdt le vètit nocturftè.
Il poussa un second cri, puis un troisième plus prolongé : céi(e fois tin aboiement lui fépotidlt vers la droite.
— Avez-vous entendu, Cola&? dèmânda-t-iï en se retournant.
— Sainte Vierge ! vous avez éveillé le chien de la lande brûlée l répondit la jeune fille à voix basse.
Hoarne regarda dans la direction d'où venaient les aboiements.
— Au fait, reprit-il en se parlant à lui-mômc, la
t'fiCLUSlBE* 233
maison des Guivarch est là-bas, vers la fente du versant, et quelque chose me dit dans le cœur que c'est là seulement qu'on peut avoir des nouvelles du cousin.
•^ Hélas l J'en ai peiir# lâurmura Niccde*
t'échisier t>arut ufi moment indécis ; maiâ, frdfi^àtii eiïfm la tètre de scto Mtori t — Pour fors, c'est de cfe côté tiotre cheïidll, rèprit-il d'un toiï téÉbiii i cHâctMr g6 doit À ceux àe àori^sldg^. Ëteigndi la lantérfie^ Ùh lah, et ne faites pas plus de hhni qtié le Hêtre àâ gîte ; nous àHofns à ta tundê hr&l^éi sotis? fa gafdè én la Trinité.
La jéuiie fille ùè fit aucune' objéctîoÉi. Cri danger humalii et coiihu ne l'épouvantait pas, surtout lorsqu'il s'agissait de porter secours à soii .vieux iùaîlré ; aussi marcha-t-elte sans hésitation derrière Hoarne. F^our plus dé sûreté, celui-ci avait quitté le sentier battu et cherchait sa route à travers les toufifes de genêts et d'ajoncs qui pouvaient le cacher àù besoin. A mesure qu'il approchait de la lande brûlée^ les aboiefhènts du chîeri, qui avaient d'abord Continué, àTétaicnt transformés en hurlements plaintifs. Nicole frissonnfàt et prit le bras de son père; — Seigneur ! entendezvous comme il crie la mort? ditrelle d'une voix trem-
blante; pour sûr, ceci annonce quelque malheur!
— M'est avis plutôt que ceci annonce l'absence des maîtres, répliqua i'éclusier, vu que, s'ils étaient au logis, l'animal dormirait tranquille... Mais écoutez comme il entre en mâle-rage î... Que je perde mon lot de paradis, s'il n'y a pas dans la maison quelque chose qui le tourmente... Voilà que nous approchons... Ck)lah, sur votre vie, retenez votre peur, quoi qu'il arrive; nous ne sommes pas ici chez nous, et après Dieu, c'est notre courage qui doit nous servir.
Ils arrivaient au revers de Tanfractuosité dans laquelle se dressait la butte des Guivarch. La porte en était soigneusement fermée, et les hurlements du chien s'y faisaient seuls entendre. Us descendirent avec précaution en profitant de l'ombre que projetait un coin du coteau ; mais au moment même où ils atteignirent la lande brûlée^ une sorte de cri inarticulé sortit de la cabane. Tous deux s'arrêtèrent en tressaillant.
— Avez-vous entendu ? demanda Nicole qui reculait.
— Oui, dit Hoame ; mais quel est ce cri ?
-— Ce n'est pas la voix d'un chrétien.
l'églusiër. 226
— Ni celle d'aucune créature connue.
^ Ecoutez !
Ce cri, si Ton pouvait donner ce nom à une espèce de râle convulsif, venait de retentir de nouveau plus fort, plus douloureux, mais aussi impossible à reconnaître. La jeune fille saisit le bras de son père.
— Au nom du Sauveur ! n'approchez pas, balbutiat-elle au comble de répouvante ] retournons, retournons ; il ne faut pas défier le grand ennemi.
Mais Hoarne se raidit contre la frayeur qui lui avait fait courir un frisson dans les cheveux.
— Dieu me damne ! je ne serai pas venu jusqu'ici pour ne rien savoir, dit-il.
A ces mots il se dégagea des mains de Nicole et courut précipitamment à la cabane des Guivarch.
La jeune flUe le vit s'approcher de la fenêtre et regarder à l'intérieur. Dans ce moment, les aboiements du chien recommencèrent plus furieux, puis l'inexplicable gémissement se fit entendre de nouveau. L'éclusier poussa une exclamation.
-r- C'est lui ! c'est le cousin ! s'écria-t-il ; ici, Co-
226 sous LES FILVT9.
lah ; vite, vite ! Par le vrai Dieu ! nous arrivons à temps.
Il s'était élancé vers la claie qui servait de porte et âont 11 eut cpielque pe^ne à détaire les lieus. Au moment où ette M ouverte^ te chien s'élançtf les poils hé^ risses et la bcmdie éeumante ; mais le bâton de Fêclusier f atteignit si rudement^ qu'il alla roulet à quelques pas avec un hurlement de douleur et ne se releva que pour prendre la fuite.
