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OÙ nous le conlraifçnîmes ù j)uhlier le volume (les Troplièes. Un an après, rAcadémie l'appelait.
« Pour un petit livre ! » disaient ceux (|iii ne savent pas qu'on peut être très grand avec un seul petit livre. VA les envieux ajoutaient : (( U ne pourra point parler en prose, il ne va proférer que de vains mots ! » Le discours (lu réci|)ien(laire reste mémorable : autant d'idées que de phrases, idées justes et pio- Condes du clairvoyant historien cpii doublait le poète imaginatif. On acclama le merveilleux prosateur, il se rassit, il se tut. Depuis lors, à l'exception d'un autre discours, rien ou presque rien. — Il y avait deux hommes en lui : le gai compagnon, primesautier , exubérant dans le commerce ordinaire de la vie, volcan toujours en éruption de pensées et d'images ; devant son papier, l'écrivain redevenait un fier seigneuiespagnol, avare de ses sentiments et de ses mots, taciturne et stérile en apparence, tourmenté qu'il était par le souci d'une impossible perfection. On le sollicitait d'employer cette richesse impiodncdve : tout au moins dans \v grand chamj) de travail de notre temps, le joiirnalismo. Los instances do l'amitif' lui arra-
chèrent un jour la promesse d'une collaboration aux Débats : il donna trois articles remarquables ; puis il s'esquiva. Nous demandions à ce millionnaire du style la monnaie indispensable aux échanges quotidiens du journalisme : il n'avait sur lui que de Tor.
Comment il le ciselait, avec quelle habileté suprême il y sertissait les pierres précieuses, on Ta dit assez, on l'a presque trop dit, à mon sens : je crains parfois qu'en y insistant on ne veuille borner là son mérite. Ah I ne laissons pas dire ici, devant le mort, à l'heure où il passe cette porte de vérité derrière laquelle s'évanouissent les mensonges littéraires, — ne laissons pas dire que la seule industrie des beaux mots lui conféra son ascendant sur nos cœurs. Si bien décorés qu'ils soient, les vases vides ne nous abreuvent pas : on les entend vite qui sonnent le creux. Tout au fond des coupes de beauté que ce poète nous offrait, une âme bouillonnait : l'âme de l'univers, l'âme des générations qui s'y sont succédé.
Il nous avait révélé sa conception de la poésie, dans son discours à l'Académie : une « idéalisation naturelle ou volontaire des sentiments généraux », une « pudeur profonde »
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des sentiments individuels clic/, le poète, qui est « d'autant plus vraiment et largement humain qu'il est plus impersonnel ». — A part quelques amusettes, quelques jeux d'imagination, toute son œuvre baigne dans une mélancolie hautaine. Sur les paysages, sur les figures qu'il dessine, on retrouve parfois les larmes discrètes de son maître Virgile ; parfois, mais le plus souvent, sa voix répond comme un écho moderne à la voix stoïque de Lucrèce. Le thème habituel du tercet où s'achèvent ses petits poèmes, c'est l'écoulement incessant de toutes choses, la fuite du temps meurtrier à travers les ruines qu'il laisse sur la terre et dans les cœurs. Regardez de près son livre, d'une composition si méditée : l'inspiration générale en est précisée par le choix du sonnet liminaire et du sonnet final, le Temple en ruine, le marbre brisé. Dans la conque marine, il reconnaît sa propre âme, devenue une prison sonore où gémit le refrain de la mer. Avec Michel-Ange, il songe que tout meurt et que le rêve ment. Dans ses épigrammes antiques, l'amour n'apparaît que frissonnant sous Taile noire de la Mort. Dès qu'il chante, cet homme dont la causerie familière était si gaie redevient
sérieux, souvent funèbre ; comme son Espagne, il est sombre de cœur dans lardente lumière. Four le pleurer aujourd'hui, il suffirait de dresser autour de ce cercueil quelques-uns de ses grands vers, longs et lugubres, comme de hauts cyprès. Mieux que toutes nos paroles, avec la rigide beauté des pleureurs de marbre rangés autour des tombeaux gothiques, ils mèneraient le deuil de leur père qui va labourer des champs d'ombre.
Mes yeux se sont fermés à la lumière heureuse. Et maintenant j habite, hélas! et pour jamais, L'inexorable Erèbe et la nuit ténébreuse.
Ces nénies des anciens l'obsédaient ; et tout à l'heure, quand notre maternelle Eglise jettera sur lui la vieille lamentation humaine de ses hymnes, nous croirons entendre encore, parmi les proses latines, d'autres grands vers tristes qui semblent faits, comme ces proses, pour se marier éternellement aux graves sanglots des orgues.
Adieu, ami. Recevez le dernier salut de cette Compagnie que vous aimiez, qui vous aimait; salut respectueux qu'elle adresse aussi à ceux que vous abandonnez, à toute cette
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l'amillo où il seiiiljlo qu'on ne puisse naîlre ni entrer sans être marqué des signes contagieux (lu talent. Allez rejoindre par les ombres myrteux votre grand aïeul Honsard. Allez dormir dans notre terre de France. Klle vous a conquis, elle gardera lidèloment sa glorieuse conquête. Klle donnera un démenti à celui de vos poèmes où vous disiez qu'un vil lierre suffit à disjoindre un trophée. Aussi longtemps qu'il y aura une langue française, et que Ton fera des anthologies avec les chefs-d'œuvre de cette langue, des hommes liront vos sonnets. Votre génie les exaltera, comme il fit de nous, dans les visions de la pure beauté ; il les touchera par la mâle tristesse de sa plainte sourde, berceuse de l'immuable sort que vous leur assignez : désirer, passer, mourir.
HEPONSE AU DiSCOLUS
DE
M. MAUHK^E BARRÉS