‹ Sous les lauriersChapitre 19 sur 24 · I. K \ li .\ U U K I) 1 tj 0 C T 0 1! Il · texte numérisé non relu

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JOSE-MARIA DE IlEREDll

Cher José-Maria ! Déjù ! Éteint à jamais sous ces choses noires, le plus riche rayonnement de vie que j'aie connu! Est-il possible que nous ne lentendions plus, la lyre naturelle? Est-il juste que vous entriez dans votre repos, si je l'ose dire, comme un laiioii du bien commun, qui emporte avec lui les meilleurs lambeaux de notre jeunesse, les nobles ('motions et les joies radieuses dont vous l'aviez embellie? Nuit soudaine sur ces chemins d'autrefois où vous nous conduisiez, toujours ensoleillé, empanaché, séduisant de boiil('', de loyauté, de franchise.

l'ardonnez ces révoltes puériles, rébellion de l'eufaut contre l'inexplicable phénomène (jui lui i)roie le cœur. Oui, la mort vous

a pris comme vous preniez les créatures de vos rêves, elle a fait son épouvantable chef-d'œuvre comme vous faisiez les vôtres : du même geste bref et souverain. Un bruissement d'ailes, un cri tragique, Féclair d'une puissance qui passe : voilà comment vous ravissiez nos âmes, et comment la mort a ravi la vôtre.

J'apporte l'adieu de TAcadémie au glorieux tilleul que j'étais si fier d'y introduire il y a dix ans. Il était notre orgueil et notre gaîté : le tumultueux confrère dont la chaude parole amusait, déridait les plus sévères. L'instant d'après, nous regardions avec un respect songeur notre enfant gâté : en lui nous apparaissait l'homme rare et enviable entre tous, le prédestiné dont on est certain qu'il possédera l'immortalité.

11 nous était venu de loin, par des voies qui déconcertent tous nos pauvres efforts, lorsque nous voulons tracer des règles au génie, à sa formation, à ses divers emplois. Espagnol des îles Caraïbes, il est venu du Nouveau Monde pour maîtriser notre vieille langue. Le pouvoir qu'il prit sur elle lui fut donné par le hasard d'une entrée à l'École des Chartes. Là, il apprit à peser les mots, à connaître le titre.

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le coin et la fleur de ces mrdailles, à en aimer la vertu mystérieuse. Là, il étudia les sources obscures de l'histoire ; et quand lui vint ensuite Téblouissement du visionnaire devant le drame universel des temps, il put le traduire en des miniatures véridiques et colorées comme celles des vieux livres d'heures. Il avait la science exacte avec le sentiment poétique de l'histoire. Lui aussi, il allait faire sa Légende de.f siècles. Si l'autre est pathétique et colossale, semblable aux frises des temples de Pergame où combattent des personnages surhumains, celle de Heredia n'est ni moins belle ni moins nombreuse dans le raccourci de ses figurines tanagréennes; elle modèle avec autant de relief et plus de justesse la vraie physionomie des pays et des peuples. Admirable don de divination chez le poète ! Ses yeux charnels n'avaient jamais vu la Grèce, ni l'Italie; et pourtant, il fut Grec et Latin tour à tour, jusque dans les moelles. Nul n'a mieux dépeint les terres divines, nul ne les a senties comme lui avec l'âme ressuscitée de leurs anciens habitants. Dans les plaines de TAttique ou du Latium. à Rome ou à Syracuse, quand le voyageur cherche l'expression définitive de son ('motion, ce n'est

pas une phrase des auteurs classiques, c'est un vers de Heredia qui vient d'abord sur ses lèvres : ce vers embrasse tout le paysage, reflète toute la clarté du ciel, épuise l'immensité de la mer. La traduction de la Vëridique Histoire de Bernai Diaz fut son début devant un public restreint. Tour de force incomparable : avec un tact judicieux dans la prodigalité des richesses verbales, il écrit une langue contemporaine à la fois de l'original castillan du xvf siècle et des lecteurs français du xix". Linstrument est forgé pour les sonnets. Ils naissent lentement, à de longs intervalles, mûris par un travail chaque jour plus exigeant. Avant de se résoudre à les écrire, il les rugissait vingt fois dans nos réunions de jeunesse ; plus tard, il venait les réciter à nos foyers. Quelle joie, lorsqu'il en apportait un nouveau ! Nous les savions tous par cœur, nous lui arrachions la feuille où sa large écriture daignait enfin les buriner. Son indolence ne cherchait pas d'autres succès que les applaudissements enthousiastes d'un cercle d'amis. Mais le cercle s'étendait peu à peu. Comme ce Lamartine qu'il a magnifiquement loué, notre poète était célèbre avant d'être imprimé ; il fut fameux le lendemain du jour

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