Le père et la fille se précipitèrent alors .dana la hutte, où ils aperçurent le petit bossu garrotté et bâillonné, il avait entendu dans le silence de la nuit les cris d'appel de l'éclusier, et venait de faire, pour briser seë liéni,* dêâ éffortsr qxà Tavâiént épmé. Il demeura quelques instants sans parole, â moitié évanoui entre les bras de son cousin. Enfin, (piand il fut assez revenu à lui pour s'expliquer, il raconta en phrases interrompues et entrecoupées d'exclamations d'effroi ce qui s'étàiC piassé depuis fe matin. A la: nouveHë du projet formé par lc;s( Gûivarch Montré recluse, Hoarnè se releva vivement.
— Pour lors ils y sont à cette heure, s'écria-t-il ; ils y sont, et moi je n'y- suis pas ! Ah ! mort de ma vie l
t'ÉGLUSIBR. 227
relevez-vou9, vieux Perr ; ai vos jambes sont trop faibles, marches sur votre courage \ il faut retourner à l'écluse aussi vite que nos pieds pourront nous cour duire.
— A l'écluse ! répéta Baliboulik ; saint Jean, sainte Anne et saint Gildas ! vous n'avez donc pas compris t Les démons y sont allés avec la hache et le fusil.
— Eh bien I moi, j'y arriverai avec le bon droit et la protection de Ûieu, répliqua l'éclusier, qui avait relevé son bâton ; si vous ne pouvez venir, cousin, restez ici avec Colab.
— Moi! moi! bégaya le bossu e^^ré, plutôt vous suivre sur les mains et sur les genoux ! Hoarne, songez qu'ils ont juré nia mort, et qu'au retour ils doivent me jeter dànà lé cànàl pour m'émpécher dé parler. Par la croix de celui qui nous a sauvés, hè ih'abandonnez pas, eôQsin! touMi-rhèare je marcherai Meii; Mais la mort avait pris mes jambes en attendant le re^é. Golah, donnez-moi votre bras, ma ûUe« Dieu vous récompensera d'avoir eu pitié.
La jeune paysanne n'avait pas besoin de cette espérance pour venir au secours du vieux maître d'école 5 ^lle «'empressa de lui of&ir le bras, et tous deux s'ef-
228 sous LBS FILETS.
forcèrent de rejoindre Hoarne, qui, sans les attendre, avait repris presque en courant la route de Fécluse.
Bientôt dégourdi par la marche, Baliboulik put renoncer à raide de sa conductrice et atteindre Gravelot qui avait regagné la grande bruyère. Leurs regards étaient dirigés vers Técluse, qu'on apercevait au loin comme une tache plus noire dans l'obscurité» mais sans* rien distinguer de ce qui pouvait s'y passer. Toutà-coup Nicole, qui depuis un instant semblait prêter roreille, s'arrêta court.
— Qu'y a-i-il ? demandèrent en même temps le bossu et Hoarne.
Elle «leur imposa silence de la main et pencha la tête : tous deux écoutèrent ^ des coups lointains, mais réguliers, retentissaient du côté du canal.
— On dirait des bûcherons travaillant de la cognée, fit observer le maitre d'école.
— Ce sont les Guivarch qui coupent l'écluse, s'écria Hoarne; ah! malheur sur moi! j'arriverai trop
tard!
II se mita couru*; mais, à mesure qu'il approchait, les coups retentissaient plus forts et plus pressés. Oq
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n'en pouvait plus douter. Us venaient bien de l'écluse, et la maison seule, que l'on commençait à distinguer dans l'ombre, empêchait d'apercevoir les démolisseurs. Le regard de Gravelot cherchait à tourner l'obstacle, lorsqu'un jet lumineux raya brusquement la nuit et lui montra son logis en flammes*
Trois cris partirent à la fois: l'éclusier et ses compagnons s'étaient arrêtés. L'incendie, qu'on attisait sans doute depuis quelque temps, venait d'éclater avec une violence et un ensemble qui ne permettaient point de l'attribuer au hasard. Des cris de triomphe qu'on entendit retentir prouvèrent d'ailleurs qne les incendiaires étaient là et jouissaient de leur ouvrage. Ces cris arrachèrent Hoarne à sa stupeur: il reprit sa course vers l'écluse, suivi de Nicole et du bossu, qui s'efforçaient en vain de l'appeler.
Au moment où il atteignit le chemin de halage, le toit tout entier formait une gerbe de feu qui illuminait le canal, la cascade et l'écluse. Les portes de celle-ci, complètement brisées, laissaient un libre passage aux eaux, qui la traversaient avec de lugubres bouillonne ments. Sur l'esplanade qui la séparait de la maison enflammée, se tenait Konan la fusil sous l'aisselle, Guy-
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d'hu la hache à la main, et Laouik oecupé à lancer dans le canal les derniers débris.
A cette vue, le bossu et Nicole a'arrétôrefit eonum foudroyés; mais Hoarne s'élaùça e& atânt Déebiré pat Jes ajoncs qu'à venait de traverser» la tête liiie, pelé de désespoir et de colère, il tomba pour ainsi dire an milieu de l'espace qu'éclairait l'incendie, et sembla Complétée eëtié écéiiè téttÈiè.
