‹ Sous les lilasChapitre 2 sur 26 · CHAPITRE T · texte numérisé non relu

CHAPITRE T

Un chien mystérieux.

Depuis longtemps les ormes de l'avenue avaient poussé en toute liberté et la serpe du bûcheron n'en avait pas mutilé les branches; la serrure de la porte verte ne s'ouvrait jamais et la maison était fermée depuis plusieurs années. Cependant on entendait quelquefois des voix dans l'enclos; les lihis qui balançaient leurs rameaux au-dessus du grand mur semblaient dire : « Nous pourrions raconter de beaux secrets si nous le voulions. « La molène qui croissait au dehors contre la porte se dépêchait de grandir, afin d'atteindre au trou de la serrure pour voir ce qui se passait. Que ne pmivail-rlle pousser comme une tige de fève magique, et se mettre en observation, certain jour de juin ? elle aurait joui d'un spectacle curieux et amusant, car il était évident qu'il allait se produire quelque chose de remarquable.

Une largo allée conduisait delà grand'porte jusqu'à

la maison; elle était pavée de pierres plates et unies; des deux côtés, des buissons élevés la bordaient et se rejoignaient par le haut pour former une voûte de verdure. Au pied de ces buissons croissaient une multitude de fleurs abandonnées et même de plantes sauvages qui grimpaient le long des tiges et formaient une tapisserie émaillée. Il y avait une planche posée sur deux supports de bois en travers de l'allée, devant le porche ; elle était recouverte d'un petit châle tartan fort éprouvé par un long usage; on y avait disposé un service à thé en miniature qui visait à une certaine élégance. Il faut bien avouer cependant que la théière avait perdu son goulot, que le pot au lait n'avait pas d'anse, que le sucrier était dépouru de son couvercle, et que les tasses et les soucoupes étaient toutes plus ou moins ébréchées ou fendues; mais les personnes polies ne s'aperçoivent pas de ces petils accidents et l'on n'avait invité à cette réunion que des gens bien élevés.

Des deux côtés du porche étaient des bancs et sur ces bancs une réunion remarquable, dont la vue aurait satisfait la curiosité d'un œil investigateur, appliqué au trou de la fameuse serrure. À gauche étaient rangées sept poupées, et six à droite; par suite de l'âge, de la saleté, des fractures, des injures du temps et autres affliction s, il y avait dans leurs physionomies et leurs altitudes une telle variété, qu'on aurait tout naturellement cru être entré dans un hôpital, au moment où les malades attendent leur souper. Mais c'eût été une grave erreur; si le vent eût fait tomber les couvertures qui les abritaient, on aurait reconnu quelles étaient en grande toilette et qu'elles se reposaient en attendant le commencement de la fête. Une autre

particularité de cette scène aurait assurément fort intrigué quiconque n'eût pas été au courant des manières

Au marteau rouillé de la porte... on voyait suspendue par le cou

une quatorzième invitée.

et des usages du monde des poupées. Au marteau rouillé de la porte de la maison étaient attachées deux branches de lilas au-dessous desquelles on voyait, sus-

pendue par le cou, une quatorzième invitée, dont les cheveux frisés portaient une guirlande de fleurs délicates. Son corps élancé était vêtu d'une robe d'étoffe jaune richement ornée de festons en flanelle rouge, ses bottines bleues se touchaient par les orteils, sinon de la manière la plus gracieuse, du moins de la façon la plus amicale. A cette vue une émotion de douleur et de surprise aurait certainement agité l'âme d'un jeune spectateur. Oh ! pourquoi donc cette poupée en habits de fète était-elle ainsi pendue en présence des treize autres? Était-ce une criminelle ? était-ce la vue de son supplice qui les frappait de mutisme et d'immobilité? Ou bien était-ce une idole offerte à leur adoration ?

Ce n'était rien de tout cela, mes amis.

Cette [juiipée était la blonde Belinda, placée là comme a un poste d'honneur: car on allait célébrer le septième anniversaire de sa naissance.

