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(le toute votre vie? L'homme est de ceux qui forcent l'admiration et n'attachent pas la tendresse, a Le fond de son cœur était froid. Jamais un sentiment ne l'écarta de la ligne que ses calculs lui avaient tracée. Beaucoup l'aimèrent, il aima peu. il n'eut jamais qu'une passion, celle du commandement. » — Les Instructions et Maximes que je me suis données pour me conduire à lu Cour^ ce bréviaire portatif du prêtre ambitieux, nous ouvre une âme toute de glace, de sécheresse et de ruse. Pourquoi donc l'aimez-vous ? Je le sais : tout votre livre le crie. L'historien, le Picard gardien-né de la frontière, a reconnu chez ce Poitevin un sens fraternel de l'histoire nationale, une juste conception de la grandeur française et des moyens nécessaires pour l'affermir. Avec une émotion communicative, vous nous avez montré le jeune Armand du Plessis s'instruisant au spectacle des misères communes, dans ces campagnes ruinées par Tanarcliie de la Ligue, menacées par l'Espagnol, disputées par la foi de Genève à la protection tutélairc du vieux clocher. En son i\me, comme en un clair miroir, vous avez vu l'àme de ce temps, telle qu'elle se formait à la fin de la Ligue chez les
meilleurs Français, telle qu'elle parle dans les admirables Lettres du cardinal d'Ossat ; vous y avez surpris le « réveil vigoureux du sentiment national » qui caractérise pour vous les dernières années du xvi® siècle. Vous signaliez déjà cette révolution d'idées, il y a vingt ans, dans un de vos premiers écrits sur ces matières, et vous la rapportiez à trois causes : « une aspiration générale vers la tranquillité, un mouvement d'honnêteté, un courant de défense nationale. » Ces besoins primordiaux du peuple de France, Armand du Plessis les a sentis, il leur a donné une volonté active; il s'est promis de continuer et de parfaire Fœuvre réparatrice du roi Henri IV. 11 vous est apparu grand, il l'est vraiment, parce qu'il a dégagé la loi fondamentale de notre histoire et qu'il y a rangé sa conduite. La nature elle-même nous a fait cette loi ; elle a situé ce pays à l'extrémité de l'Europe, au point où il reçoit le choc de toutes les races acheminées vers l'ouest, en marche vers la grande mer; elle l'a comblé de biens charmants et enviables, objets de perpétuelle convoitise pour les voisins qui guettent ses divisions. Il ne peut trouver que dans l'unité la sauvegarde de son indépendance. Richelieu
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a tout siiljordonuL' à la préservation de rette iiulé})endance ; aux frontières, il a voulu l'assurer par la reprise des limites naturelles ; à l'intérieur, il en a cherché la plus sure garantie dans l'intégrité de l'esprit français; préférant le certain à lincertain, la tradition aux nouveautés séduisantes, il a comhattu dans la ilochelle et dans Privas les intillralions d'un cspi'it étranger.
X'cst-il pas allé à rextrème dans son implacable besoin d'unité? Quand vous exposerez la suite de ses nivellements, raj)prouverez- \()us d'avoir mis la hache au cœur de ces grands ( hènes incommodes, qui gênaient, qui soutenaient aussi le trône royal? Les émonder, (•"('•tait prudence; mais les abattre tous? Cent cinquante ans vont passer, et faute de ces étais le trône s'écroulera, entre d'inutiles courtisans, petits-fils domestiqués des rudes seigneurs fauchés par les bourreaux du Cardinal. Il eût sans doute frémi, le bûcheron qui faisait ces coupes -ombres, sil avait pu deviner le danger ])rocliain du vide où il élevait son roi ; s'il avait |in \()ir la plus liante tète, restée (rop seule, hop haute, tombant à son lonr sui- la place de la Ih'volntion. Donnero/.-vons lort au poète (jni
fait propliétiser le vieux Nantis «levant l'aïeul de Louis XVI :
Sire ! en des jours mauvais comme ceux où nous sommes, Croyez un vieux, gardez un peu de gentilshommes. Vous en aurez besoin peut-être à votre tour. Hélas! Vous gémirez peut-être quelque jour Que la place de Grève ait été si fêtée.
Et plus tard, quelle déception é])ouvantée pour le politique, s'il eût aperçu cet autre conséquence dernière de son plus cher dessein ! Sur les ruines de la vieille maison d'Autriche, rivale encombrante, mais alourdie, ralentie, empêchée par tant de frottements, un jeune empire surgit, plus alerte, plus mobile, ramassant toute l'Allemagne dans la main d'un autre Richelieu, portant à l'œuvre du nôtre un coup irréparé. Ne me prêtez pas. Monsieur, des reproches ridicules ; votre Cardinal a fait la besogne que lui marquaient les nécessités de son temps, il a pourvu aux périls les plus urgents, frappé les factieux du dedans, les ennemis du dehors. Mais permettez-moi de rappeler l'infirmité de la vue et de l'action humaines, l'aboutissement effrayant et dérisoire des plans les mieux concertés dans cet
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inconnu où l'arme Nidoriciise se rclouriie contre celui qui a trop vaincu.