Au cri qu'il jeta» Guivarch s'était retourné; il tressaillit en ie reconnaissant et recula de deux pas.
— Malheur t dit-il, l'homme de recluse n'était pas chez lui.
— Seéiérai! r^Iiqua IStmaté ttt éroyàîa donc tt'avoir brôlé avec jnon loftef
Il avait fait iiU môtivétnétit vers Ronan; celui-ci sou* leva son fusil.
— N'approche pas^ dîe-il d'un aceem farofiâie.
^ Bas cette arîtiè, vàgabotiâ ! er!à réèlusiér.
Guivarch ne répondit rien, mais la batterie cria sous ses doigts. Nicole, qui venait d'arriver, courut à son père et voulut fentrainer en arrière; Aoarne exaspéré
résista.
l'eclusibr. 231
— Non, s'écria-t-il en se débattant, il ne sera pas dit qu'un gueux de la montagne aura impunément brûlé mon toit et saccagé Técluse remise à ma garde ; j'ai déjà dépensé trop de patience avec cette portée de
loups, il faut que j'en finisse.
•<- Viens donc« si tu Toses^ répondtl Guitarcb en ôtant son chlipeau de paHle à larges bords et le jetant entre lui et Téclusier ; voilà 4^ |e i'àbarnei itié seti^ lement un pas de trop, et tout sera dit!
A cette forme antique de défit conservée dans nos montagnes, et qui, comme le gant jeté du moyen-âge, semble mettre en demeure le courage de celui auquel oh ^adresse, Hoarne se retourna, et échappant aux mains de la jeune fille, se précipita sur Kohan f e i)âton tévé i mais au moment même où son pied heurta le chapeau, un éclair brilla suivi ^'une détonation. Il s'arrêta court, étendit les bras et se laissa tomber avec un gémissement. Le coup dé fusif l'avait atteint au côté. Nicole éperdue s'élança vers lui.
— Ah! Jésus! vous êtes blessé! s'écria-t-elle.
— Tué! bégaya l'éclusier, qui portait instinctivement la main à son flanc troué.
lia jeune paysanne voulut le soulever dans ses bras ;
mais Guivarch, rendu fou par la vue du sang, leva sur lui la crosse de son fusil en criant: A mort! et se mit à frapper avec une rage égarée. Nicole tendit vainement les mains pour détourner les coups ^ vingt fois atteint, son père roula ;s;ans mouvement à ses pieds, et le meurtrier ne s'arrêta qu'au moment où Guy-d'hu lui saisit les coudes en criant : — Vite ! vite ! à la lande, ou nous sommes perdus !
— Qu'y a t il? demanda Konan, qui chancelait comme un homme ivre.
— Là-bas, voyez... les bateliers!
Guivarch regarda vers le canal et aperçut en effet
un bateau qui s'avançait rapidement, tiré par trois mariniers attelés à la cordelle. Ils avaient sans doute aperçu les lueurs de l'incendie, car ils semblaient accourir et n'étaient plus qu'à une demi- portée de fusil de l'écluse. On pouvait déjà distinguer les voix. Nicole crut en reconnaître une. Elle poussa un grand cri en appelant Alann.
— Me voici, Colah I répondit un accent bien connu, et le patron du bateau, sautant sur la berge, accourut vers elle avec le petit bossu, qui venait de le rejoindre.
L'ÉGLUSIER. 233
Ce qui suivit ne fut d'abord qu'un mélange confus de cris, de pleurs et d'explications entrecoupées. Enfin, après l)eaucoup de questions, le promis de Nicole put comprendre ce qui s'était passé. Il avait fait amarrer le bateau à quelques pas de l'écluse, et le mourant y fut porté. Il songea alors à rechercher ce qu'était devenu le meurtrier; mais les Guivarch avaient profité du premier moment de confusion pour s'enfuir, et le maître d'écoje déclara qu'il les avait vus prendre le chemin de la lande brûlée,
— Alors ils sont retournés à leur trou de couleuvres! s'écria Alann. Par le Dieu de justice! il ne sera pas dit que nous les y aurons laissés se reposer tranquillement dans leur crime. Yenez^ mes gars! il faut que les Gilivarch rendent compte à la loi.
— Jésus I voulez-vous me laisser seule ici ? s'écria Nicole à genoux près de son père et occupée à étancher le sang qui coulait de sa blessure; au nom de notre Sauveur, Alann, ne me quittez pas, je vous en prie du milieu du cœur.
— Ceci est une demande raisonnable, patron, fit observer à demi-voix le plus vieux marinier ; il serait trop dur d'abandonner la chère créature quand son père entre dans la grande angoisse.
234 sous LBS FILSTS.
Alann parut embarrassé.
^ Pour lors, objecta-t-il, nous laisserons donc en paix ceux qui ont pris la maisMi ei la tie de Grave* lot?