On n'attendait que le signal du festin; mais tout ce petit monde était si bien élevé que pas un seul des vingt-sept yeux (une petite hollandaise avait perdu une de ses perles noires) ne se détourna ou ne cligna; tous restaient fixés avec une muette admiration sur Belinda. Pour elle, incapable de réprimer la joie et l'orgueil qui gonllaient son sein au point de faire craquer les coutures de son corsage , elle se laissait balancer par le zéphir, qui de temps à autre agitait ses draperies jaunes, et les bottines bleues exécutaient alors une gigue contre la porte de la maison.

Quoique pendue, Belinda n'éprouvait aucun malaise; au contraire, elle montrait un contentement parfait, et le ruban rouge qui passait sous son menton pour la sus-

SOUS LES LILAS. b

pendre au marteau n'avait pas l'air de la gêner. Si donc elle se complaisait à subir une lente suffocation, qui aurait eu le droit de se plaindre ? Aussi régnait-il un silence plein de charmes que ne troublaient ni un soupir de Dina, l'odalisque coiffée d'un turban si remarquable, ni un cri de bébé Jeanne, quoique la nudité de ses petits pieds eût certainement rendues excusables les plaintes d'une enfant moins bien disciplinée.

Des voix se firent entendre, et deux petites filles apparurent sortant d'une allée latérale; l'une avait à la main un pot au lait, l'autre portait d'un air de triomphe un panier couvert d'une serviette et dont ses yeux ne s'écartaient pas une minute. On les aurait prises pour deux jumelles, mais elles ne l'étaient pas : car Bab avait un an de plus que Betty, quoique Betty n'eût qu'un pouce de moins. Elles portaient l'une et l'autre des robes d'indienne brune qui dissimulaient les traces d une semaine de service sous un grand tablier tout blanc, mis en l'honneur de la circonstance ; des bas gris et de fortes bottines complétaient leur toilette. Des figures rondes, roses, un peu hâlées, des nez retroussés parsemés de quelques taches de rousseur, des y« ux bleus pleins de vivacité, de longues tresses de cheveux tombant dans le dos, tel était le portrait de nos petites sœurs.

« Ne sont-elles pas gentilles ? s'écria Bab en arrêtant un regard plein d'un orgueil maternel sur la rangée de gauche.

— Charmantes, mais ma Belinda les éclipse toutes. Je crois vrai ment que c'est la plus belle enfant qu'on ait jamais vue. »

Betty déposa son panier sur la table pour courir

embrasser la bien-aimée qui gigottait avec un joyeux abandon.

« Le gâteau va refroidir un peu pendant que nous placerons les enfants. Mais quelle délicieuse odeur ! dit Bab on soulevant la serviette et en se penchant pour admirer un petit pain qui se cachait dans le panier et dont elle aspira le parfum.

— Ah mais ! laisse-moi de l'odeur ! » s'écria Betty en

se précipitant pour en prendre sa part.

Et les petits nez en trompette fonctionnèrent activement pour ne rien perdre des jouissances que l'odorat leur procurait, tandis que les yeux admiraient le joli gâteau si doré orné d'un B en pâte qui aurait dû s'élever sur le milieu, mais qui avait eu la maladresse de se laisser choir de côté

« Maman ne me Ta laissé mettre qu'au dernier moment, cl le four était si chaud, que je n'ai pas pu le tixer solidement; mais nous donnerons ce morceau à Belinda, » dit Betty qui, comme mère de l'héroïne de la fête, s'arrogeait une certaine autorité.

« Nous les mettrons en rond, n'est-ce pas? pour qu'elles puissent bien voir,» proposa Bab qui, sautant paiement d'un pied sur l'autre, alla rassembler sa jeune Famille.

Betty y consentit, et pendant quelques minutes les deux fillettes furent absorbées dans la tâche difficile de disposer leurs poupées sur la table. Quelques-unes de ces chères créatures étaient trop faibles pour se tenir droites, d'autres trop raides pour s'asseoir, et il fallut recourir à des procédés variés pour se prêter aux exigences diverses de leurs épines dorsales. Enfin cette besogne achevée, les tendres mères se reculèrent de

L'une avait a lu main un pot a^i^jMt, Taulre pnrUiit... un panier

couve rt (Tune serviette. (Pasrc 5.)

quelques pas pour mieux jouir du coup d'œil, et ce coup d'œil, je vous l'assure, était unique. Belinda, dont les mains tenaient sur ses genoux un mouchoir de batiste à vignette rose, occupait avec beaucoup de dignité la place d'honneur. En face on admirait son i onsin Joseph, paré d'un élégant costume en guingamp vert et violet ; par malheur, un chapeau à bords trop larges dérobait aux regards sa physionomie expressive. Le reste du cercle était formé de convives de toute taille, de teint varié, et dont les costumes formaient une collection fort amusante, car il y régnait un noble dédain de la mode et de ses lois.

