III. — Les grandes explorations
Il n’en est pas ainsi des grandes explorations : je vais chercher à donner une idée de ce qu’elles sont, des installations qu’elles nécessitent, comment celles-ci fonctionnent et de ce qu’elles produisent.
Nousprendronscommetype le Travailleur(fg.x), puisque c’est le bâtiment sur lequel j'ai fait trois campagnes de recherches sous-marines.
Le navire explorateur est à vapeur.
Indépendamment de la machine propulsive, il doit être muni de ce que l’on appelle un petit cheval, d’une chaudière auxiliaire dont la vapeur fait marcher un treuil au moyen duquel on relève les lignes de sonde et les apparaux de dragages.
Les premières sont en fil d’acier, tout simplement de la corde à pianos; elles supportent un sondeur composé d’un tube en fer auquel on ajoute un ou plusieurs poids de 30 kilogrammes chacun. Le tube les traverse, ils sont retenus vers son milieu au moyen d’un fil de fer dont les extremités, formant œil, sont capelées sur des ergots. En arrivant sur le fond, la tension de la ligne cesse, elle prend du mou, les poids ne sont plus soutenus, ils font appel sur les ergots, qu’ils forcent à
Fig. 1. — Le Travailleur.
ô LES RECHERCHES SOUS-MARINES
basculer; leur soutien s'en échappe, et lorsqu'on fait force sur le fil pour faire rentrer le tube à bord, il les abandonne et remonte sans eux, mais rempli en partie de vase qui ne peut s'échapper, étant retenue par deux godets fermant l'orifice inférieur aussitôt que le fil se tend. L'idée d’employer le fil d'acier comme ligne de sonde est due à un des savants les plus éminents de la Grande- Bretagne, sir Woyville Thomson, qui a fait faire ainsi un grand progrès à la navigation.
C’est à bord du Travailleur que le procédé fut inaugure. Son usage est d’une extrême commodité et présente de grands avantages. Le fil descend directement, verticalement ou peu s’en faut, et cela très rapidement. Quelle que soit la profondeur, il permet de percevoir très sensiblement le choc qui se produit au contact du sondeur avec le fond aussitôt que celui-ci est atteint. Il est surtout précieux lorsqu'on navigue en des parages où il est indipensable de sonder souvent. Si la profondeur est au-dessous de 100 mètres, on peut le faire sans arrêter la marche. Il y a donc économie de temps et de forces, car on relève au treuil sans fatigue pour l’équipage. À bord du Zravailleur,
nous avions 10 000 mètres de fil semblable en-
roulés sur un touret peu volumineux.
Les dragues sont de plusieurs sortes et de diverses dimensions ; quelques-unes des nôtres pouvaient rapporter au moins deux tonnes de vase; à mon avis, ce ne sont point les meilleures, je pré-