— Non pas, Alann, rqpril Grïui (pà avait dqè parlé; j'irai avec tes deux autres gars^ et, s'H platl fi Dieii, nous vous ran^nerons les gens de Ifi-bas pour pay» le feu et le saïqr*
— Maisi eomlnent trouve^ez-vous votre route dans la lande?
— Cest moi qui tes conduirai ! s'écria le bossu en se redressant lè visage rouge et les yeux ardents ; je n'ai plus peur d'eux, mon fils; qu'ils me tuent si c'est leur plaisir ; peu m'importe à cette beure qu'ils ont couché là le cousin. Ah! pourquoi n'ai-je pas eu la force et le courage de ie défendre? Ce n'était pourtant pas manque d'amitié!... Mais que peut Talouette contre l'épervier? Hélas! pardonne-moi, Hoarne, cher homme de Dieu; je vais mener ceux-ci à la lande, et ils te vengeront!
Le maître d'école embrassa le blessé toij^ours imme» bile, fit le signe de la croix, et s'élança, hora de luty vers la bruyère, suivi par les trois mariniers. Alanoi
L'BGLUSIBa. 235
resté seul avec Nicole, l'aida à arrêter le sang de Té-* ciusier. Bien qu'ils sentissent la gravité de sa l)les^ sure, aucun d'eux ne songea à un médecin. Us avaient toujours vécu trop éloignés des villes pour s'accoutumer à ce recours contre la souffrance et la mori; *, dans leur iiâîvé ignorance, flâ né connaissaient d'autre re^ mède que te patiMice et d'atftré médecin qne Dieu.
Assise à ierre, près de là couche de paille sur la^ quelle agonisait son përe, la jeune fille priait avec fer^ véui* et le recommandait successivement aux saints les plus puissants; mais le râle du mourant devenait à chaque ihstàiit plus rauqùe, et Texaliation de Nicole
ëf of ssalt â Êftësurë. Ëtilk elle s^è tedte^ââ ^ $es ge« fioux. JcAgnit les! iaadirïâ avec iihe eliKlôsltm de lartnesr, et âTad^ésSàùt fl sàiiite Aniiô: — GMhde giiérissetisè, s*écrîa-t-élle, èauvei tiion {ïérè, et f iM en pélerîttago jtts^tf à vWré maiâoil d^Aurày a^èc tout l'argent ramassé pour mon mariage; je ferai sept fois, hu-pîedâr, lé tour de vôtre ebapelle^ et j'acbètera) pour votre autel le plus grand cierge béBil 4u'dn pctirra me veiK dre.
Alahn secoua làiéié*
— Moi aussi je donnerais une bonne part de mon
336 sous LES VILBTS.
sang et 4e mes épargnes pour vous voir un tel contentement, dit-il; mais «lalgré la puissance de la sainte d'Auray, — il se découvrit respectueusement, — j'ai peur que le mal ne soit encore plus fort qu'elle.
Et comnae les larmes de la jeune fille redoublaient:
— Je vous dis ça en bonne intention, Colah, ajoutat-ii doucement, et afin que vous teniez votre cœur prêt à recevoir le coup. J'ai vu plus souvent que vous des gens qui perdaient leur sang jusqu'à mourir, .et quand ils avaient l'apparence de celui que le malhenr a couché là, c'était miracle s'ils se relevaient jamais.
^ Alors tout est donc fini pour lui? répliqua Nicole en sanglotant, et dire que c'est le jour de votre arri* vée, Alann, quand il allait se réjouir d'avoir un fils! Le bonheur qu'il avait préparé pour moi, le cher chrétien, il n'y aura pas goûté, et il ne saura pas ce que vous auriez eu pour lui d'amitié.
— Eh bien! s'il ne l'apprend pas dans ce monde, il rapprendra dans l'autre, répliqua le batelier ému ; car, s'il doit nous quitter, je jure par la croix de ne rien épargner pour faire honneur à son corps et pour racheter son âme. Ne craignez rien, Colah; quand il faudrait vendre ma barque; celui qui vous a donné la vie pour
l/ÉCLUSIER. 237
mon bonheur sera conduit au cimetière avec autant de prières et de respect qu'un gentilhomme de Cornouaille.
La jeune fille poussa un cri de reconnaissance, prit la main d'Alann et la baisa. Nourrie dans les idées de nos campagnes bretonnes qui font des soins donnés
aux trépassés la gloire et la consolation des survivants, elle ne pouvait recevoir de celui qu'elle aimait une
plus douce assurance. Tous ces détails funèbres que notre sensibilité nerveuse a coutume d'écarter comme cruels, elle s'y arrêta avec la simplicité ingénue d'une douleur qui ne cherche ni à se faire illusion ni à se ménager : elle semblait y trouver la joie d'un dernier devoir à remplir envers son père, une marque de pieux souvenir et de dévouement poursuivi au-delà de la mort. Celle-ci était, en effet, imminente, et, malgré son inexpérience, Nicole ne put bientôt conserver aucun doute. Agenouillée près du lit, le chapelet à la main, elle se mit à répéter avec des sanglots la prière des agonisants. Le râle du blessé devenait à chaque instant plus faible ; Alann, debout au chevet, tenait les yeux fixés sur ses traits décomposés par l'agonie et semblait attendre. Tout-à-coup il se pencha, mit la
main devant la bouche de l'éclusier, puis sur sa poitrine»
et, se découvrant lentement, il dit très-^as : — Qm Dieu le reçoive dans sa gloire l
l4 jeiwe SUfi taessttUil*
— Mon père 1 bégaya-t-eîle.
r- JJI^ii^giaiff.,. a est wpc te m^ite^ ppj^h, r«i# jfe jeui)e mapoier, qiii lui gri^ te a^a» e| iH^f» p'itvcrof pjijs qp'à parler iqpi'il lui f^ç \m ))4P aeeueil.