« Elles seront contentes de nous voir prendre le thé. Est-ce que tu as oublié les buns '? demanda Betty avec inquiétude.

— Non, je les ai dans ma poche.» Et Bah retira de ce réceptacle où régnait un véritable chaos deux biais fort cm loin magés, qu'en prévision de la fête les deux sœurs avaient conservés de leur goûter. On coupa les bun* en petits morceaux, dont on fit une sorte de couronne autour du grand gâteau qui était encore dans la corbeille.

« Comme maman n'a pas pu nous donner beaucoup de lait, il faut que imns y nichons de l'eau; le thé fort n'est pas lion pour les enfants, a-t-elle dit,» et Betty considérait avec satisfaction le petit pot de lait écrémé qui devait suffire pour étancher la soif de toute la compagnie.

« Pendant que le thé infuse et que le gâteau refroidit, mms pourrions bien nous reposer un instant; je

1 Pclils pain? nu-lés tle raisins.

suis si fatiguée ! » dit en soupirant Betty, qui se laissa tomber sur la marche et allongea les deux bonnes petites jambes qui avaient trimé toute la matinée : car le samedi avait ses devoirs tout comme un autre jour, et ce plaisir inaccoutumé avait été précédé de beaucoup de besogne.

Bab prit place à côté d'elle, et laissa errer ses regards sur la grande allée, à l'entrée de laquelle une magnifique loilo d'araignée brillait au soleil de l'après-midi.

« Mère dit que d'ici à deux ou trois jours elle viendra ouvrir la maison, à présent qu'il fait plus chaud et plus sec, et nous pourrons y entrer avec elle : à l'automne elle n'a pas voulu nous y laisser aller, parce que il y faisait humide et que nous avions la coqueluche. Nous verrons tout ce qu'il y a de joli ; comme ce sera amusant, n'est-ce pas?

— Je le crois bien! maman dit qu'il y a une chambre toute pleine de livres, et que je pourrai les regarder pendant qu'elle visitera tout. J'aurai peut-être le temps d'en lire, et puis je te les raconierai, ditBetty qui avait la passion des histoires et peu d'occasions d'en apprendre de nouvelles.

— Moi, reprit sa sœur, j'aimerais mieux voir le vieux rouet qui est dans le grenier et les grands tableaux et les habits si drôles dans le coffre bleu. Cela me désole de savoir qu'ils sont enfermés là et ne servent à rien, pendant que nous en pourrions faire de si beaux déguisements. Oh! que je voudrais donc défoncer cette vieille vilaine porte! et se retournant, Bab allongea un grand coup de pied dans la porte, son ennemie. Tu n'as pas besoin de rire et de te moquer, Betty, tu sais bien que tu en as aussi grande envie que moi,

ajnuta-t-elli'i en si 1 remetfanLà sa place, un peu honteuse de ce mouvement d'impatience.

— Je n'ai pas ri.

— Mais si, tu as ri. Crois-tu que je ne sais pas ce que c'est que de rire?

— .le suppose que je dois bien savoir si j'ai ri ou non.

— Tu as ri; comment oses-tu faire un pareil mensonge !

— Si lu soutiens encore ça, je vais prendre Belinda et m'en aller tout de suite à la maison. Et alors qu'estce que tu feras?

— Je mangerai tout le gâteau.

— Non, tu ne le mangeras pas! C'est le mien, maman Ta dit. Toi, tu n'es que de la compagnie; ainsi tu ferais bien de te conduire mieux que ça, ou bien je ne ferai pas de fête du tout, voilà ! »

Cette terrible menace calma instantanément la colère de Bab et elle s'empressa d'uborder un autre sujet. « Allons; il ne faut pas nous quereller et nous

battre devant les enfants. Sais-tu ijue maman a dit que la première fois qu'il pleuvra elle nous permettra de jouer dans la remise, et que nous pourrons en prendre la clef.