Vous aimez tant votre héros que vous ne m'accorderez peut-être pas ces réserves. Vous aimez l'homme et son œuvre. Tout eu elle satisfait Tidéal de vos aspirations intimes. Elles éclatent dans vos jugements, dans la complicité de votre pensée avec les entreprises que vous racontez. Ne vous en défendez pas : votre livre est un perpétuel aven. JeU'; par le sort dans un mouvement d'idées qui a démoli toutes les traditions, vous êtes un affamé de tradition. Votre rêve visible est de reconstruire l'antique édilice avec des matériaux nouveaux, de relever sur le même [)lan ses façades d'une noble et forte ordonnance, ses murailles éprouvées contre les assauts du dehors. Vous espérez le rebàtii- sans fondations et sans clef de voûte. L'expérience est audacieuse; nous l'observerons avec un intérêt anxieux. Vous la poursuivrez en (les jours obscurs; ils offriront peutêtre plus dune ressemblance avec ceux (jui firent lobjet de votie hjngue élude. E)éjù, vous avez entendu gronder les passions du temps de la Ligue ; et parmi leurs menaces discordantes, voii> ave/, pu reconnaître le symptôme
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consolateur que vous discerniez en ce tempslà, « un vigoureux réveil du tempérament national ».
Ah ! laissez-moi sortir une minute des compliments académiques! Puisque vous venez, jeune encore, frapper à notre porte, soulîrez qu'il use d'un droit et qu'il s'acquitte d'un devoir celui qui n'est et ne veut être qu un écrivain, qui vous parle au nom d'une réunion d'écrivains, de ces intellectuels dont on a trop médit parce que certains ont mésusé de ce beau titre. Souffrez qu'il se fasse l'écho du vœu commun, et qu'il vous dise simplement, en rompant la glace de cette audience d'apparat : Soyez le guide qui entendra ce réveil du cœur de la France ! Tout passe et change, les formules, les régimes, les mots creux et les vaines clameurs dont on vous assourdit ailleurs. Seul, le cœur de la vraie France ne change pas ; il dure, à peine entamé par les éléments étrangers impuissants à l'adultérer, fidèle aux vieux instincts de la race, à ses croyances, à ses amours ; tel que vous l'avez senti battre dans le passé, tel qu'il soupirait dans la plainte de Jeanne au fond de votre tour de Beaurevoir. La force est là. Quand on aurait l'appui du reste du monde, on n'aurait rien, si
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on ne l'a pas avec soi, ce cœur toujours prêt à oiïrii' le trésor de ses énergies à riiomme de bonne volont('' qui les rassemblera dans sa propre poitrine. Soyez un de ces hommes ! L'honneur en rejaillira sur ceux qui vous ont lait ici crédit d'estime et d'espoir.
Nous leur devez aussi l'achèvement de votre histoire. Elle vous consolera des vicissitudes de l'action publique, dans la bibliothèque coutumière où vous attendent les images et les livres de Richelieu. Vous le retrouverez chez nous, dans la salle où il préside à nos travaux. Vous y retrouverez d'autres grandeurs, olï'usquées jadis par l'éclat de son astre, et qui l'égalent aujourd'hui, parce que leurs créations résistent mieux à l'usure du temps.
Le tout- puissant ministre sort du Palais-Cardinal, entouré de ses gardes, envié, craint, adulé ; sur le parcours du carrosse, dans la foule où tous n'ont d'yeux que pour Monseigneur le (Cardinal-Duc, qui remarque ces petites gens, un chétir avocat à la Table de marbre, Pierre Corneille; un adolescent souffreteux qui va rêvant à la machine d'arithmétique. Biaise Pascal? Le temps passe, travaille pour eux, les relève; il rétablit l'équilibre entre la grandeur
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de chair et la grandeur de l'esprit. ISoiis venons de scruter l'œuvre du ministre : elle est déjà caduque, méconnaissable, quelques-uns de ses effets lointains nous affligent, ils eussent consterné leur artisan. Les œuvres du poète et du penseur sont vivantes, intactes ; elles ne feront jamais de mal, leur rayonnement s'accroît, chaque jour ajoute à ces morts un peu de la vie qu'il relire à l'autre. Tant qu'il y aura des hommes, et qui parleront notre langue, le génie de Pascal les conduira dans l'infini. Entre son nom et celui de Richelieu, je vous laisse décider où se porterait la majorité, si l'on demandait par voie de plébiscite laquelle de ces deux gloires chacun préférerait pour soi-même.
Nous savons ici le prix et l'utilité de l'homme d'action ; mais nous plaçons plus haut encore, avec le consentement général du monde civilisé, les maîtres de notre pensée. Comme la pieuse femme de Béthanie qui écoutait la voix divine, ils ont choisi la meilleure part. Leur illustre exemple soutient nos timides espérances; il nous apprend à mettre toutes les ambitions de notre vie dans la lueur de la petite lampe qu'on allume d'avance, et qui veillera, peut-être, dans la nuit incertaine du tombeau.
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Vous nous comprenez, Monsieur, vous ainir/ aussi ce que nous aimons. Il faut, disait le poète.
Il laiil dans ce bas monde aimer beaucoup de choses.
Un âge vient, hélas! où ce précepte n'est [)liis facile à suivre. On en prend le conlrL'-|)ied, on désaime beaucoup de choses. On range les chimères et les vanités, on quitte sans regret les liùtelleries de hasard, les logements insalubres où Ton avait ern'^ ; mais. \ous le verrez à l'user, on s'attache toujours davantage à la vieille maison de votre ("ardinal, aux souvenirs qu'elle conserve, auN. objets qui occupent ici l'esprit : on s'y attache, parce qu'on y trouve réunis ces biens qui se font de plus en plus rares : une grande force de durée dans riiub'pen(hnice et le (h'-sintéressement.
DISCOURS
I'RONongl; a linauguration du monument
DE