Bien que le coup fût attendu, Nicole poussa on grand cri ^ se laissa aller sur le mort, qu'elle entoura de ses deux bras. Elle demeura ainsi quelque temps, baieant ses cheveux, rappelant des noms les plus tendres:
enfin, quand son désespoir se ftit épuisé par son excès même, le batelier la força de se relever.
r-: Venez, d|Hl ayep ]|inp|lQUC€i f^utQ{*ité ^ p'e^ u^d^ de pleurs pour le iQomen^; P,âtiyF^ préat()re, et il n'esf pas juste que IjB corps de yotr^ fMrej r^§fe pto§ Iflpgtcmps sans honneurs.
— Qfle ^mk^'VmxB, AlanoS ideman& la jeune Me ^apceiai^e i^ qm^ 1^ larmes avei^laient
— Savoir si îe feu vous a laissé un linceuil, un crucifix et l'eau bénite à laquelle a droit un chrétien, ré«
L'ÈGLUSIER. 239
pîîqua-t-a ; reprenez courage, Colah, et venez à la maison de féeluse ; il fout rendre à votre père ce qui im ent éd.
Nicole ne fit aucune objection. Avec cette simplicité soumise^ qui est le plus frappant caractère des paysannes bretonnes, elle essuya ses yeux, fit le signe de la croix, et suivit Alann hors du bateau.
Le vent de nuit venait de tomber subitement après avoir amoncelé dans le ciel des nuages qui commençaient à se résoudre en une pluie lourde et pressée. Llncendie que les Guivarch avaient allumé sous la toiture de la maison de Técluse, contrarié dès le premier instant par les tuiles dont elle était recouverte, n'avait pu gagner davantage. Le feu s'était concentré dans les charpentes, qui brûlaient avec lenteur, en laissant échapper de loin en loin quelques jets de flammes intermittentes que cette ondée inattendue ne tarda pas à étouffer. Au moment où le jeune batelier et Nicole débarquèrent, le toit embrasé semblait près de s'éteindre , les chevrons noircissaient en sifflant, et aux lueurs rougeâtres succédaient les tourbillons d'une épaisse fbmée. Alann remarqua, en arrivant près ilu seuil, que l'intérieur du logis avait peu souffert. Les
flammèches tombées du toit avaient seulement atteint la plupart des meubles, qui finissaient de brûler. U s^empressa d'entrer avec la jeune fille pour arracher an feu ce qui pouvait encore être sauvé.
Pendant que ceci se passait à l'écluse, les Guîvarch fuyaient par la route de la lande brûlée^ sur laquelle on devait bientôt les poursuivre ; mais Konan, qui marchait en tête, avait sans doute prévu la possibilité de cette poursuite, car il se jeta brusquement à gauche à travers la bruyère, qui ne laissait aucune trace de leur passage, et gagna le versant opposé. Après beaucoup de détours à travers les inégalités sinueuses de la colline, il atteignit enfin un taillis d'ajoncs qui, au premier coup d'oeil, semblait n'offrir aucune route praticable. Guivarch le côtoya jusqu'à un point connu, et là, écartant avec précaution les branches, il franchit une sorte de lisière très-fourrée, et se trouva dans un sentier étroit qui serpentait au milieu de la brande. II
arriva ainsi à un massif de genêts caché au plus profond du taillis épineux, et qu'aucune recherche n'eût pu faire découvrir. Les branches avaient été entrelacées au sommet de manière à former un toit. Au centre était ménagée une étroite enceinte tapissée de fine bruyère et de mousse blanche.
Avant de s'engager plus loin, Thomme de la lande brûlée fit entendre le cri plaintif du râle de genêt, auquel on répondit par une brève exclamation. Guivarcb s'avança aiissitôt et S3 trouva en face d'une espèce de ïiïi sauvage où il aperçut à la fai][)le clarté de la nnit, la \1eille grand'mère assise avec la pet|^ Soize à ses pieds. Au signal de Guivarch, toutes (i&w^ 9*étpef)l redressées.
— ^§trpe youfti Kona^ ? demanda Faveqgl^.
-rr Na reiMWiaissesHROus {dus mm mf répliqmi (brusquement l'bomiBe de la lande.
-*- Et comment étes-voussi tôt de retour?
-~ Parce que la poudre et le feu travaillent vite.