— Ob ! ebéric ! c'est parce que nous lui avons dit que nous avions découvert la petite fenêtre sous le chèvrefeuille et qu'il nous eût été bien facile d'entrer par là, mais que nous n'avons pas voulu !<■ faire sans permission, dit Betty tout à fait apaisée : car dix années d'expérience l'avaient habituée au caractère inflammable de sa sœur.

— Je suppose que la voiture sera toute pleine de

poussière, d'araignées et de rats, mais cela m'est égal. Toi et les poupées vous serez des voyageurs, moi je monterai devant et je conduirai.

— C'est toujours toi qui conduis; et moi j'aimerais mieux conduire à mon tour que d'être toujours cheval avec ce vieux mors de Lois dans la bouche, et puis tu me secoues les bras que ea m'en fait mal, dit la pauvre lietty, lasse de se voir toujours métamorphosée en quadrupède.

— Il mesemblc que nous ferions bien d'aller à présent chercher l'eau, suggéra Bab, comprenant qu'il était sage de ne pas laisser sa sœur s'appesantir sur ses anciens griefs.

— Ce n'est pas tout le monde qui oserait laisser des enfants seuls en face d'un délicieux gâteau avec la certitude qu'ils n'y toucheront pas, » dit Betty avec orgueil, tandis qu'elles trottinaient vers la source, portant chacune un petit seau de fer-blanc à la main.

Hélas! à quelle épreuve devait être mise la foi de ces mères confiantes !

Elles ne furent absentes que cinq minutes, et à leur retour leurs regards étonnés lurent frappés d'un spectacle qui leur arracha simultanément un cri d'horreur... Les quatorze poupées jonchaient la table, et le gâteau , le cher gâteau avait disparu!

À cette vue, les enfants demeurèrent pétrifiées. Enfin Bah, reprenant ses sens et lançant de coté le petit seau d'eau qu'elle avait à la main, s'écria avec colère : . > : /:

« C'est Sally! elle m'a dit qu'elle se vengerait de ce que je lui ai donné une claque quand elle pinçait la petite Marianne, et voilà ce qu'elle a l'ait. Ah ! elle

auraaffaire à moi. Coursdc ce côté, moi j'irai de l'autre. Vite, dépêchons-nous. »

Aussitôt les fillettes s'éloignèrent en sens opposé, Betty inondant son tablier : car, dans son empressement à obéir, elle avait oublié de se dessaisir de son seau. Elles firent le tour de la maison et se retrouvèrent à la porte de derrière, mais elles n'avaient pas rencontré plus de voleur que de voleuse.

« Par la route! s'écria Bab.

— A la source ! » répondit Betty haletante, et elles reprirent leur course folle, Tune pour grimper sur un tas de pierres d'où elle pouvait par-dessus le mur inspecter l'avenue, l'autre pour retourner à la fontaine qu'elles n'avaient quittée que depuis un instant. Mais, au retour, Bab n'avait aperçu par-dessus le mur que d'innocentes pâquerettes qui semblaient tout étonnées de son émoi ; et Betty avait vu s'envoler un oiseau brun que son apparition inattendue avait troublé dans son bain froid. Elles se retrouvèrent encore une fois devant le porche où un nouveau sujet d'effroi leur arracha un : Oh! plein de terreur.

Un chien inconnu, assis tranquillement au milieu des ruines du festin, se léchait les barbes après avoir mangé les miettes qui étaient tombées sur la lable lors de l'enlèvement du panier et du gâteau.

« Oh! l'horrible bête ! cria Bab impatiente de vengeance, mais intimidée, car si ce chien était singulier d'apparence , c'était par-dessus le marché un chien voleur.

■ — Il ressemble à notre barbet de porcelaine, » dit tout bas Betty en se dissimulant autant que possible derrière sa sœur qui était plus vaillante qu'elle.

