‹ Sous les filets: scènes et moeurs des rivesChapitre 3 sur 4 · L'ÉCLUSIER · texte numérisé non relu

L'ÉCLUSIER

les mains cherchaient sur les membres du jeune garçon les marques des coupa reçus. N'avais-je pas dit que la hardieàse des gens àe l'écluse grandirait de jour en jour, qu'après nous avoir arraché le pain d'entre les dents et nous avoir retenus en prison^ ils feraient de nous leur bétail ? Voilà, à cette heure, qu'ils veulent goûter a notre sang et qu'ils commencent par les plus faibles ; bientôt ce sera le tour des autres.

— Taisesj-Yous, vieille mère^ dit Guivarch brusquement \ les femmes n'ont poînt à parler pour te moment, et c'est l'affaire des hommes.

^ Des hommes, répéta l'aveugle en élevant la voix ; où y en a-t-il ? S'il y avait des hommes ici, pensezvous donc que l'enfant eût été flagellé comme le Dieu de Nazareth ? Non, non, pauvre innocent ! ajouta-^t* elle, ^ et elle passa une main sur les cheveux de Laouik ^ -• si ton corps souiîre et saigne, c'est qu^I n'y a plus Ici pour te défei^re qu'un courage sans yeux. Ceux qui voient et qui sont forts tremblent dans leur peau comme le peuplier noir sous le vent.

— Par ma vie, la mère a menti ! s'écrie Guy-d'hu en faisant plier sur sa'jambe un bâton de houx à tète noueuse i Hoarne ne me fait pas plus de peur que les petits oiseaux qui voltigent là-bas sur les buissons.

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— N'aie pas de souci, sjouta Konan, qui avait posé la main sur la i>atterie de son fiisil ; pour cette fois, il faudra qu'il nous rende compte de ce qu'a souffert l'enfant.

Katelle frappa la terre du talon.

— A la bonne heure! s'écria-t-elle ; ferme, mes gars ! montrez enfin que vous avec du sang autour du cœur ! Saves-vous, pauvres gens ? il fout en finir avec l'écluse et les renards qui se sont terrés là dans notre domaine. Si vous êtes vraiment des hommes, tout sera fait cette nuit, et nous resterons maîtres du pays comme par le passé.

Ici elle Alt brusquemmit interrompue par un geste de Laouik, qui lui imposait silence. Uenfont venait de monter sur un tertre auquel il s'était d'abord appuyé, et avait aperçu les gluaux dispersés ilans les buissons du plateau supérieur. Il les montra à son père et à Guy-d'htt. Ce dernier, qui s'était levé, distingua de plus la cage à demi cachée sous la verdure.

— Dieu nous sauve ! il y a là quelqu'un à la pipée ! s'écria-t-il.

— Ce ne peut être que le bossu de l'écluse, continua Guivarch.

— ' il nous aura entendus, acheva la grand'mère.

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Le père et le fils se jetèrent un regard et parurent un moment indécis.

— C'est ce que nous allons savoir, dit enfin Konan ; prenez à droite, Guy-d'hu, tandis que je vais monter par la gauche.

Tous deux prirent les directions indiquées, mais avec la lenteur réfléchie que le paysan breton conserve dans le péril et jusque dans la passion. Us atteignirent l'enceinte choisie par le maître d'école, et disparurent au milieu des buissons. Tous les yeux étaient tournés vers la hauteur ; la vieille aveugle elle-même semblait regarder. Il y eut une assez longue attente. Deux ou trois fois, les Guivarch revinrent et s'éclipsèrent de nouveau : on les entendit s'appeler et se communiquer de loin certaines remarques ; enfin Guyd'hu poussa un cri, et on le vit bientôt reparaître au détour de la colline, traînant le bossu, qui s'efforçait en vain de parler.

Cependant le sdir était v^n mn% que réd^mr iii aa filI^ pu^&eot s'expliquer Tabs^c^ prolongée d^ Pi^ BalibduUiiL. Tqu3 deu^ avaieot regardé à l'entrée é^ principaux 90ùtier9 et a'ayai^t w 7 ^t^ouver aucai»e traea du petit boasu. Juateoi^t aJarmés d'un retard aaua prjéoé|dieata, paîa m yo^^ point s'avon/^ la cause de leyr trouble, ils s'épuiasôj^ tout Imxt en conjectures qui ne servaient qu'à masquer leurs craintes secrètes. La même inquiétude avait reporté leur pensée sur les Guivarch. Eux seuls dans le voisinage, pouvaient être un danger. Cependant un attentat sérieux de leur part contre le vieux maître d'école semblait sans intérêt et sans motif. La haine des gens de la lande br&lée ne pouvait l'atteindre qu'indirectement

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et par contre-coup; c'était, sans aucun doute, le plus in4i(rérent de leurs ennemis. Il était donc peu probable que leur vengeance se fut exercée de préférence sur Fètre inoffensif qui ne leur avait jamais rien enlevé, et dont la disparition ne pouvait rien leur rendre.

Malgré ces raisons que Nicole et son père se donnaient tout bas, aucun d^eux ne réussit ) se rassurer^ et, lorsque la nuit fut close, Hoarne renonça à feindre plus longtemps. Sans doute il était arrivé quelque chose à son cousin ; il ne s^agissait plus désormais de faire des suppositions en l'attendant, mais de le re* chercher et de le secourir, s'il y avait lieu. 1^ jeune fille, non jnoins inquiète, décrara qu'il fallait partir sur-lechamp *, elle alluma une lanterne, tandis que son père s'arpiait d'un bâton de }mi^; pi ^us deux pn^ trëpent dans la lande.

Ils hésitèrent d'abord sur I^ ^direction qu'il falla^ prendre. Nicole avait quelquefois suivi le vieil oiselei|r dç^ns ses excursions, et connaissait la plupart des re* posées où il avait coutume de tendre ses gluaux : m^is elle ignorait cpUe qu'il avai^ pu chpisir ce iour-là. Après s'être consultés auelaues ipslanfs, le père et I4 fille se décidèrent à suivre le soinmet du plateau, dans l'espoir quUls pourraient ainsi voir et être vus de plus

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loin. Bien quMl y eût peu d'étoiles au ciel, la nuit avait une demi-transparence sur laquelle les objets les plus éloignés se détachaient en sombres silhouettes. L'air était en outre si calme^ qu'il laissait arriver les moindres bruits. La rumeur des eaux grossies qui firanchissaient la cascade suivit Hoarne et Nicole à travers la bruyère jusqu'à ce qu'ils eussent atteint le versant opposé. Alors seulement le grand silence de la lande sembla les envelopper. Le tapis de lichens et d'herbes fines sur lequel ils marchaient l'un après l'autre étouffait jusqu'au bruissement de leurs pas ; à peine entendait-on de loin en loin quelques-uns de ces murmures mystérieux qui s'éveillent la nuit dans les campagnes abandonnées, comme la voix d'un monde invisible.

Le père et la fille s'avançaient à grands pas et sans se parler; à leur insu, tous deux éprouvaient l'influence saisissante de la solitude et de l'obscurité. A chaque buisson qui se dressait, à demi blanchi par la lune, vers la droite ou vers la gauche du sentier, Nicole ne pouvait réprimer un tressaillement, et ralentissait involontairement le pas ; mais Hoarne nommait brièvement l'objet de son inquiétude , et, un instant rassurée, elle reprenait sa route en silence. Us attei-

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