— Par le ciel ! auriez-vous déjà fait ce que vous vouliez ? s'écria la vieille femme, qui, en se redressant, parut grandir dans l'ombre ; parlez, Nan, et, sur votre têtCj ne me trompez pas. Lécluso 7<
L^ÉGLUSIER. 2i3
— Il n'y a plus d'écluse, interrompit Guy-d'bu qui agitait sa hache.
*- £t il n'y a plus de maison ! ajouta Laouick avec un éclat de rire féroce.
— Noos avons vu te courait emporta la dernière planchfe.
-^EtltUni Aanfbet coiàme m bourfée de traînes.
-^ Mort de tiia vie ! etiit-ee vrai ? s'écria Katelle en frappant ses mains sur ses genoux... plus de maison ni d'écluse!... Et Fhcfmme de Ià*bas vous a laissé faire?
A cette question, Laûiiik él 6uy-d'hu se jetèrent un regard de côté et gàtdèrent le sHenee^
^ Ëfa bien ! pourquoi ne ^épondet^-voif i polè ? ^ re* prit l'aveugle en cherchant dé la main autoitr d'elle; Et rencontrant la tète de la petite fiUe : ^ Seize , ajofuta*t^lIe, tes frères ne sont-ils plus là, qu'ils ne disent rien? Parle> où est Konan?
— Il est devant vous^ qui recharge son tusil^ repli-
qua l'enfant.
La vieille fit un mouvement :
— Tu l'as donc déchargé, Nan ? s'écria-t-elle ; réponds-moi, je le veux, où est l'cclusier ?
•^ Où VOUS irez bientôt ! répliqua brutalement Guivarch.
Mais Faveugle ne prit point garde à la dureté de la réponse ; elle leva les bras âvec un éclat de triomphe féroce : — Est-ce possible ! est ce sûr î s'écria-t-elle» Toi ! toi ! Nan, tu l'aurais mis à terre ? Et il est bien mort ! dis-moi ? mort pour Téternité ? Alors je me dédis de mes paroles d'hier. Oui, oui, Konan^ vous êtes bien un Guivarch.
Et ramenant à elle la têt&de la petite fille : — Astu entendu^ Soizik? ajouta-t-elle ; notre peine est fi* nie; la faim ne tiendra plus la chevillette de notre porte ] nous retrouverons tout ce que nous avions autrefois. A cette heure, nous voilà redevenus les seuls maîtres de la rivière et de la lande.
— A cette heure, s'écria Konan d'une voix rude, il faut que nous quittions pour jamais la lande et la rivière, s'il y en a ici qui tiennent à leur cou !
— Que veux-tu dfa*e? s'écria KateUe.
— Je veux dire, reprit Guivarch d'un air sombre, qtie le promis de Golah est arrivé à l'écluse avec ses gens.
— Quoi ! avec les bateliers ?# .,
L'ÈGLUSIBR. 245
— Et le bateau ! Ils y ont porté le mort... ils y sont tous réunis à cette heure pour notre perte... car ils nous ont reconnus, et il n*y a plus de sûreté ici pour nous.
— Quand on se revenge, il faut en payer le prix.
— Reprenez donc votre bâton d'épine, vieille femme de colère, et tournez le dos pour toujours à la lande, car je suis venu vous avertir que demain les gendarmes y seraient.
L'aveugle voulut faire quelques objections; mais Konan frappa la crosse de son fusil contre le sol avec colère.
-^ Jour du diable ! je n*ai pas le temps de causer, * 8'écria-t-il ; si je suis venu jusqu'ici sans prendre le temps de laver le sang de mes pieds et de mes mains, c'est que ma mère (Dieu la bénisse ! ) a bu votre lait ; mais, quand on a crié à la louve que les chiens allaient venir, on ne répond plus de sa vie. Dieu le père serait là que^je ne m'arrêterais pas un instant de plus pour lui répondre. Ecoutez donc, si vous tenez à votre salut. Nous ne pouvons partir ensemble sans être arrêtés ; il faut se séparer ici. Guy-d'hu prendra par le grand sentier et Laouik par les buttes , tandis que
24& sous LES FILBTS.
Soize vous conduira par la lande. Nou& nous r^rouverons là-bas, derrière le Faouet, dans la taille de chênes, près de la petite maiscm des korigans* — Vous avez entendu ? c'est dit I et à cette heure que chaeuii compte sur lui-même et sur son patron.
Il remit son fusil sous son bras, et, après avoir mon. tré à Guy-d'hu et à Laouik deux directions qu'ils se hâtèrent de prendre, et disparut lui-même dans un des invisibles sentiers de là brande.
La vieille les laissa partir sans feire aucun mouvement et sans prononcer aucune parole pour les retenir ; elle demeura quelque temps immôkté à la même place, semblant prêter l'oreille au bruit de leurs pas. Le sourire vague qtil entrouvrait seÈ iévréé donnait à sa figuté granitique une expression dé joie terrible el méprisante ; elle murmurait tout bas des motâ inintelligibles. Eti&n elle appela ta petite flllé. .
«*- Me voici, mère, dit ^ïze.
— Sommes-nous seules? demanda la vieille.