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La ressemblance était réelle ; sans doute le barbet était beaucoup plus sale que le chien de porcelaine, dont la tuilette était toujours l'aile avec soin; mais le caniche vivant avait comme son semblable une toulïe de poil au bout de la queue, des manchettes aux pattes, le corps rasé par derrière et couvert de poil frisé par devant; seulement ses yeux étaient jaunes au lieu d'être noirs; son petit nez rouge se plissait de la plus drôle de façon lorsqu'il flairait impudemment à droite et à gauche comme pour découvrir d'autres gâteaux, et depuis trois ans que le caniche de porcelaine habitait

la cheminée delà salle, il ne s'était jamais livré aux exercices surprenants par lesquels l'animal mystérieux étonna les petites filles au delà de toute expression.

D'abord il s'assit, et leva ses deux pattes de devant Comme pour demander l'aumôneavec gentillesse; puis tout à coup il releva ses pattes de derrière et marcha sur celles de devant avec la plus grande aisance. À )eine les deux sœurs étaient-" 'Iles un peu revenues de eur première émotion, que les pattes de derrière retombèrent à terre, celles de devant se relevèrent et le chien se mit à marcher d'un pas mesuré comme une sentinelle en faction. Mais voici qui combla la mesure : prenant le bout de sa queue dans sa gueule, il s'élança par-dessus les poupées et descendit Fallée en valsant jusqu'à la grand'portc, puis il revint toujours valsant vers la table que sa brusquerie avait renversée.

lïab et Jietiy se tenaient les côtes et riaient comme de petites folles, car elles n'avaient jamais rien vu de si drôle; cependant le chien, encore étourdi, revint sur la marche et aboya bruyamment, tandis que son petit nez rose passait rapidement l'inspection de leurs

pieds et que ses yeux si drôles se fixaient sur elles avec intelligence; alors elles cessèrent de rire et n'osèrent plus faire un mouvement.

« Allez coucher ! vite, allez-vous-en, dit Bab avec

autorité.

— Allez-vous-en, » balbutia timidement Betty.

A leur grand soulagement, le barbet, après avoir encore aboyé deux ou trois fois d'un air interrogatil, s'éclipsa rapidement. Cédant à une commune impulsion les deux sœurs se lancèrent à sa suite. Elles eurent beau courir, tout ce qu'elles virent du chien ce fut la petite houpette de sa queue qui disparaissait en frétillant dans la haie de clôture.

« D'où crois-tu qu'il a pu venir? demanda Betty en s'asscyant sur uoe grosse pierre pour se reposer.

— Je voudrais surtout savoir où il est allé pour lui donner une bonne correction, répondit d'un ton irrité Bab à qui revenait le souvenir de ses griefs.

— Oh oui! chérie! mais j'espère que le gâteau l'a bien brûlé, s'il Ta mangé, grommela Betty en se souvenant des raisins qu'elle avait si bien hachés, et de toutes les bonnes choses que « maman » avait généreusement mises dans ce précieux gâteau.

— Voilà toute notre fête manqu^e, autant vaut nous eu aller à la maison^» dit Bab d'un air consterné en se dirigeant vers l'allée qui conduisait chez sa mère.

Betty se préparait à répandre des larmes sur de si grands désastres, mais malgré son chagrin elle éclata de rire en s'écriant :

« Ah! que c'était drôle de le voir valser et rouler comme une boule ! que je voudrais donc le voir recommencer ; et loi ?

— Moi aussi; mais tout de même je le détesle. J'ai envie de voir ce que dira m aman quand... quand... Eh bien ! eh Lien ! et Bab s'arrêta en ouvrant des yeux presque aussi grands que les soucoupes bleues du petit service à (hé.

— Qu'est-ce qu'il y a? qu'est-ce que c'est? s'écria Betty avec angoisse et toute prête à fuir sans retard devant un nouveau sujet de terreur.

— Tiens! regarde ! vois ! il est revenu ! » répondit Bab à qui la surprise ôtait la voix et elle ni on trait la table,

Betty suivit la direclion indiquée et ses yeux s'ouvrirent démesurément.... Car.... le gâteau perdu n'était plus perdu; il était là, intact, entier ; seulement le B était un peu plus de travers qu'auparavant.

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