— Oui, mère, et on nous a dit de partir.
— Viens donc, mon enterreuse, reprit l'aveugle, et conduis*moi à l'écluse.
L'enfont parut étonnée,
L'iCLUSIER. 247
— lis ont recommandé de prendre par la lande, fitelle observer, ' •
— Non, non, interrompit la vieille femme, par recluse, Soizik; je veux aller par fécluàe... Je n'ai pas peur qu'on m'arrête, moi ; je n'ai mis la main ni à l'incendié iiî où meurtre'; it n'y à pàsie tecliè tot^e Sur mes habits ; le sang de l'hofiimë taèneHà^'a rejailli ^ue dans le eœur» et là il» ne peuvei^ le voir^ Conduismoi, je veux savoir fBs tes yeux s'ils ne se sont paa vantés trop haut et s'ils ont aussi bien tf*availlé qu'ils le disent. En route, petite, et prends par le chemin le plus court.
Elle s'était levée et avait présenté ie bout de son bâton à Tenfant, qui s'en servit pour la diriger à iravers les méandres du taillis d'ajoncs, ^onti^é son habitude, la vieille aveugle pressàîf le pas sans prendre garde àul raiâetfux épiùeiÉic tfiSj de foin en loin, lui effleuraient le visage ou faisaient saigne)* ses jambes tittes. Elle allait devant ei)e dfoité et hardie en murmurant tout bas des exclamations de haine. Sortie èa ftarré, ^le traversa rapidement la b» uyère, atteignit le chemin de halage, puis Técluse.
L'horizon commençait à blanchir; les premières lueurs de l'aube rendaient les objets plus distincts.
L'aveugle, avertie par le bruit de la chute d*eau, demanda à sa conductrice si elle était arrivée.
— Oui, mère, répondit Seize, qui regardait avcQune surprise mêlée de saisissement.
— Et que vois-tu ? reprit la vieille en s'arrétant.
La petite fille parut hésiter.
— Je vois tant de choses, dit-elle... d'abord Fécluse n'a plus de portes... elle laisse passer la rivière, qui tombe en cascade.
— Après? dit Katelle avec impatience.
— Je vois la maison^ continua Seize ; le toit est à
moitié détruit et fume sous la pluie.
^ Est-ce tout t
— Non, s'écria Fenfant effrayée ^ je vois là, tout près, les pierres qui sont rouges. — Ah ! mère, mère, il y a du sang partout !
Elle avait voulu faire reculer l'aveugle -y celle-ci résista.
' — Et il n'y a personne autour de nous ? demandât-elle.
— Personne, mère, à moins que ce ne soit de ce côté, dans le bateau qui est amarré au-dessus de 1'^-
l'églusier. 249
cluse... On voit à travers le plancher de la cabane une clarté.
— C'est ça ! reprit la vieille, ils y ont porté le mort !
— Oui, interrompit Seize, voici les marques rouges qui vont jusqu'à la barque.
— Et ils sont à cette heure autour de lui, continua Katelle en se parlant à elle-même, car Nan a ménagé sa poudre ; il n'a frappé que l'homme de l'écluse ; sa fille et Alann, qui restent, vont crier vengeance. On ne serait tranquille que s'ils se taisaient tous !...
Elle s'arrêta, en murmurant quelques paroles incohérentes comme une personne qui se consulte ; toutà-coup sa tête se redressa, un éclair de résolution terrible fit trembler toutes les rides de son* visage, elle frappa la terre de son bâton, et, posant sa main crispée sur l'épaule de l'enfant : — Seize; reprit-elle précipitamment et très-bas, tu as dit, n'est-ce pas, que recluse était à cette heure une cascade ?
— N'entendez-vous point les eaux ? répliqua la petite fille ; elles tombent aussi fort qu'au grand phare, et les voilà qui emmènent les dernières planches des portes en les brisant comme des pailles.
— Bien, murmura l'aveugle \ alors le bateau pourrait être emporté ?
— Il n'y a rien a craindre, répliqua Tenfant ; les mariniers l'ont amarré à la berge.
— Où cela?
— Au grand poteau.
— Mène-moi : je veux le t6tte&er.
Soizé coiiflttfsit hi tieffiè Umme; qui, af rhrée i la Iiforne, étendit une mtâii é% ûëtitH le éèiifle.
— tu eà sûre Htié (^èit bieiï ceei qui retient te bateau î demàndâ-t-ellc.
— Sûre, inèrè.
— Il n'y a pas d'autre amarre?
— Non.
— Et si eHe était déliée?
-«' D serait emporté dans le tôrr^^st de Péeluse;
L'aveugle laissa tomber &Ai hkwn^ et èés Stnx maitis osseuses saisirent te neetrd (|(f eitè^ se mitëiii à défaire rapidement. L'énfilnt ne pût ^éterii^ tin iégùi
Cîî.
— Paix, malheureuse ! ait la vieille femme dl'une voix inenàçahtë.
r- Que faites-vous, mère ? balbutia la petite.
— J* achève l'ouvrage dé Nan, répondit Kalelle, qui
l'ÉGLUSlBR. 25i
dégageait la corde enroulée aulour de la borne avec un rire silencieux ; les autres n^avaient fait qu'une brèche dans la haie d'épines, moi je l'abats tout entSère i Maintenant la lande va être libre ! — Regarde, regarde, la corde est détachée et glisse dans ma main.
— Seigneur I le bateau s'en va 1 dit Seize, qui f|it un mouvement involontaire pour retenir l'amarre.
rrr 1^}$^^ su]r )4 t^i^ ! ia^vfmtii la vieille tonaie In la rppous^ant;
-Tf 4h I iBàre» il court à l-éduse !
-f- Et eewf. qui sont dans la cabane ne s'aperçoivent de rienf
— Non... Le voilà qui arrive à la chute d'eau!,.. Ah I mère, c'est fini !
I^atel},e poussa un éclat de rire sauvs^e auquel répondirent deux cris ; mais les voix ne partaient point du bateau : c'étaipn); la flUe de l'écliisiiBr et Alann qui sortaieril; de la juaison incendiée. L'aveugle, avertie par la direpHop des voix^ se retourna saisie.
r^ Jésus I s'écria-t-elle ; en voici qui n'étaient point dans la barque I Qui sont-ilS| Seize ? les vois* tu ?
252 sous LBS FILETS.
— Je vois Nicole et le marinier, répondit Fenfant ; tous deux courent à Técluse.
Elle ne put en dire davantage ; un long craquement se fit entendre et fut suivi d'un mugissement sourd : c'était le bateau qui, emporté par la violence du courant, venait de se heurter contre le massif destiné à soutenir les portes, et qui, entr'ouvert par le choc, livrait à Teau ses flancs déchirés. Il demeura un instant
suspendu au sommet de la cascade, puis, brusquement emporté, il alla s'abîmer dans les tourbilloj^s d'écume pour ne laisser reparaître que des débris. Au milieu des bordages rompus et des madriers flottants, une forme humaine se dressa tout-à coup soulevée par les eaux, et montra aux premières lueurs du jour le visage immobile et pâle de Féclusier. Le cadavre passa rapidement comme s'il eût voulu dire un dernier adieu à ce modeste domaine confié à sa garde et qu'il avait défendu jusqu'à la mort, puis il alla s'engloutir dans les eaux grossies. •
Nicole, qui avait tendu le bras vers cette funèbre vision, la suivit une minute en courant le long de l'écluse; quand elle la vit s'abîmer dans les eaux, ses genoux fléchirent, et elle s'affaissa dans les bras*d'Alann.
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' Presque au même instant les bateliers et le petit bo$sa revenaient de la- Lande brûlée, où ils n'avaient rencon* tré personne : ils apprirent le naufrage de la barque avec une stupéfaction désolée; mais le jeune patron coupa court à toutes les questions en chargeant deux de ses compagnons de procéder au sauvetage des bris^ tandis%]u'il prenait le plus vieux mïurinier pour explorer avec lui le canal et chercher le corps de Tédusier. Cette recherche se prolongea pendant plusieurs heu* res. Enfin^ après^ avoir suivi les berges, visité lesatter* rissements et sondé les remous^ le jeune honmie dut revenu* et avouer à Nicole Tinutilité de tous leurs efforts. Ce fut pour la jeune fille un redoublement de douleur; elle avait fait sa consolation de ces derniers devoirs à rendre aux restes de son père^ et en renonçant à sa pieuse espérance^ il lui sembla qu'elle le perdait une seœnde fois.
Enfin^ vers le soir^ il fallut se décider à quitter un lieu où rien ne la retenait plus, pour suivre Âlann chez sa mère. On attela la petite vache maigre Pen-Ru à une charrette sur laquelle furent chargés le peu de meubles qui avaient échappé àrincendie. L'orpheline^ vêtue de ses habits de deuil et la coiffe flottante sur les
épaules^ s'assit au milieu de ces débris d'une aisance
détruite; à côté marchaient Âlann^ qui dirigeait Tatte lage, et Perr Baliboulik, portant son léger bagage, audessus duquel gazouillait le pinson chanteur; derrière venaient les mariniers chargés de rames, de toiles en lambeaux et de cordages brisés. A voir cette troupe silencieuse et sombre suivre lentement les berges désertes aux lueurs d'un soleil qui déclinait et jeter à chaque détour un regard en arrière, on eût dit quelque famille des temps barbares chassée par la guerre, Ti- ' nondation on l'incendie, et fuyant avec ses pénates éplorés pour chercher au loin une nouvelle patrie.
Une année après le meurtre de Téclusier la cour de Vannes jugeait Konan et Guy-d'hu, qui allèrent expier au bagne de Brest leur longue impunité, tandis que Seize et Laouik étaient envoyés à Thospice des orphelins. Quand à la vieille aveugle, elle avait été trouvée Fhiver précédent à l'entrée des Hontagnes-Noires, appuyée au revers d'un fossé, la tête sur son bâton d'épine et dormant de l'éternel sommeil.